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Exigences de sainteté à la synagogue

La synagogue est une maison qu’une communauté juive a désignée pour être son lieu de prière * La synagogue a grandement contribué à la conservation de l’identité juive, pendant nos longs siècles d’exil * Cela, parce que la synagogue joue un rôle « d’annexe spirituelle » du Temple et de la terre d’Israël * Dès le moment où la communauté commence à y prier, toutes les lois relatives à la synagogue s’appliquent au local désigné à cette fin * La synagogue est réservée aux activités saintes, prière et étude de la Torah * Quiconque l’utilise pour des besoins profanes, ou y adopte une conduite profane, déconsidère sa sainteté.

 

Sainteté de la synagogue

 

La synagogue est le lieu qu’une communauté juive s’est désigné pour servir de maison de prière à l’Éternel ; de manière corrélative, l’Éternel y fait reposer sa Présence. Une sainteté apparentée à celle du Temple s’y révèle, et c’est pourquoi la synagogue est appelée miqdach me‘at, « petit sanctuaire ». Lors même que les enfants d’Israël étaient en exil, la Présence divine les accompagnait secrètement par le biais des synagogues, où se manifestait la foi en l’Éternel et en la Délivrance du peuple juif. Nos Sages disent ainsi : « Vois combien les Israélites sont chers au Saint béni soit-Il : en tout endroit où ils étaient exilés, la Présence divine était avec eux. » (Méguila 29a) Il est écrit en effet : « Ainsi a parlé l’Éternel-Dieu : “Quand Je les aurai éloignés parmi les peuples et dispersés parmi les pays, Je leur serai un petit sanctuaire, dans les pays où ils seront venus.” » (Ez 11, 16). « Un petit sanctuaire – ce sont les synagogues et les maisons d’étude », disent les Sages. Et puisque la Présence divine réside dans la synagogue, quiconque y séjourne avec recueillement accomplit par-là une mitsva (Choul‘han ‘Aroukh 151, 1, d’après Méguila 28b).

 

Permanence du peuple juif

 

Tous les peuples qui ont été soumis à l’exil ont perdu, au bout de quelques générations, leur identité, et se sont dissous parmi les autres. Seul Israël, malgré son long exil aux quatre coins du monde, est demeuré ancré dans son identité. La synagogue a tenu une grande part dans ce phénomène : elle sert, en quelque sorte, d’antenne spirituelle émanant du Temple et d’Erets Israël. Tout Juif qui entre dans une synagogue, en quelque endroit du monde, a le mérite d’y puiser une part de la sainteté d’Erets Israël. Ainsi, malgré toutes les détresses et tous les exils, nous avons pu persévérer et maintenir notre identité nationale, dont l’expression principale est la foi dans l’unicité divine et dans le retour d’Israël sur sa terre, pour y construire le Temple et apporter au monde la bénédiction (Méguila 29a ; cf. Liqouté Hilkhot Beit Haknesset 3). S’il en est ainsi en diaspora, a fortiori les synagogues d’Erets Israël tirent-elles du Temple illumination et bénédiction, dans une mesure plus grande encore.

 

Un lieu propice à la longévité

 

Le Talmud raconte que, lorsque Rabbi Yo‘hanan entendit que certains Juifs babyloniens parvenaient à un âge très avancé, il s’en étonna grandement et demanda : « Il est pourtant écrit : “Afin que se multiplient vos jours, et les jours de vos enfants, dans le pays que l’Éternel jura à vos pères de leur donner…” (Dt 11, 21) ; il est bien dit dans le pays, et non en diaspora ! » Comme on lui expliqua que ces vieillards venaient de bonne heure à la synagogue le matin, et s’y attardaient le soir, il dit : « C’est là ce qui leur permet d’avoir pareille longévité ! » (Berakhot 8a) En effet, la sainteté de la synagogue s’apparente à celle d’Erets Israël, terre de la vie.

De même, les Sages racontent l’histoire d’une femme d’Erets Israël, qui était fort avancée en âge, au point d’être lassée de sa propre vie. Elle se présenta à Rabbi Yossé ben ‘Halafta et lui dit : « Rabbi, je suis trop vieille, ma vie est devenue misérable : je ne sens plus le goût de la nourriture ni de la boisson, et demande à être délivrée de ce monde. » Rabbi Yossé lui dit : « Qu’est-ce qui t’a assuré une telle longévité ? » Elle lui répondit : « J’ai l’habitude, même si une chose qui m’est chère m’occupe, de la délaisser pour me rendre chaque matin de bonne heure à la synagogue. » Il lui dit : « Abstiens-toi d’aller à la synagogue pendant trois jours consécutifs. » Elle s’en fut et agit ainsi. Le troisième jour, elle tomba malade et mourut. Le roi Salomon dit à ce sujet : « Heureux l’homme qui m’écoute, qui est assidu à mes portes, jour après jour, et garde les piliers de mes portiques ; car celui qui me trouve a trouvé la vie, et obtient la faveur de l’Éternel. » (Pr 8, 34-35 ; Yalqout Chim‘oni, ‘Eqev 871)

