Selon de nombreux avis, le commandement des tefillins, exigé des hommes par la Torah, ne concerne qu’un court instant dans la journée * En revanche, d’autres disent que l’obligation des tefillins est applicable toute la journée, comme le voulait la coutume à l’époque talmudique * De la période de la Michna aux décisionnaires de la première période, beaucoup ne mettaient jamais les tefillins * Dans la pratique, la coutume de la majorité, voire de la totalité d’Israël, de l’époque des décisionnaires de la première période à nos jours, exige de poser les tefillins pendant la prière du matin uniquement * Par le commandement des tefillins, nous pouvons nous attacher au fondement de la foi
A côté :
En réaction à la coutume largement répandue de ne jamais mettre les tefillins, les premiers décisionnaires ont écrit que, certes, pour les mettre, il faut un corps propre et ne pas se laisser distraire, mais cette prudence rigoureuse est exigée de l’homme qui les porte toute la journée. Toutefois, pendant la prière du matin, l’homme peut garder son corps propre et ne pas oublier que les tefillins sont sur lui, sans s’en distraire ; c’est pourquoi chacun est dans l’obligation de mettre les tefillins pendant la prière du matin.
L’obligation et le commandement
Question : sachant que le commandement de la pose des tefillins est applicable toute la journée, et que c’était ainsi que l’on agissait dans le passé, pourquoi n’encourage-t-on pas le public à les porter toute la journée, surtout les étudiants talmudistes ?
Réponse : De l’avis de nombreux décisionnaires, l’obligation exigée des hommes par la Torah de porter les tefillins ne concerne qu’un bref instant, et il est juste de le faire au moment de la lecture du Chéma, puisque les tefillins en contiennent le texte. Nos Sages ont dit : «Quiconque procède à la lecture du Chéma sans tefillins, c’est comme s’il avait fait un faux témoignage» (Berakhot 14b). Par ailleurs, celui qui met les tefillins applique un commandement, c’est pourquoi, s’il les a retirés et souhaite les remettre, il doit répéter la bénédiction de la pose des tefillins, mais il n’y est pas obligé, car il suffit d’un seul instant pour s’en acquitter (Ritba Chabbat 49, 1 ; 130, 1 ; Colbo ; Kessef Michné et Lehem Michné sur les fondements de la Torah 5, 1 ; Maguen Guiborim article 43, aa 37, B ; Aroukh Ha-Choulhan 3 ; Echel Abraham Buchach 25, 1). Par contre, certains considèrent qu’il est obligatoire de les porter toute la journée, de même que le commandement de l’étude de la Torah s”applique à toute la journée. Néanmoins, celui qui les a déjà mis un court instant est considéré comme s’étant acquitté du commandement (Rabénou Yona, Levouch 37, 2 ; Chela, Perah . Gra 38, 10 ; Yéchouot Ya’acov Orah Haïm 37, 1).
La coutume dans le passé
A l’époque de la Michna, puis de la Guemara, beaucoup avaient la coutume de porter les tefillins toute la journée, d’où la précision halakhique établie par les Sages en ce qui concerne le retrait des tefillins avant d’entrer aux toilettes ou en prenant son repas (Berakhot 23, 1-2). Ils ne tarissaient pas d’éloges pour les Sages de la Michna et de la Guemara qui ne parcouraient jamais plus de quatre coudées sans tefillins (Soucca 28a ; Ta’anit 20b ; Meguila 28a).
En revanche, entre la période de la Michna et celle des décisionnaires de la première période, beaucoup ne les mettaient jamais ou alors très rarement. Nos Sages ont indiqué que ceux qui ne les mettent pas sont les ignorants (Berakhot 47b ; Sotta 22a). Ainsi parlaient nos Sages : «Tout commandement pour lequel Israël n’a pas fait don de sa vie en temps d’ordonnance royale, comme les tefillins, est encore faible entre leurs mains» (Chabbat 130a). C’est ce qui ressort aussi des propos des premiers Geonim, quand dans certaines régions, le commandement des tefillins n’était presque pas observé sur plusieurs générations. Et Rabbi Moché de Coucy, auteur du Smag (commandement positif 3), effectua un voyage de sensibilisation de la France à l’Espagne afin d’éveiller le nombre pour la pratique de ce commandement.
La raison de la négligence dans la pose des tefillins
Beaucoup justifiaient leur faiblesse dans la pratique des tefillins par la crainte de ne pas parvenir à préserver la sainteté des tefillins, qui exige un corps propre et une grande attention pour ne pas laisser vagabonder son esprit. Ils appuyaient leurs propos sur la Guemara : «Rabbi Yanaï disait : “Les tefillins exigent un corps propre comme Elicha Ba’al Kenafaïm (qui fit l’objet d’un miracle). Et quel est-il ? (en quoi consiste cette propreté du corps?). Abayé disait : “se préserver de flatulences”. Rava disait : “qu’il ne dorme pas avec”» (Chabbat 49a). (Rachi explique : afin qu’il n’ait pas de gaz ni de sécrétion de semence pendant son sommeil). Il convient de préciser que dans le passé, les gens ne disposaient pas des commodités proches comme aujourd’hui. Ils devaient se retenir pendant des heures, c’est pourquoi il leur était plus difficile de veiller à la propreté de leur organisme.
