Rav Eliézer Melamed
« LA PERLE QUOTIDIENNE »
La semaine dernière, jeudi 20 ‘hechvan (21 novembre), dans le cadre de l’étude journalière de halakha à laquelle participent près de six mille personnes – par Whatsapp et par courriel –, étude nommée Hapnina hayomite (« La perle quotidienne »), nous avons commencé l’étude du volume consacré aux lois des bénédictions, Berakhot (ouvrage qui paraîtra bientôt en français). Chaque jour, nous étudions deux paragraphes, dans l’original hébraïque*.
À la vérité, lorsque nous avons commencé à organiser cette étude, j’ai pensé que ce rythme était un peu lent, qu’il convenait d’accéder plus rapidement à une vision globale de la halakha pratique. À cette fin, si l’on étudie dix paragraphes par jour, on peut faire le tour de cette série d’ouvrages chaque année. Et cependant, je me suis aperçu qu’en se contentant d’un rythme moins intense, on parvient à une étude significative : peu à peu, les paragraphes s’ajoutent les uns aux autres, pour former un grand ensemble. D’ici à la fin de l’année, notre groupe d’étude en hébreu aura terminé, s’il plaît au Ciel, le volume sur les bénédictions et les deux volumes consacrés au Chabbat.
Il y a, de plus, un intérêt particulier à se concentrer chaque jour sur une ou deux halakhot : au cours de la journée, on y pense naturellement plus souvent. Ainsi, le contenu de l’étude a davantage d’influence sur la vie. Par exemple, en étudiant les lois des bénédictions à ce rythme, on peut prêter plus d’attention à chaque bénédiction ; et la précision qu’on mettra dans leur récitation conférera un supplément de sens et de profondeur à la vie.
⃰ Note du traducteur : il existe l’équivalent en français*, groupe intitulé La perle quotidienne, auquel on peut s’inscrire à l’adresse qui suit : https://ph.yhb.org.il/pninayomit-fr/
Puisque le français est nettement plus long que l’hébreu, la version française propose chaque jour un paragraphe unique de Pniné Halakha, ce qui constitue déjà une étude substantielle. En cette fin de novembre 2025, nous étudions les lois de Chabbat.
BÉNÉDICTION HAGOMEL POUR LES SOLDATS
Question : nos héroïques soldats, qui combattent pour la défense de notre peuple et de notre terre, doivent-ils réciter la bénédiction Hagomel chaque fois qu’ils rentrent chez eux pour une brève permission ?
Réponse : s’agissant de la bénédiction Hagomel, par laquelle on bénit Dieu pour les bienfaits dont Il nous comble, le principe est qu’on la récite seulement quand le danger est écarté. Ainsi, par exemple, si l’on voyage dans le désert pendant plusieurs mois, ou si l’on prend la mer pour une traversée de plusieurs mois : après l’achèvement du voyage – qui, jadis, était très dangereux –, on a l’obligation de réciter la bénédiction Hagomel.
En pratique, il semble qu’un soldat réserviste devra la réciter au terme de toute sa période de réserve. Autrement dit, même s’il sait que, un mois plus tard, on le rappellera, il dira la bénédiction après l’achèvement de la période de réserve pour laquelle il est présentement mobilisé ; puis il la redira au terme de la prochaine période de réserve.
La règle est semblable pour les appelés : au terme de chaque période de service au front, ils diront la bénédiction Hagomel. Par exemple, si l’on est appelé à combattre au Liban pour une période indéterminée, qui peut durer des semaines ou des mois, on récitera la bénédiction au terme de cette période de combat. Il semble qu’une permission régulière d’au moins une semaine, de même qu’une période d’entraînement, peut être considérée comme une interruption entre deux périodes de combat ; par conséquent, on récitera la bénédiction au terme de l’une et l’autre de ces périodes de combat. Il faut signaler que, bien que les opérations en Judée-Samarie soient réputés moins dangereuses aujourd’hui, il y a lieu de réciter la bénédiction après avoir achevé une période de service dans cette région (cf. Pniné Halakha – Berakhot 16, 9).
