Un vêtement royal : les franges (ציצית), l’expression de la finalité d’Israël

finalité/désignation/spécification/caractérisation/ singularisation   d’Israël

Le commandement des franges exprime de façon unique la désignation d’Israël * Le vêtement camoufle les défauts de l’homme et lui procure ainsi de la dignité, mais il reste possible que cette dignité soit falsifiée * Le vêtement le plus honorable est le taleth orné de ses franges, car sa forme rectangulaire exprime toutes les forces cachées en l’homme et dans le monde * Bien qu’il ne soit pas obligatoire de se couvrir la tête avec le taleth, il y a en cela une qualité, car se couvrir la tête exprime la soumission devant l’Eternel.

A côté :

Les Sages du Secret ont expliqué que le taleth fait allusion à la lumière d’encerclement, qui est l’illumination divine supérieure, celle-ci, de par sa hauteur et sa grandeur, ne pouvant être accessible à l’homme, bien qu’elle l’influence (voir Peniné Halakha 1, 7), et qu’a partir de cette influence il appréhende parfaitement la lumière intérieure, à savoir les idées définies qui sont contenues dans la Torah et les commandements, qu’expriment les fils des franges, du niveau de la lumière intérieure définie.

La foi est cachée et doit être révélée

La foi est enfouie dans le cœur de l’homme, car puisqu’il renferme une âme, il renferme aussi la foi. Plus il prend conscience de l’âme qui le fait vivre, plus sa vie s’intensifie et reçoit la bénédiction dans tous les domaines. Néanmoins, dans un premier temps, cette âme est cachée, et en attendant qu’elle soit révélée de manière pleine et entière, l’homme a tendance à la réorienter dans des directions inappropriées frisant l’idolâtrie. En conséquence, l’homme devient l’esclave des chaînes de la matérialité sous toutes ses approches. C’est pourquoi, Israël, qui incarne le cœur des nations, fut la nation la plus assujettie d’entre toutes, et dut être exploitée par un travail harassant pour le pharaon, roi d’Egypte, sans la moindre possibilité d’exprimer les forces cachées en elle. Et ce fut alors que les enfants d’Israël étaient encore empêtrés dans l’esclavage de la matière, que l’Eternel se révéla à eux et les fit sortir de l’esclavage pour la rédemption, leur donnant sa Torah et ses commandements, afin qu’ils prolongent sa bénédiction et la diffusent en faveur de toutes les familles de la terre.

Les franges expriment la révélation divine qui lance des regards à travers les interstices des murailles

Le commandement des franges, par l’intermédiaire des fils visibles à l’extérieur, exprime d’une façon particulière la foi et la vocation spécifique d’Israël, comme il est dit dans le passage biblique sur les franges : «en le regardant, vous vous souviendrez de tous les commandements de l’Eternel, et vous les appliquerez, et vous ne vous égarerez pas dans le sillage de votre cœur et de vos yeux… afin que vous vous souveniez et que vous pratiquiez tous mes commandements, et vous serez saints pour votre D.» (Nombres 15, 37-40).

C’est ce qu’on dit nos Sages : «Pourquoi est-il appelé frange? [ציצית] Parce que l’Omniprésent a lancé un regard [הציץ] sur les maisons de nos ancêtres en Egypte, comme il est dit (Cantique des Cantiques 2, 8-9) : “La voix de mon Bien-aimé, voici qu’il vient, sautant au-dessus des montagnes, bondissant sur les collines (franchissant tous les obstacles)… Le voici debout derrière notre mur, surveillant à partir des fenêtres, lançant un regard par les interstices des murailles (Sifri Chelah, passage 115). »

La nécessité de se vêtir est conséquente à la faute du premier homme

Au départ, dans le jardin d’Eden, l’homme pouvait se passer de vêtements, puisque la nudité n’était en rien déshonorante. Mais dès qu’il se laissa entraîner par les désirs du corps et qu’il pécha, le mal s’insinua en lui, de sorte qu’il se mit à éprouver de la honte en raison de sa nudité, comme il est dit : «L’homme et sa femme se cachèrent devant l’Eternel D. dans le Jardin d’Eden. L’Eternel D. appela l’homme et lui dit : “Où es-tu?” Il lui dit : “Ta voix, je l’ai entendue dans le jardin et j’ai éprouvé de la crainte, car je suis nu, et je me suis caché”. Il lui dit : “Qui t’a dit que tu était nu? Aurais-tu consommé de l’arbre dont Je t’avais ordonné de ne pas manger?”» (Genèse 3, 8-11). Suite à la faute, l’homme fut expulsé du jardin d’Eden et dut se protéger du froid, de la pluie et du rayonnement solaire. L’Eternel le prit en pitié et lui confectionna des vêtements, comme il est dit : «L’Eternel D. fit à l’homme et à son épouse des tuniques de peau et les en vêtit.» (id. id. 21).

