Impressions du voyage aux Etats-Unis : les gens rêvent d’Alyah !

En ne parlant que l’hébreu, j’ai voyagé aux Etats-Unis * L’objectif de mon voyage était d’enseigner la Torah, de rencontrer nos frères juifs et de faire connaissance avec leurs qualités et les défis qui se dressent devant eux * Les cours et les rencontres se sont tenus principalement auprès de communautés et d’écoles affiliées au public connu en tant que «Judaïsme orthodoxe moderne» * J’y ai rencontré un public sioniste pour qui la terre d’Israël occupe une place de premier ordre * Beaucoup envisagent sérieusement leur Alyah * Dans toutes les communautés, après la prière, les gens récitent des Psaumes dédiés au succès des soldats de Tsahal * Les rabbins des synagogues s’investissent dans la cohésion communautaire et dans tout ce qui en relie les membres à la collectivité et au judaïsme * Je me suis retrouvé dans une situation où on avait besoin de moi pour décrire tout le bien du pays, étant donné que les mass-médias ont naturellement tendance à ne traiter que des problèmes et des tensions

A côté :

Nous avons passé quelques jours au centre de Manhattan, chez une famille dont le fils était parti en Israël pour une année d’étude dans une yéchiva sous contrat avec l’armée, avant de décider d’y rester pour s’engager dans une unité combattante. Quelques mois plus tôt, ses parents avaient assisté à sa cérémonie de prestation de serment au Mur Occidental. La photo de groupe, où il se tient en revue avec ses compagnons d’arme, est accrochée au mur de leur salon. Tous les jours, ils prient pour son salut et celui des autres soldats.

Il y a une semaine, je suis rentré d’un circuit de douze jours entre les communautés juives de la région de New-York et New-Jersey. L’objectif du voyage consistait à enseigner la Torah et à rencontrer nos frères juifs afin de faire leur connaissance, de m’informer de leurs qualités et de leurs défis. Ainsi, j’ai donné des dizaines de cours à des rabbins, des communautés, des élèves de lycées ou d’écoles talmudiques. En général, à la fin de chaque cours, j’ai répondu à des questions de halakha et de pensée juive.

Au départ, je n’avais pas prévu de partir pour l’Amérique, mais après être sorti de la terre d’Israël pour la première fois de ma vie il y a huit mois pour officier en tant que rabbin d’un congrès rabbinique et d’émissaires à Paris, on a argué en ma présence qu’il est important de sortir de la terre d’Israël à la rencontre des communautés juives en Amérique. J’ai rétorqué que je ne parle pas l’anglais, mais on m’a répondu que même si c’est assez problématique, cela pourrait s’avérer bénéfique, étant donné que nombreux sont ceux qui étudient les livres du «Peniné Halakha» (Perles de la Halakha), et que les rencontrer ne pourrait que renforcer leur lien avec la Torah et Israël.

A propos, lorsque j’étais élève à la yéchiva-lycée de Mercaz Harav, la rabbanite et juste Mme Mandelcorn enseignait l’anglais, mais j’avais obtenu l’autorisation d’étudier la Michna à la place de ses cours. Elle avait bien essayé de me convaincre que ça pourrait m’être utile un jour, mais je savais déjà que je voulais consacrer ma vie à la Torah, et que je n’avais pas l’intention de perdre du temps dans des cours d’anglais. Quand elle m’avait dit que des millions de Juifs ne parlaient aucune autre langue que l’anglais, j’avais argué alors que si jamais des anglophones voulaient un jour me parler, ce serait à eux d’apprendre l’hébreu. Depuis, je n’ai jamais remis les pieds dans un cours d’anglais. Douze ans plus tard, j’ai donné un cours de Torah à un public féminin à la synagogue Yéchouroun, à Jérusalem. La Rabbanite Mandelcorn est venue me parler après le cours, me demandant si je me rappelais encore que j’avais refusé d’assister au cours d’anglais, et ce qu’elle m’avait alors dit. Je lui ai répondu par l’affirmative. Elle a continué : «Et qu’est-ce que tu en penses, maintenant?» J’ai répondu : «Maintenant, je regrette de ne pas comprendre l’anglais». Elle a été ravie de la sincérité de ma réponse, et a appelé ses amies pour que je le leur répète. Je suis devenu suite à cette rencontre l’un de ses élèves préférés. Donc, après coup, je me suis retrouvé aux Usa sans parler anglais, juste avec mon hébreu.