Que l’Éternel aide nos soldats à vaincre courageusement nos ennemis. Qu’Il les protège de tout mal et de toute détresse, et qu’ils rentrent tous en paix dans leurs foyers. Par le mérite de l’immense mitsva qu’ils accomplissent – mitsva qui équivaut à l’ensemble de toutes les autres –, ils jouissent d’une profusion de bénédictions, eux, leurs parents, frères, sœurs et épouses.
DIVINATION PAR TIRAGE AU SORT, TAROT ET MARC DE CAFÉ
Question : est-il permis de recourir à la divination par tirage au sort (cléromancie), au tarot divinatoire ou à la lecture dans le marc de café (cafédomancie) afin de prédire l’avenir et de découvrir des choses cachées ?
Réponse : ces pratiques sont interdites par la Torah. Avant d’expliquer sur quoi se fonde cet interdit, nous décrirons brièvement en quoi consistent ces méthodes.
Divination par tirage au sort
Le tirage au sort divinatoire consiste à jeter des dés ou d’autres objets de ce genre (osselets, cubes…), dans le but de prédire l’avenir. Certains procédés sont simples, et visent à répondre à une question unique : convient-il que j’agisse de telle façon, ou non ? D’autres méthodes, basées sur l’astrologie, sont plus complexes : le voyant vérifie le signe astral du requérant, d’après sa date de naissance ; d’après cela, on procède à plusieurs tirages au sort afin de révéler certains aspects de son caractère, de son avenir, des éléments favorables et défavorables sur lesquels il devra compter. Toutes ces pratiques sont toraniquement interdites.
Cartomancie et tarologie
Une méthode proche de la divination par tirage au sort consiste à utiliser des cartes à jouer, ou les arcanes du tarot. Le voyant mélange les cartes et les place, face tournée contre la table. Le requérant ou le voyant choisit de manière aléatoire quelques cartes, dont il dévoile la face. En fonction des cartes choisies, le voyant prédit l’avenir, ou conseille son interlocuteur sur la conduite à tenir. Tout cela repose sur la croyance que le choix aléatoire effectué correspond au destin du demandeur, exprime son monde intérieur et ce qui l’attend dans l’avenir. De même que le tirage au sort divinatoire, la prédiction de l’avenir par cartomancie ou tarologie est interdite.
Lecture dans le marc de café
D’autres utilisent la méthode appelée cafédomancie. Selon ses adeptes, lorsqu’on boit un liquide, l’esprit du buveur se mêle à celui-ci. Or, de manière subconsciente, l’esprit de l’homme connaît l’avenir qui lui est réservé ; de sorte que ce savoir passe dans le liquide, et, suivant les taches que celui-ci laisse sur la tasse, on trouve des allusions à ce sort futur. D’après cette croyance, la chose peut se vérifier en toute boisson qui laisse des traces sur le récipient, et si l’on utilise le café, c’est parce que cette boisson est courante. Prédire l’avenir par cette méthode est également interdit.
Fondement de l’interdit : le devoir d’intégrité
Le recours au tirage au sort divinatoire, à la cartomancie, à la tarologie et à la cafédomancie pour voir dans l’avenir ou pour dévoiler des choses cachées est interdit par la Torah, comme il est dit : « Il ne se trouvera, parmi toi, personne… qui s’adonne aux sortilèges, à la divination, aux présages, à la sorcellerie, ni qui emploie des charmes, questionne les esprits, recoure aux évocations, interroge les morts. Car quiconque fait cela est en horreur à l’Éternel… Tu seras intègre (tamim tihyé) envers l’Éternel ton Dieu » (Dt 18, 10-13 ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 179, 1).
La mitsva d’intégrité envers Dieu consiste à croire que tout ce qui arrive à l’homme résulte de la providence divine, et vise à nous diriger dans la voie de la vérité et du bien. Même si l’homme connaît des souffrances, ces dernières sont destinées à éveiller son esprit à la nécessité d’une réparation (tiqoun). Aussi ne faut-il pas essayer de savoir l’avenir par des actes magiques ou des manœuvres occultes : on doit affronter les problèmes par les moyens naturels que Dieu nous a donnés, car de cette façon nous nous amendons nous-mêmes.