Le vêtement honore ou exprime une trahison

Le vêtement cache les défauts de l’homme et lui donne une apparence de dignité, mais il est possible que cette dignité ne soit pas authentique et qu’elle lui serve à tromper son prochain en lui cachant de mauvaises intentions, dans ce cas le vêtement [בגד] exprime une trahison [בגידה], et le manteau [מעיל] une dégradation de la sainteté [מעילה]. En revanche, il est possible que le vêtement exprime l’aspiration de l’homme au bien et au beau, en se démarquant des mauvaises tendances qu’il contient en lui et dans un souci de les éliminer, auquel cas le vêtement couvrira l’homme d’une véritable dignité (voir Ressissé Laïla 34).

Un vêtement à franges

Le vêtement le plus respectable est le taleth orné de ses franges. Le taleth de forme rectangulaire exprime toutes les forces cachées en l’homme et dans le monde, et les franges les six cent-treize commandements qui guident l’homme dans la manière de les exprimer concrètement. Il n’y a pas de taleth plus agréable que celui-ci, et c’est ce qu’ont dit nos Sages : «Celui qui est attentif aux franges mérite un taleth agréable» (Chabbat 23b).

Les Sages du Secret ont expliqué que le taleth fait allusion à la lumière d’encerclement, c’est-à-dire à l’illumination divine supérieure qui, en raison de sa hauteur et de sa grandeur, reste inaccessible à l’homme. Mais elle agit sur lui (voir Peniné Halakha Souccot 1, 7). Et, à partir de cette influence, il appréhende convenablement la notion de la lumière intérieure, c’est-à-dire les idées définies dans la Torah et ses commandements, qu’expriment les franges, qui sont du niveau de la lumière intérieure définie. Nos Sages ont établi (Bamidbar Raba 25, 21) que les franges font allusion aux six cent-treize commandements. Leur valeur numérique est six cents, et en y ajoutant les cinq nœuds et les huit fils de chaque coin du vêtement,  on arrive à six cent-treize (d’autre part, comme les femmes sont plus liées à la lumière d’encerclement, c’est peut-être la raison pour laquelle elles sont dispensées du commandement de franges, qui exprime la lumière intérieure qui émane. A la place, elles ont reçu le commandement de porter un vêtement agréable et décent, qui exprime la lumière d’encerclement).

Est-on obligé de se couvrir la tête avec le grand taleth ?

Question : Est-ce que ceux qui s’enveloppent du grand taleth doivent s’en servir aussi pour se couvrir la tête ?

Réponse : Certains décisionnaires considèrent que l’exigence de s’envelopper du taleth consiste dans le fait de se couvrir le corps et la tête, et que tout habit que l’on ne porte pas sous la forme d’un encerclement, est dispensé de franges. C’est pourquoi, de leur point de vue, le petit taleth que nous connaissons ne serait pas obligé d’en être équipé. Ils étayent leur opinion sur le contenu de la bénédiction : «s’envelopper des franges» (Ravia et Or Zaroua).

Néanmoins, dans la pratique, la majorité des décisionnaires de la première période ont statué que le petit taleth doit obligatoirement porter des franges (Ytour, Maharam, Orhot Haïm, Nimouké Yossef etc.), parce que le commandement des franges s’applique à toute forme de vêtement «avec lequel tu te couvres», ce qui inclut «tout vêtement ou couverture littéralement», «parfois en se couvrant la tête, parfois en laissant la tête découverte» (Maharil, Tour et Choulhan Aroukh 8, 2 ; ainsi que l’ont consigné les décisionnaires de la seconde période).

Cependant, en raison de la prise en compte des opinions selon lesquelles le commandement est de s’envelopper, et aussi parce que le texte de la bénédiction précise «s’envelopper», nous suivons la coutume, après avoir prononcé la bénédiction «s’envelopper» du «grand taleth», de l’embellissement en nous en enveloppant le temps nécessaire à un déplacement de quatre coudées. C’est-à-dire que nous enveloppons aussi bien notre tête que la partie supérieure de notre corps, en positionnant les quatre franges derrière l’épaule gauche, et en restant ainsi le temps nécessaire à un déplacement de quatre coudées. Ensuite, on se couvre comme il se doit, en plaçant deux franges devant nous, et deux dans notre dos (Choulhan Aroukh 8, 4 ; Gra 9 ; Michna Beroura 4). Sur le petit taleth, on a l’habitude de prononcer la bénédiction : «sur le commandement des franges» [על מצוות ציצית], puisqu’on a l’habitude de s’en vêtir et non pas de s’en envelopper (Rama 8, 6 ; Ben Ich Haï Béréchit 6 ; Caf Ha-Haïm 8, 25 ; 27).