 

Comment un lieu devient synagogue

 

Pour qu’une maison déterminée soit considérée comme synagogue, deux conditions doivent se trouver réunies : l’une est l’intention des propriétaires de la destiner à cette fonction ; l’autre est que l’on commence d’y prier. Par conséquent, pendant que l’on construit l’édifice, les lois de la synagogue ne s’appliquent pas encore, et il est permis de s’y divertir. C’est seulement à partir du moment où l’on a commencé d’y prier que toutes les lois synagogales s’y appliquent (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 153, 8).

 

Salle de gymnastique où l’on prie, le Chabbat

 

Tant qu’une communauté n’a pas encore fait construire sa synagogue, et qu’en attendant ses membres prient, le Chabbat, dans un local destiné à un autre usage – par exemple dans une salle de l’école municipale –, le local en question n’a pas le statut de synagogue, puisqu’il n’a pas été destiné à cet usage. Par conséquent, en dehors des heures de prière, il est permis de s’y divertir ou d’y faire de la gymnastique. De même, quand un local est affecté aux activités d’un mouvement de jeunesse, et que les jeunes gens ont l’habitude, le Chabbat, d’y organiser plusieurs offices de prière, il est permis d’y avoir, les autres jours, des activités, d’y faire des spectacles et de s’y amuser, puisque ce local n’a pas été destiné à être une synagogue (Méguila 26a ; Choul‘han ‘Aroukh 154, 1). Simplement, il faut dresser une cloison (mé‘hitsa) – il peut s’agir, par exemple, d’un rideau – entre l’arche sainte (aron haqodech) et le reste de la salle ; premièrement, afin de bien montrer que la salle n’a pas été affectée à la fonction synagogale ; deuxièmement, parce qu’il est interdit de se conduire avec frivolité face au rouleau de la Torah – et même devant l’arche sainte, où le rouleau est rangé (cf. Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 282, 1 ; Michna Beroura 150, 14 ; Cha‘ar Hatsioun 13).

 

Lecture des actualités à la synagogue

 

Question : « Est-il permis de consulter des sites Internet d’information, quand on est à la synagogue ? »

Réponse : la synagogue est destinée aux activités saintes (devarim ché-biqdoucha), prière et étude de la Torah. Quiconque utilise ce lieu pour des besoins profanes, ou y adopte une conduite profane, déconsidère sa sainteté. Par conséquent, on ne s’y conduit pas avec frivolité, en se livrant à la plaisanterie ou à la moquerie ; on n’y mange pas, on n’y boit pas, et l’on ne s’y entretient pas de sujets profanes, tels que le commerce ou les finances (Méguila 28a-b ; Choul‘han ‘Aroukh 151, 1). Il est donc défendu de lire des journaux à la synagogue, ou de consulter des sites Internet d’actualité ; cet interdit inclut les journaux et sites religieux.

Le Zohar (II 131b) enseigne que celui qui méprise la synagogue éloigne Israël de l’Éternel. En effet, la Présence divine se révèle à la synagogue ; or celui-là n’en tient pas compte, dédaigne le lieu en y tenant de vains propos, de sorte qu’il n’a point de part dans le Dieu d’Israël. Il porte atteinte à l’émouna, faisant en sorte que celle-ci, au lieu même qui lui est propre, ne se révèle pas.

 

Nettoyage de la synagogue

 

Question : « Si quelqu’un est entré à la synagogue avec de la boue à ses chaussures, et qu’il en salit le sol, a-t-il l’obligation de chercher une serpillère ou un torchon, et d’ôter la boue ? S’il ne l’a pas fait, les autres ont-ils l’obligation de le faire à sa place ?

Réponse : c’est une mitsva que d’honorer la synagogue et de veiller à sa propreté. Si l’on a de la boue à ses chaussures, on doit les nettoyer avant d’entrer à la synagogue (Choul‘han ‘Aroukh 151, 8-9). Il est donc évident que, si l’on y entre, par mégarde, avec de la boue à ses chaussures, on devra nettoyer la salissure, pour réparer l’atteinte causée à l’honneur du lieu, et pour ne pas affliger les autres fidèles.

Si celui qui a causé la salissure néglige d’ôter celle-ci, c’est une mitsva pour quiconque le peut d’honorer la synagogue en supprimant la boue. Dans une maison particulière, les habitants veillent ordinairement à ce que leur sol ne soit pas maculé de boue ; et si l’un des membres de la maisonnée s’aperçoit que le sol s’est sali, et qu’il soit en mesure de le nettoyer, on attend de lui de le faire, et non de laisser ainsi la maison ; à bien plus forte raison faut-il agir ainsi à la synagogue, que nous avons pour mitsva d’honorer. De même, il est interdit de laisser, sur les tables de la synagogue ou de la maison d’étude, des mouchoirs qui ont servi à essuyer de la saleté, ou avec lesquels on s’est mouché.