Cependant, les décisionnaires de la première période ont écrit que la crainte de ne pas avoir son organisme propre et d’être distrait ne justifie pas l’inobservation de la pose des tefillins, car il est toujours possible de les retirer si on se sent incapable de se dominer, et de les mettre à un autre moment. Néanmoins, ceux qui s’en abstenaient arguaient qu’étant incapables de rester concentrés et propres, et qu’il leur eût été difficile de devoir les retirer chaque fois, il valait mieux pour eux s’abstenir de les porter, afin de ne pas porter atteinte à leur sainteté.
Que signifie se déconcentrer ?
La distractibilité est proscrite pendant la pose des tefillins. Elle consiste dans des pensées interdites portant sur des motifs sexuels ou de dérision (Choulhan Aroukh Orah Haïm 38, 4). De même, si une personne est profondément préoccupée par des problèmes corporels ou une douleur qui détourne son cœur totalement des affaires de la Torah, elle est considérée comme distraite des tefillins (Rema 38, 1).
Certains exigent la rigueur et estiment que celui qui met les tefillins doit constamment se souvenir qu’ils sont sur lui, qu’il ne passe jamais le temps nécessaire pour parcourir cent pas (environ une minute) sans se rappeler qu’ils sont sur lui (Chaagat Arié 39). Toutefois, tel n’est pas l’avis de la majorité des décisionnaires, vu qu’ils les portaient pendant leur travail et qu’ils ne considéraient pas ce fait comme de la distraction. Il n’y a pas d’incompatibilité entre le port des tefillins et se charger de la bonne marche du monde. Cependant, ceux qui se dérobent de l’obligation des tefillins ont pu admettre la rigueur de l’obligation de toujours penser qu’on les a sur soi, mais que puisqu’ils n’en sont pas capables, alors ils ne les portent jamais.
L’ordre des décisionnaires de la première période de mettre les tefillins pendant la prière du matin
En réaction à cette habitude répandue de ne pas porter les tefillins, les décisionnaires de la première période ont établi que certes, ce commandement exige la propreté corporelle et une grande attention pour ne pas se déconcentrer, mais que ce regain de prudence est exigé de l’homme qui met les tefillins tous les jours. Car chacun peut faire attention au contrôle de sa propreté corporelle et de sa concentration pendant la prière du matin et ne pas oublier qu’il porte les tefillins. Par conséquent, chacun est dans l’obligation de les mettre à la prière du matin (Roch Tefillins 28 ; Smag 153 ; Choulhan Aroukh 37, 2).
L’opinion de ne pas les mettre toute la journée à cause des fraudeurs
De plus, certains considèrent qu’il ne faut pas porter les tefillins toute la journée, afin de ne pas donner de prétexte aux fraudeurs qui risqueraient de se faire passer pour des justes en portant les tefillins toute la journée. Et voici ce qu’en dit le Talmud de Jérusalem : «Et pourquoi ne les ont-ils pas tenus ? En raison des faussaires» (Berakhot 2, 3). Ce passage rapporte un fait largement explicité dans le Pessika Rabati (Ich Chalom paragraphe 22) : «C’est l’histoire d’un homme qui était en chemin et portait de l’argent. Comme le Chabbat allait bientôt commencer, il dut le déposer chez un homme de confiance d’entre les habitants du lieu. Il vit un homme qui portait les tefillins sur la tête, comprit qu’il craignait le Ciel et déposa chez lui l’argent. Il alla le retrouver le samedi soir suivant, mais cet individu nia avoir reçu de lui de l’argent en dépôt. Notre homme se dit : “En fait, ce n’est pas que cet homme m’ait inspiré confiance, je me suis fié aux tefillins qu’il portait sur la tête, et c’est à cause d’eux que j’ai cru qu’il craignait le Ciel.” Dans sa profonde douleur, il s’enveloppa de son taleth et dit : “Maître du Monde, je ne me suis fié qu’à ton Saint Nom qui était sur sa tête”. Puis il se mit à somnoler. Eliyahou le prophète, que son souvenir soit bénédiction, lui apparut et lui dit : “Rends-toi auprès de son épouse, et dis-lui que son époux a demandé qu’elle rende l’argent gardé à tel endroit. Il lui signala qu’ils avaient consommé du levain à Pessah et tel aliment le soir de Kippour.” L’épouse lui rendit son argent. A son retour chez lui, l’escroc apprit de son épouse qu’elle avait restitué l’argent. Il se fâcha fort et la battit. Elle lui dit : “Pourquoi me frappes-tu? Il m’a donné des signes qui ne sont connus que de toi et moi.” »
C’est aussi ce qu’ont écrit Rabénou Yérouham (Toldaot Adam Ve-Hava, chemin 19, 5), Maguen Abraham, et Elya Raba (37, 2) : même celui qui se sait capable de garder son corps propre, ne les portera pas toute la journée, afin que les escrocs ne trouvent pas le moyen de se faire passer pour des justes et de tromper les gens.