Certes, aux prophètes de vérité, il était permis d’interroger l’avenir, car toutes leurs paroles étaient vérité et avaient pour propos de nous guider dans la voie de la Torah.
Interdit de la magie et de la sorcellerie
De plus, on peut soutenir que ces pratiques sont également interdites au titre de la magie et de la sorcellerie, ainsi qu’il est dit : « Il ne se trouvera, parmi toi, personne… qui s’adonne aux sortilèges, à la divination, aux présages, à la sorcellerie… car quiconque fait cela est en horreur à l’Éternel… Tu seras intègre envers l’Éternel ton Dieu. »
Le qossem (magicien, « celui qui s’adonne aux sortilèges ») est celui qui accomplit certains actes afin de prédire l’avenir. Certains magiciens frappaient à cette fin plusieurs fois de leur bâton, tout en vocalisant bizarrement. D’autres remuaient du sable en y imprimant diverses formes ; d’autres encore tâtaient des pierres ou du sable, ou contemplaient longuement leur miroir, ou le feu de leur lampe, ou se courbaient vers le sol en faisant des mouvements étranges ; tout cela, pour entrer dans un état méditatif quasi hypnotique, afin de « se relier aux puissances surnaturelles » et de prédire l’avenir, ou de dévoiler des choses cachées (cf. Maïmonide, Hilkhot ‘avoda zara 11, 6, Séfer Ha‘hinoukh 510).
Le mot ména‘hech (« celui qui s’adonne aux présages ») est, selon Na‘hmanide, proche du verbe leha‘hich (hâter). Le devin veut hâter la révélation des événements futurs, les rendre immédiatement connaissables. Il interprète donc divers faits du quotidien (« ton pain est tombé de ta bouche, ton bâton s’est échappé de ta main », etc.) comme autant de signes, selon lesquels il faut s’abstenir de certains actes que l’on avait prévu d’accomplir (Sanhédrin 65b). Or, ceux qui pratiquent la divination par tirage au sort, cartomancie, tarot ou marc de café, accomplissent, tout comme les magiciens et sorciers, certains actes dont le but est de découvrir l’avenir. Puis, d’après le résultat aléatoire du tirage au sort, du tirage des cartes ou de ce que le café laisse de traces dans la tasse, ils prétendent annoncer l’avenir, à la façon des devins.
Auteurs indulgents
Parmi les auteurs proches du cabalisme et de l’ésotérisme, il s’est certes trouvé des érudits qui procédaient à des tirages au sort. À ce qu’il semble, l’interdit d’y recourir ne s’appliquait, selon eux, que dans le cas où le propos était de se relier à des forces impures, afin de jouir des bienfaits de ce bas monde. En revanche, l’interdit de magie et de divination ne saurait s’appliquer à un tirage au sort accompli dans la crainte du Ciel, le repentir et la prière, afin que l’Éternel nous révèle, par le biais de la réponse obtenue, comment nous conduire dans l’avenir. Mais ces auteurs eux-mêmes reconnaissent que, lorsque les sorts sont consultés sans repentir ni prière, par des gens qui ne craignent pas le Ciel, les forces impures se mêlent à l’opération, de sorte que la chose est interdite (cf. Rema et Levouch sur Yoré Dé‘a 179, 14).
Il en va de même, s’agissant de la mitsva « tu seras intègre envers l’Éternel ton Dieu » : selon ces auteurs, l’interdit consiste à prédire l’avenir en le présentant comme un absolu qui ne se peut infléchir. Mais dès lors que le devin croit en la force du repentir et de la prière, lesquels peuvent modifier l’avenir, il n’annonce pas un futur indépassable ; dès lors, selon eux, ce devin n’enfreint pas la mitsva d’intégrité.