 

Cracher, à la synagogue

 

Question : « J’ai lu, dans un certain livre, qu’il est bon de cracher, à la synagogue, quand on mentionne les impies dans la prière ‘Alénou léchabéa‘h. Est-ce permis ? »

Réponse : il est interdit de cracher, à la synagogue. Certes, au temps jadis, les médecins pensaient que, lorsque le besoin de cracher se fait sentir, il faut le faire immédiatement afin d’éviter tout danger ; ce qui implique qu’il était également permis, à cette fin, de le faire à la synagogue (Choul‘han ‘Aroukh 151, 7). Mais de nos jours, les médecins estiment qu’il n’y a nul danger à cela ; et s’il est honteux de cracher chez soi, à plus forte raison est-il interdit de le faire à la synagogue (d’après Berakhot 63a). Il faut ajouter qu’autrefois, la salive n’enlaidissait pas le sol au même point qu’aujourd’hui, car, dans de nombreuses maisons, le sol était fait de terre tassée. Chez les personnes fortunées elles-mêmes, qui recouvraient de pierre leurs sols, ces derniers n’étaient pas aussi lisses que ceux de notre temps.

 

Embrasser ses enfants, à la synagogue

 

De nombreux auteurs estiment qu’il est interdit d’embrasser ses enfants, à la synagogue, et de leur manifester une affection exagérée ; cela, afin d’ancrer en notre cœur qu’il n’est point d’amour comparable à l’amour de Dieu (Séfer ‘Hassidim 255 ; Binyamin Zeev 163, au nom de l’Agouda ; Rema, Ora‘h ‘Haïm 98, 1). De plus, il faut se garder d’amener à la synagogue de jeunes enfants, qui ne savent pas rester assis respectueusement ; ils risquent en effet de porter atteinte à l’honneur dû au lieu, et de perturber la concentration des fidèles (Chné Lou‘hot Habrit ; Michna Beroura 98, 3).

 

Embrasser la main du Rav ou du père

 

Question : « De nombreux Juifs séfarades et orientaux ont coutume de baiser la main du rabbin, ou celle de leur père, à la synagogue. Est-ce permis ? »

Réponse : tout le monde s’accorde à dire qu’il est permis d’embrasser la main du rabbin, car ce n’est pas un baiser d’amour, mais de respect pour la Torah. Aussi n’y a-t-il pas là d’atteinte à l’honneur du Ciel. De même, il est permis d’embrasser la main de son père, après que celui-ci a été appelé à la Torah, car un tel baiser, lui aussi, est une marque de respect (Ben Ich ‘Haï, Vayiqra 11). Il est également permis d’embrasser la main de proches à qui l’on doit un respect particulier, tels qu’un grand frère ou un beau-père (Qitsour Choul‘han ‘Aroukh de Rabbi Raphaël Baroukh Toledano 27, 4).

 

Embrasser des amis à la synagogue

 

Question : « De nombreux originaires d’Afrique du nord ont l’usage de s’embrasser sur les joues, à la synagogue, en signe d’amitié et d’affection. Est-ce permis ? »

Réponse : le Rav Yits‘haq ‘Hazan, qui fut juge rabbinique (dayan) à Casablanca, au Maroc, et servit à Haïfa dans les mêmes fonctions après son alya, écrit qu’il n’y a pas lieu de maintenir cet usage, que l’on a vu apparaître dans certaines grandes villes marocaines, car telle n’était pas la coutume autrefois. Ce n’est que ceux à qui l’on doit un respect spécial, ou un érudit, qu’il est permis d’embrasser (cité par Ye‘havé Da‘at III, Ora‘h ‘Haïm 5). C’est aussi la position du Rav Mamane (‘Emeq Yehochoua’ III, Ora‘h ‘Haïm 18 ; VI, Ora‘h ‘Haïm 21). Cependant, le Rav Chalom Messas, qui fut le Grand-rabbin du Maroc avant d’être celui de Jérusalem, écrit que les embrassades entre amis et proches s’inscrivent dans « les usages ordinaires de salutation et les marques d’affection et d’amitié ; cela ne diminue en rien l’amour dû à l’Éternel, béni soit-Il, à Dieu ne plaise », et cela participe de l’honneur de la Torah. Par conséquent, quoiqu’il se trouvât des rabbins marocains pour préférer abandonner cette coutume, ceux qui souhaitent la perpétuer y sont autorisés, puisque d’autres maîtres l’ont agréée.

 

Traduction : Jean-David Hamou


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