Orthodoxie moderne

Les cours et les rencontres se sont déroulés principalement dans des communautés et des écoles du public identifié comme «orthodoxe moderne», tous sionistes, et aussi auprès de communautés séfarades sionistes. J’ai en effet rencontré un public très sioniste pour qui la terre d’Israël occupe une place centrale. Quant à ces deux dernières années, pendant lesquelles nous avons fait la guerre aux ennemis qui nous entourent, elles ont sensiblement renforcé leur identification avec l’Etat d’Israël et leur volonté de monter en Israël, ainsi que de prendre part à sa construction et sa défense.

Dans toutes les communautés, les fidèles lisent des Psaumes à la fin de l’office, pour la réussite des soldats de Tsahal. Chez nous, à Har Berakha, nous avons arrêté de lire à cet effet des Psaumes depuis plus d’un mois, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, puisque l’inquiétude et la tension ressenties à l’égard des habitants de notre localité présents en grand nombre sur la ligne de feu est largement retombée depuis qu’ils ont été en grande partie démobilisés. Et il convient de réserver les prières spéciales pour des temps de guerre et d’intense inquiétude. Quand j’ai raconté à l’un des rabbins locaux que chez nous on ne disait plus ces Psaumes, il m’a expliqué qu’en raison de la grande distance qui les sépare d’Israël, ils doivent redoubler d’attention pour ne pas se laisser aller à une sorte d’état d’indifférence à ce qui se passe chez nous. Je lui ai alors fait remarquer en souriant que c’était un peu comme pour le second jour de fête observé en exil.

Dans la cour de la synagogue Bnai Yeshurun, à Teaneck, ont été disposés des mini-lampadaires pour chacune des personnes kidnappées, y compris les personnes assassinées n’ayant pas pu à ce jour être enterrées. A l’issue du Chabbat, après la prière du soir, les fidèles sont sortis dehors pour réciter des Psaumes, et un enfant a retiré deux mini-lampadaires car deux corps venaient d’être récupérés pendant Chabbat. Cette identification que j’ai ressentie à leur endroit était si intense que j’en ai eu les larmes aux yeux.

À presque toutes mes rencontres avec des rabbins ou des saintes communautés, une partie du temps était consacrée aux questions-réponses. Les questions portaient notamment sur la situation sécuritaire et la tension sociale en Israël, ainsi que sur l’enrôlement des orthodoxes à l’armée. Généralement, j’ai ressenti la nécessité de décrire tout le bien de notre pays, étant donné que les médias ont naturellement tendance à en ternir l’image. Ils n’ont aucun empressement quand il s’agit d’évoquer la forte solidarité et la fraternité qui règnent au sein de la société israélienne, comme on peut le voir dans les unités militaires, où tous se tiennent côte à côte. De même, les rapports sur l’essor économique et scientifique remarquable de l’Etat d’Israël sont généralement absents.

Au passage, on relèvera que l’idée que l’on se fait en Israël des gens de l’étranger en raison de l’étiquetage qui s’attache à leur aspect extérieur est en décalage avec la réalité. Dans l’une de mes rencontres, deux participants, des jeunes d’environ vingt-cinq ans, et dont la tenue vestimentaire rappelait exactement celle du public de tradition lithuanienne en Israël, m’ont demandé pourquoi les orthodoxes désertaient du service militaire et s’opposaient aux matières profanes centrales dans l’enseignement. Il me semble qu’ils soutenaient plutôt la ligne de pensée du public sioniste religieux. Il s’est avéré qu’ils suivaient des études scientifiques dans des universités prestigieuses, et qu’ils projetaient de monter en Israël après l’obtention de leurs diplômes.

