La force spirituelle au combat : l’implication de la tribu de Lévy dans les guerres d’Israël

La fonction première de la tribu de Lévy consiste à diriger l’armée sur le plan spirituel et disciplinaire * En dehors du renforcement moral des guerriers à l’approche de la guerre, le Cohen ayant reçu l’onction martiale prenait part aux décisions de l’état-major * De plus, les Cohanim portaient l’Arche d’Alliance qui accompagnait Israël dans ses guerres * Le rôle des policiers était d’aiguillonner les combattants et de sanctionner les déserteurs * Les Asmonéens s’inscrivirent dans le prolongement de Moché Rabénou qui, suite à la faute du veau d’or, alors qu’Israël courait un grand danger, avait proclamé : «Qui est pour l’Eternel me suive!»

A côté :

Lorsque le peuple d’Israël est en proie à un échec, il encourt un grand danger, or la tribu de Lévy, qui inclut aussi les Cohanim, incarne une sorte de commando d’élite qui, en cas de coup dur, s’engage dans une guerre courageuse contre les ennemis et les défait, aidant ainsi Israël à revenir à sa désignation première dans la sainteté.

Les responsabilités de Lévy à l’armée

Dans notre précédente rubrique, nous avons appris que la tribu de Lévy participait aux guerres d’Israël pour défendre le peuple et le pays, comme l’expliquent le texte biblique, les propos de nos Sages de le première et de la seconde périodes. C’est pourquoi, lorsqu’a été recensée la tribu de Lévy à l’époque du roi David, le nombre de ses soldats ne fut pas inférieur à celui des soldats des autres tribus (I Chroniques 12, 24-39). Certains furent même des chefs de l’armée, à l’instar de Benayahou ben Yéoyada.

Dans notre présente rubrique, nous allons poursuivre notre étude selon laquelle, d’après la Torah, la fonction première de la tribu de Lévy fut de diriger l’armée sur les plans spirituel et disciplinaire. Cela signifie qu’il fallait d’abord sélectionner en son sein les personnes les plus compétentes pour assumer ces rôles, les autres s’engageant ensuite dans l’armée au même titre que tout Israël. Or comme nous l’avons appris la semaine dernière, de l’avis de la majorité des décisionnaires, pour la guerre obligatoire, destinée à sauver Israël, les Lévites étaient contraints de s’enrôler ; en revanche, pour une partie des décisionnaires, l’enrôlement était considéré comme une bonne action, mais pas une obligation.

Le Cohen qui a reçu l’onction martiale

En dehors du Cohen Gadol (le grand prêtre) qui était préposé au culte dans le Temple, un autre Cohen recevait l’onction martiale «Cohen enduit pour la guerre», dont le rôle consistait à encourager les combattants d’Israël et renforcer leur foi, comme par exemple : «Ecoute, Israël, vous êtes sur le point aujourd’hui de guerroyer contre vos ennemis. Que votre cœur ne s’affaiblisse pas, ne les craignez point et ne soyez pas terrifiés devant eux, car c’est l’Eternel votre D. qui marche avec vous pour faire la guerre à vos ennemis et vous délivrer» (Deutéronome 20, 2-4 ; Maïmonide, Lois des Rois 7, 1-3).  Il apparaît que de même que le Cohen Gadol se tenait à la tête du système des Cohanim qui œuvraient dans le Temple, de même le Cohen ayant reçu l’onction martiale se tenait à la tête des Cohanim qui soutenaient les combattants dans leurs diverses unités.

En sus du renforcement de l’esprit guerrier de ceux qui partaient au combat, le Cohen ayant reçu l’onction martiale prenait part aux décisions de l’état-major, de sorte que nos Sages en tirèrent la conclusion (Nazir 47b) que beaucoup d’éléments en dépendaient, car «toute la valeur (le système) de la guerre, se faisait selon ses dires» (Roch ad. loc., ainsi que Rachi et les Tossaphistes).