Néanmoins, la majorité des décisionnaires pensent que l’intention des Sages était seulement de dire qu’il ne faut pas se fier à quelqu’un qui porte les tefillins toute la journée en le prenant pour un juste éminent, à cause des faussaires, mais pas d’interdire de les porter constamment (Haterouma, Roch, Beth Yossef 37, 2).
La coutume dans les faits
Concrètement, la coutume majoritaire en Israël, depuis l’époque des décisionnaires de la première période et jusqu’à ce jour, est de mettre les tefillins pendant la prière du matin uniquement. Et c’est ainsi qu’agissent la plupart des rabbins et des étudiants des yéchivot. Quant à celui qui veut les mettre toute la journée, il en a le droit. Mais il n’y a pas lieu d’encourager le public sur cette voie. On peut dire que jusqu’à l’époque des décisionnaires de la première période, certains avaient l’habitude de les porter toute la journée et d’autres de ne pas les porter du tout. Les décisionnaires ont fixé la coutume pour tout Israël de porter les tefillins pendant la prière du matin uniquement. Et, depuis, tous ceux qui observent les commandements font attention de les porter chaque jour à la prière du matin.
Les étudiants en yéchiva
En ce qui concerne les jeunes étudiants en yéchiva, certains décisionnaires disent que celui qui étudie la Torah n’est pas obligé de mettre les tefillins plus d’une fois par jour, puisque la finalité des tefillins consiste dans : «afin que la Torah de l’Eternel soit sur ta bouche» (Exode 13, 9). Or celui qui étudie met ce principe concrètement en pratique. C’est ce qu’écrivent Rabénou Yona, Mordekhi et le Choulhan Aroukh (38, 10). Mais le Pessika Zoutra (section Bo 13) explique que celui qui étudie la Torah est également obligé de mettre les tefillins. C’est ce qu’écrit le Gaon Rav Chmouel bar Hofni, Haagour et Hatour (38, 10).
Les fauteurs d’Israël en leur corps
Nos Sages ont dit qu’un homme de niveau moyen, qui a autant de droits que de fautes, est jugé favorablement. Mais si parmi ses fautes il y en a une de l’ordre des «fauteurs d’Israël en leur corps», par exemple «le cuir chevelu qui ne porte pas de tefillins» (une tête sans tefillins), on ne fait pas pencher la balance favorablement mais on lui applique le verdict de la Géhenne (Roch Hachana 17a). Certains estiment qu’un fauteur d’Israël en son corps n’est que celui qui n’a jamais porté les tefillins de sa vie (Rif, Rambam, Ramban etc.), mais d’autres que même s’il ne les a pas portés qu’un seul jour, il est considéré comme tel, à condition cependant qu’il en ait eu la possibilité mais qu’il ait délibérément décidé de ne pas le faire par répugnance et mépris du commandement (Rabénou Tam, Yréïm, Manig, Rachba, Ritba, Ran etc.)
Les soldats d’unités combattantes sont justes en leur corps
A contrario, puisque le fauteur qui ne met pas les tefillins est considéré comme ayant péché au regard d’un commandement applicable avec le corps, les soldats qui mettent leur vie en danger pour la défense du peuple et du pays, comme ils mettent en danger leur corps, sont considérés comme des justes d’Israël en leur corps. La mesure de bonté est plus grande que la mesure de châtiment, et le commandement contient la force de faire pencher la balance en leur faveur et de leur garantir la vie éternelle dans le Jardin d’Eden.
En outre, pendant leur service militaire, ils mettent en pratique deux commandements pour lesquels nos Sages ont dit qu’ils pèsent autant que tous les autres commandements : la protection d’Israël et l’installation dans le pays.
Toutes les nations de la terre verront…
Ces dernières années, où nous sommes dans une dure période de guerre contre nos ennemis, nous devons nous ceindre d’héroïsme inspiré par une profonde foi en l’Eternel et la vocation du peuple d’Israël d’apporter la justice et la bénédiction dans le monde. Par le commandement des tefillins, nous pourrons nous rattacher au fondement de la foi, et, de ce fait, le Nom de l’Eternel sera lisible sur nos faces, et nos ennemis seront effrayés au-devant de nous, comme il est dit : «Les nations de la terre verront que le Nom de l’Eternel est lu sur toi et elles te craindront» (Deutéronome 28, 10). Rabbi Eliézer le Grand disait : «Ce sont les tefillins de la tête» (Berakhot 57a). Et par extension, nous parviendrons aussi, à l’aide du commandement des tefillins de la main, à voir notre bras se renforcer, vaincre nos ennemis et reconstruire notre pays.



Leave a Reply