Est-ce une qualité que de se couvrir la tête avec le taleth ?

Bien qu’il ne soit pas obligatoire de se couvrir la tête du taleth, ce geste est néanmoins une qualité, car en se couvrant la tête, on exprime sa soumission devant l’Eternel. C’est pourquoi certains ont l’habitude d’embellir l’accomplissement du commandement en se couvrant la tête de leur taleth pendant toute la durée de la prière, et surtout pendant la prière silencieuse [עמידה] (Michna Beroura 8, 4).

Question : Il m’est inconfortable de me couvrir la tête avec le grand taleth pendant la prière. Y a-t-il une coutume qui y oblige ?

Réponse : Aucune coutume n’en fait une obligation, donc celui que ça importune n’y est pas contraint.

La coutume du grand taleth pour les célibataires de tradition ashkénaze

Question : Est-ce qu’un célibataire de tradition ashkénaze est autorisé à mettre le grand taleth pendant la prière du matin ?

Réponse : La coutume ashkénaze consiste pour les célibataires à ne se vêtir que du petit taleth et de ne pas porter le grand taleth, car ce dernier exprime la lumière enveloppante obtenue par l’homme marié par le mérite de son épouse. Par l’intermédiaire du mariage, il devient un homme complet sur qui règnent la joie et la paix. Tandis que le célibataire n’y a pas accès (Traité Yebamot 62b ; Bené Issakhar Tichri 13).

Les décisionnaires de la première période ont trouvé un appui à cette coutume dans un enchaînement de versets (Deutéronome 22, 12-13) : «Des prolongements tu te feras aux quatre coins de ton vêtement dont tu te couvriras» ; «Quand un homme prend femme» (Tachbets Katan 462 ; Minhagué Maharil Lois du mariage 10).

Néanmoins, lorsqu’un célibataire monte à la Torah, ou qu’il œuvre en tant qu’officiant, il porte le grand taleth pour honorer le public, mais il fera attention de ne pas s’en couvrir aussi la tête, ce qu’il méritera seulement après son mariage (Michna Beroura 8, 4). La source de cette règle s’attache au récit de la Guemara (Kidouchin 29b), sur Rav Amnouna qui ne se couvrait pas la tête parce qu’il n’était pas marié.

Modifications dans la coutume

Parmi les Cohanim de tradition ashkénaze, certains suivent la coutume de se couvrir du grand taleth dès qu’ils montent sur l’estrade [pour bénir les fidèles]. Au cours des dernières générations, comme l’âge du mariage s’est fait de plus en plus tardif, dans certaines communautés ashkénazes, les célibataires adoptèrent la coutume de se couvrir eux aussi du grand taleth, mais sans se couvrir la tête, et ce jusqu’à leur mariage. Et ce afin de ne pas repousser à une date trop tardive l’usage de se couvrir du grand taleth pendant la prière du matin. D’un autre côté, beaucoup continuent à suivre la coutume, parce qu’il faut y voir aussi un encouragement au mariage à un âge raisonnable sans le repousser davantage.

L’interdiction de porter un taleth avec des franges non-conformes à la halakha

Les quatre franges qu’il faut fixer aux quatre angles du vêtement sont séparément invalidantes, car elles représentent toutes ensemble un seul commandement (Menahot 28a).

Dans quel cas des fils déchirés invalident le commandement ?

Si, après que les franges ont été fixées conformément à la halakha, l’ensemble des fils qui prolongent les derniers nœuds se sont déchirés, mais qu’il reste la longueur d’une «cravate», c’est-à-dire un segment suffisamment long pour attacher l’ensemble des fils coupés, soit environ quatre centimètres, alors la frange est encore valable. Si un seul fil a été interrompu juste sous le nœud, c’est encore valable. Mais si deux fils ont été coupés juste sous le nœud, la frange n’est plus valable, car les deux extrémités pourraient appartenir au même long fil, et en ce cas ce même fil serait privé de ses extrémités sans qu’il reste d’un seul de ses côtés de quoi faire un nœud de cravate. (Choulhan Aroukh 12, 1-3).

En revanche, si on a fait attention en nouant les franges, de sorte que les huit extrémités se séparent en deux groupes de quatre, dans ce cas, même si l’ensemble des quatre fils groupés du même côté sont interrompus juste sous le nœud, et que l’autre côté soit intact, avec au moins la longueur nécessaire au nœud de cravate, alors la frange est cachère, car chacun des quatre fils [pliés en deux] conserve sa capacité par rapport au nœud de cravate. Si un seul fil est interrompu du côté attaché au vêtement, alors la frange n’est plus valable, car le fil coupé est totalement invalidé (Michna Beroura 12, 13).


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