Les trompettes retentissaient

Une autre fonction était assumée par les Cohanim en temps de guerre. Cette fonction constituait elle aussi un commandement de la Torah : ils devaient faire sonner des trompettes pour encourager les combattants à être héroïques et confiants en l’Eternel, et aussi pour intercéder auprès de l’Eternel en faveur d’Israël (Nombres 10, 8-9). Ainsi se déroula la guerre contre Madian, lorsque Pin’has le Cohen fit sonner les trompettes (id. 31, 6) ; et la guerre de Jéricho, quand les Cohanim firent retentir les cornes devant l’Arche de l’Eternel sept jours durant, pendant que les guerriers d’Israël en contournaient la muraille. Ainsi, les soldats étaient guidés sur le plan spirituel (Josué 6, 4).

Les porteurs de l’Arche d’Alliance qui partait avec les guerriers

En outre, les Cohanim porteurs de l’Arche accompagnait Israël dans ses guerres, de sorte que la Présence Divine séjournât dans le camp d’Israël et que l’assistance divine lui fût accordée, comme il est dit : «Car l’Eternel ton D. marche au milieu de ton camp pour te sauver et mettre tes ennemis entre tes mains» (Deutéronome 23, 15).

Il apparaît que la garde des Cohanim qui portaient l’Arche se composait de combattants aguerris, capables de protéger l’Arche dont les ennemis tentaient de s’emparer et de déterminer ainsi l’issue de la guerre. Et comme il était admis dans toutes les armées, des soldats d’élite étaient affectés à la surveillance du drapeau qui se trouvait à côté des commandants préposés aux combats.

C’est aussi ce que nous retrouvons à propos de l’agression d’Israël par les Philistins à Even Haézer. La garde des Cohanim faillit. Alors, les Philistins tuèrent ‘Hofni et Pin’has, les fils du grand pontife Eli. Ils surveillaient l’Arche quand ils furent tués et qu’elle fut dérobée sur le champ de bataille. Ce fut à la suite de cette défaite que la ville de Silo fut détruite et que le Grand Cohen mourut (I Samuel 7, 2-14).

Les fils de Lévy, policiers chargés des exemptions

Outre leur rôle d’enseignants de la halakha et de juges, les Léviim étaient aussi policiers, comme l’ont indiqué nos Sages : «Au départ (à l’époque du Premier Temple) on ne désignait comme policiers que des Léviim» (Yébamot 86b), comme il est dit : «Et les policiers lévites devant vous» (II Chroniques 19, 11). (Ainsi que dans I Chroniques 23, 1-4 ; 26 ; 29 ; 34, 13, voir aussi Béer-Cheva Sotta 42a ; Assé Lekha Rav 3, 48).

Les policiers faisaient respecter la loi, comme il est dit : «Des juges et des policiers tu établiras dans chacun de tes portails» (Deutéronome 16, 18). Entre autres fonctions de policiers, les Lévites étaient responsables de la production de dispenses en temps de guerre facultative, aux soldats qui venaient de construire une maison, de planter une vigne ou de se marier, ainsi qu’aux soldats pas assez courageux qui risqueraient de perdre leurs moyens sur le champ de bataille, comme il est dit : «Les policiers parleront au peuple en disant : “Qui est l’homme qui a construit une maison et ne l’a pas inaugurée, qu’il parte et rentre chez lui… lorsque les policiers auront fini de parler au peuple ils désigneront des chefs d’armée à la tête du peuple» (Deutéronome 20, 5-9). Pendant la guerre obligatoire, qui contraint tout le monde à s’enrôler, les policiers sont responsables de libérer ceux qui ne peuvent pas combattre indépendamment de leur volonté, aussi bien pour cause de blessure ou maladie.