L’aspiration à l’Alyah se renforce

Le docteur Raphaël Kayam, qui est monté en Israël de New-York il y a environ trente ans, à l’âge de quarante-quatre ans, faisait partie du voyage, et c’est lui qui a très souvent traduit mes paroles de l’hébreu  à l’anglais. Il avait insinué ironiquement, dans le passé, que si on voulait mettre fin à une discussion avec des Juifs des Usa, il fallait leur parler d’Alyah. Cependant, aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à ce sujet sans chercher à interrompre le dialogue. Nombreux sont ceux qui envisagent sérieusement de faire leur Alyah. Avant, ce sujet ne faisait pas partie de leurs principales préoccupations, alors qu’aujourd’hui c’est le premier à être abordé. L’investissement dans l’éducation porte ses fruits. Cela fait des années, avec l’aide des émissaires en provenance d’Israël, que les rabbins locaux éduquent le public pour le faire aimer Israël et se préparer à l’Alyah, et dans un processus échelonné qui va en s’intensifiant, il y a de plus en plus de Juifs désireux de monter en Israël.

Ils sont nombreux à avoir au moins un parent proche qui s’est installé en Israël. A titre d’exemple, avant de reprendre l’avion pour Israël, un Juif s’est adressé à moi en me racontant qu’il avait assisté à un de mes cours, et qu’il s’apprêtait lui aussi à monter dans l’avion pour une visite en Israël, afin de rencontrer son père qui avait fait son Alyah quelques années plus tôt. Il devait aussi voir son fils et sa bru, en Israël depuis quelques mois. Un directeur d’école a parlé de ses enfants déjà installés en Israël, disant qu’il s’y préparait pour bientôt. Telle est la situation familiale de nombreux rabbins et éducateurs, à tel point qu’il faut les encourager à poursuivre leur mission de première importance à l’étranger. C’est une tâche qui produit d’excellents fruits, car l’apport des nouveaux immigrants des Etats-Unis à la reconstruction du pays d’Israël est immense.

Nous avons été reçus pendant quelques jours par une famille du centre de Manhattan, dont le fils est monté en Israël pour passer dans un premier temps une année dans un yéchiva sous contrat, avant de décider de s’enrôler dans une unité combattante. Ils ont assisté il y a quelques mois à la cérémonie de prestation d’allégeance au Mur Occidental. La photo prise de lui en compagnie de ses camarades orne le mur de leur salon. Tous les jours, ils prient pour lui et pour l’ensemble de nos soldats. C’est difficilement concevable ! Au lieu d’étudier dans l’une des écoles de médecine les plus prestigieuses, comme il l’avait projeté au départ, il a décidé de faire l’armée en Israël et d’y étudier la médecine à son retour à la vie civile. En outre, sa sœur, qui a étudié un an en Israël, est aujourd’hui étudiante à l’Université Columbia et présidente de l’organisation juive Hillel. Sur ce campus hostile, elle lutte pour défendre les étudiants juifs et s’oppose à l’antisémitisme.

Peniné Halakha

Nous nous sommes rendus un soir à un cours et une rencontre entre dix familles qui projettent de faire leur Alyah en groupe l’été prochain. D’autres familles présentes réfléchissaient à la possibilité de se joindre à elles. Cette rencontre a vraiment été encourageante pour moi, parce qu’ils m’ont raconté qu’il y a à peu près sept ans, l’un des membres actifs de leur communauté s’est mis à encourager les autres fidèles à étudier les livres Peniné Halakha, ce qui a entraîné un processus de renforcement dans le respect de la religion et des commandements. Par exemple, plusieurs femmes ont commencé à se couvrir la tête, et suite à l’étude du livre Peniné Halakha qui traite du peuple et de la terre, l’idée de monter en Israël a germé dans les esprits. Dans le même ordre d’idée, un Juif qui vit à Manhattan et possède une autre maison en Floride, m’a raconté qu’une jeune fille issue d’un milieu orthodoxe avait abandonné la religion, et que, pour lui rendre service, il l’avait autorisée à occuper sa seconde maison, alors qu’ils sont à New-York. Pendant qu’elle y séjournait, elle y a trouvé des exemplaires de Peniné Halakha. Elle s’était alors plongée dans la lecture du tome qui traite de la prière. Depuis, elle prie et se renforce dans la religion. Cet homme a pris pour habitude d’offrir comme cadeau de bar-mitsva ou de bat-mitsva la série des tomes du Peniné Halakha.