Dans le même sens, on pourrait soutenir que, tant qu’ils craignent Dieu, accompagnent leur méthode de prières et éveillent leurs requérants à la téchouva, ceux qui lisent dans le marc de café ou qui tirent les cartes de tarot n’enfreignent nul interdit.
Trouve-t-on de telles pratiques parmi les anciens maîtres ?
Selon les auteurs indulgents, il s’est trouvé d’anciens maîtres qui recouraient à des tirages au sort. Cette assertion s’appuie sur des ouvrages juifs, rédigés en hébreu, et consacrés aux méthodes de tirage au sort et aux ségoulot (actes destinés à favoriser spirituellement l’obtention de tels résultats). D’après les copistes de ces ouvrages, ceux-ci doivent être attribués à de grands maîtres d’Israël, tels que Rav Saadia Gaon, Rav Tséma‘h Gaon, Ibn Ezra et d’autres. Mais selon la presque-totalité des décisionnaires, puisque les sages ont enseigné qu’il est interdit de recourir à la divination par tirage au sort, il est impossible qu’il existe, parmi les grands maîtres juifs, de telles traditions, autorisant ces pratiques.
De plus, on s’est aperçu que de nombreuses formules de tirage au sort, inscrites dans des ouvrages juifs, apparaissaient déjà dans des recueils non juifs, d’origine grecque, romaine ou musulmane, et qu’elles trouvaient leur origine dans des pratiques de sorcellerie. À cela, les auteurs indulgents répondent qu’en effet, il y a bien eu des copistes ignorants, qui, sans y prêter garde, ont introduit dans des ouvrages antiques des formules de tirage et des ségoulot empruntées au monde païen, ainsi que la description d’actes magiques ; mais on a, depuis lors, expurgé ces ouvrages, et l’on n’utilise désormais que les formules attestées d’authentiques sages juifs.
Halakha pratique
Même si nous devions accepter les arguments des auteurs indulgents, selon qui, du moment que l’on agit au nom du Ciel afin de servir l’Éternel, on n’enfreint pas l’interdit de sorcellerie ni celui de divination, ces pratiques demeureraient interdites au titre de la mitsva d’être intègre envers l’Éternel (tamim tihyé), ainsi que le décide le Choul‘han ‘Aroukh au sujet des tirages au sort divinatoires (Yoré Dé‘a 179, 1).
Il n’y a pas lieu d’accepter l’argument d’après lequel les directives résultant d’un tirage au sort, du tarot ou d’autres pratiques de ce genre devraient être assimilées aux conseils d’un rabbin ou d’un psychologue. En effet, un rabbin, un psychologue, délivrent leurs conseils après avoir pris connaissance, de manière approfondie, de la situation de ceux qui les consultent. Leurs conseils s’appuient donc sur la logique ; dès lors, le disciple ou le patient peut examiner ces conseils au prisme de son intellect.
De plus, le rabbin et le psychologue souhaitent que ceux qui les consultent choisissent eux-mêmes, en définitive, quelle voie suivre. De cette façon, on se conduit avec intégrité envers l’Éternel, puisque l’on emprunte les chemins naturels qu’Il nous a donnés pour choisir notre voie. Lorsque le conseil est donné sur le fondement de méthodes surnaturelles, dont les voies sont inconnues, il est difficile au consultant de repousser d’après la logique une analyse erronée, de sorte que l’on risque d’exposer son existence à de graves embarras. Par exemple, on risque de s’imaginer, à la suite d’une consultation chez un voyant, que l’on est doué de tel talent ; pour le mettre en valeur, on se choisira un certain métier, alors qu’en vérité, on y est peu disposé, et qu’on eût excellé dans un autre domaine. Autre exemple : si le voyant conseille ou déconseille de se marier avec telle personne, cela peut conduire le consultant à manquer une alliance qui lui eût convenu, ou à s’engager dans une autre, qui ne lui convient pas.
Il est par conséquent interdit de prédire l’avenir, ou de conseiller sur la conduite à tenir dans l’avenir, sur le fondement de la divination par tirage au sort, de la cartomancie, de la tarologie et de la cafédomancie.
Traduction : Jean-David Hamou



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