Les déserteurs sont sanctionnés

Après le début des combats, le rôle des policiers était d’aiguillonner les combattants et de châtier les déserteurs. Comme l’ont dit nos Sages (Michna Sotta 8, 6), on mettait derrière eux des redresseurs, c’est-à-dire des «policiers forts et téméraires» (Maïmonide, Lois des Rois 7, 4), afin de punir les éventuels fuyards et d’empêcher une défaite. Or comme l’ont dit nos Sages : «Ils tenaient dans leurs mains des haches de fer, et quiconque cherchait à s’enfuir, ils étaient en droit de le frapper aux mollets, car le début de la chute est dans la fuite» (voir Talmud de Jérusalem Sotta 8, 10).

Cantique et prière

Les Lévites avaient une autre fonction, outre ce qui précède : une chorale chantait et priait pour les soldats, comme il est rapporté pour l’époque de Yéhochafat : «Se levèrent des Lévites d’entre les descendants de Kéhat et de Korah pour louer l’Eternel, D. d’Israël, d’une voix retentissante qui s’élevait… et lorsqu’ils entonnèrent leur chant et leur louange, l’Eternel plaça des embûches sur le chemin des fils d’Amon et de Moab et le Mont Séir qui marchaient sur Yéhouda, et ils furent frappés» (II Chroniques 20, 19-22). Certains disent que le Psaume «L’Eternel te répondra au jour de détresse» (Psaume 20), a été composé à l’intention des Lévites qui prient pour les soldats au combat (Méiri Sotta 42b). Il apparaît donc que pour ce rôle, on sélectionnait des Lévites qui chantaient en s’accompagnant des instruments de musique du Temple.

Comment ont-ils obtenu ce rôle ?

Les Lévites ont eu droit à ce rôle après s’être portés volontaires à cet effet au moment de la faute du veau d’or, lorsque Moché lança son appel : «Qui est pour l’Eternel me suive!», or : «Tous les fils de Lévy se joignirent à lui» (Exode 32, 26). Ensemble, ils ont fait la guerre aux fauteurs et éveillé Israël qui s’est lancé dans un processus de repentance. (Voir Exode 32, 29 ; Deutéronome 10, 8).

De même, pendant la faute de Ba’al Péor, lorsqu’une grande accusation planait au-dessus d’Israël, et qu’une grande catastrophe s’apprêtait à s’abattre sur eux, Pin’has, fils d’Elazar fils d’Aaron Hacohen, se saisit d’une lance et frappa les fauteurs, ce qui eut pour résultat de mettre un frein à l’engouement général pour les gens de Madian et les idoles, et alors seulement : «Le fléau contre les enfants d’Israël s’arrêta» (Nombres 25, 1-9). Suite à ces événements, il eut droit à une bénédiction de paix et à la prêtrise pour lui et sa descendance (id. id. 13).

Nos Sages nous enseignent qu’à la mort d’Aaron, lorsque se retirèrent les nuées de Gloire qui protégeaient Israël, les Cananéens s’avancèrent pour leur faire la guerre. Des familles en éprouvèrent une profonde épouvante au point de chercher à repartir en Egypte. Ils parcoururent ainsi dans l’autre sens huit des étapes franchies sur le chemin de la terre d’Israël. Mais les fils de Lévy les rattrapèrent pour les ramener, afin qu’ils ne fuient pas la guerre. S’ensuivit une violente altercation où périrent sept familles des tribus de Benyamin, Simon et Gad, et quatre de la tribu de Lévy (Rachi Nombres 26, 13). Suite à cette affaire, les Lévites furent désignés comme policiers, dont un des rôles consistait à empêcher les guerriers de fuir le champ de bataille.

Les fils de Lévy, un commando d’élite

Lorsque l’Eternel ordonna à Moché de compter tous les hommes d’Israël aptes à servir dans l’armée, il demanda de ne pas inclure la tribu de Lévy, parce qu’ils n’obtiendraient pas d’héritage foncier dans le pays d’Israël (Nombres 1, 45-47) ; 49 ; 2, 33 ; 26, 62).