Les rabbins de communautés

Les rabbins de synagogues ont un rôle important aux Etats-Unis. Ils sont les piliers de leurs communautés, car en dehors de l’organisation des prières et des cours de Torah, ils s’occupent de la consolidation du groupe et de la relation entre l’ensemble des membres de la communauté juive et le judaïsme. Et ils y parviennent avec succès. Quand on compare la situation actuelle des communautés orthodoxes modernes avec celle qui était la leur il y a trente ans, on constate que le public qui se rend à la synagogue s’est nettement renforcé. Ils vont aux offices ou aux cours ; les parents consentent bien plus facilement à ce que leurs enfants se rendent en Israël pour étudier la Torah, et beaucoup parmi eux les encouragent à faire leur Alyah. L’engouement s’est renforcé encore davantage au cours des deux dernières années. Souhaitons que cette Alyah d’Amérique renforce cette tradition rabbinique et lui permette de s’étendre en Israël. Lors d’une prochaine occasion, j’essaierai de m’étendre plus largement sur ce sujet afin de comprendre ce que les rabbins communautaires des Usa peuvent nous apporter.

Le plus court chemin

Malgré les défis énormes auxquels doit faire face le public orthodoxe-moderne, il semble qu’il soit le plus proche de l’authentique chemin de la Torah aux Etats-Unis.  Il observe en effet l’ensemble des commandements de la Torah, sans s’éloigner d’aucune valeur ou prescription. L’étude de la Torah et le respect de la halakha sont de la plus haute importance, ainsi que la sainteté de la terre d’Israël. Le travail et la science ne doivent pas non plus être négligés. Leur rejet, même motivé par une sincère intention de servir le Ciel et de préserver la tradition, est un grand défaut, car il ne permet pas de progresser dans un repentir parfait en vue de la rédemption.

Ce sujet a été soulevé dans des rencontres avec les rabbins locaux. Ils racontent qu’il leur est parfois difficile d’expliquer aux jeunes qui cherchent à se renforcer dans le respect de la religion qu’ils doivent le faire tout en restant attachés à l’ensemble des valeurs et des commandements de la Torah, sans opter pour une voie orthodoxe coupée d’une partie d’entre elles. L’un des rabbins a écrit qu’ils manquent de livres à ce sujet. La nuit qui a suivi notre réunion, j’y ai longuement réfléchi. Et j’ai décidé qu’après la rédaction du présent ouvrage (sur les objets de culte : le Séfer Torah, les franges, les tefillins, la synagogue et la mézouza), je consacrerai du temps à l’éclaircissement du commandement de l’étude de la Torah, afin de clarifier à partir de là la valeur de l’intégralité de la Torah, sans en négliger aucune partie, et aussi les valeurs de la vie et de ses exigences.

Est-on obligé de monter en Israël ?

Plusieurs fois, après la conférence et le temps consacré aux questions-réponses, il est arrivé qu’un membre du jeune public demande si monter en Israël est une obligation dans le cas où les parents s’y opposent. J’ai préféré ne pas répondre à cette question, mais de les rediriger vers un rabbin qui les connaît personnellement, à condition cependant qu’il soit sioniste. Certes, quand des parents exigent de leur enfant d’agir contre un commandement de la Torah, il faut suivre la Torah, comme l’établit le Choulhan Aroukh (Yoré Déa’ 240, 15), de même que je l’ai mentionné dans le tome de Peniné Halakha (Le peuple et la terre 3, 8). Néanmoins je ne saurais répondre sur la base de ce principe, sans connaître personnellement le jeune et ses parents. Par exemple, il se peut qu’il ait besoin de leur soutien moral et financier, et que sa montée en Israël contre leur avis pourrait se solder par un échec le poussant à repartir. En ce cas, ma réponse ne serait d’aucune utilité au regard de l’accomplissement de ce commandement, car elle provoquerait au contraire des souffrances. En revanche, s’il consulte un rabbin qui le connaît bien, il saura le diriger sur la voie qui, sans le mettre en conflit avec ses parents, pourra renforcer son lien avec Israël, jusqu’à faire son Alyah avec succès. Bien entendu, il faut que ledit rabbin soit fidèle aux ordres de la Torah et de tous ses commandements, autrement dit il faut qu’il soit sioniste.

 

 

 

 

 

 

 


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