Nos Sages disent (Bamidbar Raba 1, 11-12), que Moché Rabénou se sentit moralement défaillir, et qu’il craignit : «Peut-être que ma tribu souffre d’une inaptitude, et que pour cette raison le Saint béni soit-Il ne veut pas que je les compte!» Le Saint béni soit-Il lui dit : «Je ne t’ai pas dit ça, mais pour les éloigner du décret, pour qu’ils ne meurent pas avec eux». En effet, lorsque les soldats d’Israël admirent les paroles calomnieuses contre leur pays, qu’ils prirent part à la faute des explorateurs, et qu’ils voulurent repartir en Egypte au lieu de conquérir le pays, leur mort dans le désert fut décrétée. Cependant, les membres de la tribu de Lévy ne furent pas complices de cette trahison, ce qui les épargna du décret. En revanche, s’ils avaient été visés par le recensement au même titre que les autres tribus, ils auraient été confondus pour cette faute et l’ange destructeur les aurait frappés eux aussi.

Dans cet ordre d’idée, nos Sages disent qu’après l’apport des offrandes des Princes d’Israël, des  sacrifices pour l’inauguration de l’autel, Aaron Hacohen éprouva une faiblesse morale, du fait que sa tribu n’y avait pas été conviée au même titre que les autres. Le Saint béni soit-Il le rassura : «Ne crains rien. Tu es appelé à une cérémonie plus grande». Car les «sacrifices, tant que le Temple reste érigé, on a coutume de les apporter, tandis que les bougies, elles sont indéfiniment présentes face à la Ménorah – candélabre – pour éclairer.» (Bamidbar Raba 15, 6 ; Tan’houma Bea’alotekha 5). Nahmanide explique (Nombres 8, 2), que le sens des lumières immuables, dans l’intention de nos Sages, fait référence aux lumières de Hanouca qui résultent du miracle réalisé en faveur des Asmonéens descendants d’Aaron, que nous allumons même sans l’existence physique du Temple, alors que les sacrifices ne sont pas présentés sur l’autel.

Les Asmonéens

Ainsi, les Asmonéens s’inscrivent dans le prolongement de Moché Rabénou qui, suite à la faute du veau d’or, quand Israël était sous la menace d’un danger existentiel, avait crié : «Qui est avec l’Eternel me suive!» De la même façon, pendant la période des décrets antijuifs du royaume grec, les Cohanim asmonéens se sont levés et ont brandi le drapeau de la révolte, reprenant cet appel : «Qui est avec l’Eternel me suive!» Après d’innombrables combats épiques, ils défirent les Grecs et annulèrent les décrets, restaurant la royauté d’Israël à sa place pour plus de deux autres siècles (Maïmonide Lois de Hanouca 3, 1 ; Peniné Halakha Fêtes 11, 1-6).

Nous comprenons que lorsque le peuple d’Israël se fourvoie, et que le peuple et le pays sont en grand danger, alors la tribu de Lévy, qui inclut les Cohanim, incarne une sorte de commando d’élite qui, en temps difficile, entre en guerre puissamment contre les ennemis d’Israël et en déterminent le résultat, aidant Israël à reprendre sa place et sa vocation de sainteté.

Conclusion et autres questions

Donc, quiconque voudrait être considéré comme un membre de la tribu de Lévy, qu’il fasse preuve de la plus grande abnégation pour le peuple d’Israël et ses guerres, et qu’en sus de son état de soldat, il encourage l’enrôlement à l’armée et rehausse l’esprit d’héroïsme de l’armée.

Question : Peut-on comparer Tsahal de l’Etat d’Israël actuel à l’armée sanctifiée du royaume d’Israël dans le passé, alors qu’il y avait un roi, le Temple et les Cohanim ?

Réponse : Avec l’aide de D., dans notre prochaine rubrique, nous en parlerons.

 


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