LE RACHAT DES CAPTIFS

Rav Eliézer Melamed

Les sages enseignent que racheter les captifs est une grande mitsva, qui a priorité en importance sur toutes les formes de tsédaqa (dons aux pauvres). En effet, le captif souffre de faim, de soif, il manque de vêtements, et sa vie même est en danger (Baba Batra 8b). Aussi ne faut-il épargner aucun moyen pour sauver les captifs (Maïmonide ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 252, 1).

Cependant, les sages ont également décrété qu’il est interdit de payer, pour le rachat des captifs, un prix exorbitant. La Michna enseigne ainsi : « On ne rachète pas les captifs plus qu’à leur prix, ce pour le bien du monde (mipné tiqoun ha’olam) » (Guitin 45a). En effet, il ne faut pas encourager les brigands – qui verraient que nous sommes prêts à payer leur libération à tout prix – à capturer toujours plus de Juifs. C’est aussi ce qui est tranché dans le Choul‘han ‘Aroukh (Yoré Dé‘a 252, 4).

Certes, quand les ravisseurs menacent de tuer le captif, les décisionnaires sont partagés : certains estiment que, puisqu’il s’agit de sauver l’otage d’une mort proche et tangible, il est permis de verser toute somme contre sa libération, et c’est même une mitsva (cf. Pit‘hé Techouva, Yoré Dé‘a 252, 4). D’après cela, certains prétendent que, dans le cas des otages du ‘Hamas, il faut accepter n’importe quel prix, puisque ces personnes endurent de terribles souffrances et se trouvent en danger mortel, proche et tangible.

Mais cet argument est erroné. La question qui partage les décisionnaires est celle de la somme d’argent à verser à des brigands : convient-il ou non de payer une somme exorbitante ? En revanche, si l’exigence des ravisseurs vise l’ensemble de la population juive de la région, et consiste par exemple à dire que les Juifs doivent quitter leur pays, ou cesser d’y commercer ou d’y cultiver des terres, il ne s’agit plus de l’exigence de brigands, mais de celle d’ennemis, qui déclarent la guerre à la communauté juive tout entière. Comme l’enseignent en ce cas les sages, quand bien même les ennemis viendraient dans une ville frontalière pour y dérober de la paille et du chaume seulement, on devrait mettre sa vie en danger pour leur faire la guerre. En effet, si on leur concédait une petite chose, ils continueraient à guerroyer contre nous et mettraient en danger la vie de nombreux Juifs (‘Erouvin 45a, Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 329, 6).

À plus forte raison, lorsqu’il s’agit d’un ennemi dont le but déclaré est de détruire l’État d’Israël : toute concession exagérée de notre part, pour obtenir la libération de nos otages, serait une soumission, qui mettrait en danger la vie de tous les Juifs, à de nombreux égards :

1) Nombre des terroristes libérés recommenceraient à tuer des Juifs.

2) Un tel accord encouragerait, dans l’avenir, de nouvelles tentatives d’enlèvement de personnes, dans le but d’obtenir une rançon intolérable.

3) L’ennemi y verrait une victoire, qui hausserait son moral ; la guerre se prolongerait, risquant de causer de nombreuses victimes.

4) Après les concessions obtenues dans le cadre des accords précédents, l’ennemi ne se contenterait pas de la libération d’un grand nombre de terroristes en échange de chaque otage, mais exigerait des avancées politiques et sécuritaires à son avantage, telles que cessez-le-feu, évacuation, etc. En un tel cas, le risque est plus grave encore, car chaque parcelle de terrain évacuée se transforme en base logistique ou opérationnelle, où les terroristes s’organisent pour assassiner des Juifs et attaquer l’État d’Israël.

 

Position de la gauche israélienne

 

Question : une fois que l’on a présenté tous ces arguments, justifiés, comment comprendre la position de nombreuses personnalités, parmi lesquelles on trouve des spécialistes politiques et sécuritaires, qui soutiennent l’idée d’un accord dont le prix serait tout à fait exorbitant, alors même que cet accord ne porterait que sur une partie des otages ?

Réponse : ces personnes croient qu’il est impossible de vaincre l’ennemi, pour la raison qu’il est « impossible de vaincre des idées », et qu’il ne serait d’ailleurs pas justifié de le faire, car, estiment-elles, les Arabes ont des revendications nationales légitimes à l’encontre de l’État d’Israël. Selon les tenants de cette thèse, si nous étions prêts à évacuer la Judée-Samarie et l’est de Jérusalem, et si nous accordions aux Arabes israéliens un statut national autonome au sein de l’État d’Israël, nous obtiendrions la sécurité et la paix.

Pour ceux qui partagent cette croyance, quitter des zones stratégiques de la bande de Gaza, de même que libérer de très nombreux terroristes, ne constitue pas un bien grand renoncement, puisque, de toutes manières, il est impossible de vaincre l’ennemi, et que nous devrons bien concéder cela pour parvenir à la paix. Pour qui croit cela, tout refus opposé aux conditions formulées par le Hamas revient à un abandon des otages, au nom de vains objectifs.

 

La politique souhaitable

 

Mais cette position ne saurait se justifier moralement, car ce pays appartient au peuple juif, et les Arabes n’ont jamais eu de droits nationaux sur la terre d’Israël. Du reste, les Arabes ont rejeté les propositions généreuses que les représentants du peuple juif leur ont adressées depuis des décennies, de sorte qu’ils ont perdu tout bénéfice qu’ils eussent pu en tirer.

Du point de vue sécuritaire lui-même, l’expérience montre qu’il est impossible d’obtenir la paix par le biais de retraits et de concessions. Par conséquent, les valeurs morales, notre vocation nationale et le principe de réalité convergent pour exiger de nous de vaincre le Hamas. Si, ce qu’à Dieu ne plaise, nous n’y réussissions pas, notre situation empirerait, et les dangers augmenteraient.

Heureusement pour nous, cette position est celle de la majorité des Juifs. C’est aussi ce qu’ont déclaré, des mois durant, les chefs des services de sécurité : « Nous vaincrons les terroristes du Hamas, de sorte qu’il ne leur restera que deux possibilités, se rendre ou mourir. » Malheureusement, faute d’une stratégie claire, et malgré la bravoure de nos soldats, ils n’ont pas réussi à mener leur mission à son terme. Il conviendrait qu’ils démissionnassent, car de deux choses l’une : ou bien ils ont échoué dans l’exécution de leur mission, ou bien ils ont menti à la population. En tout état de cause, même s’ils ne sont pas capables de vaincre et qu’ils ne soient pas non plus prêts à démissionner, qu’ils s’abstiennent à tout le moins de recommander des accords d’abandon, qui mettraient en danger l’ensemble de la population.

 

Dangers d’un accord de soumission

 

Quoique le peuple soit très majoritairement convaincu de la nécessité de vaincre le Hamas, il n’est pas certain que tout le monde comprenne bien qu’un accord de libération des otages à un prix exorbitant signifierait précisément que nous ne remporterions pas cette guerre, et que, de ce fait, nous mettrions en danger bien plus de vies que nous n’en sauverions. Il ne s’agit pas là d’une supposition, mais de ce que nous enseigne l’expérience du passé. L’État d’Israël s’est progressivement soumis à des exigences croissantes, pour prix de la libération de ses otages. Ce fut d’abord l’accord Jibril en 5745 (1985), dans le cadre duquel 1151 terroristes furent libérés contre trois soldats de Tsahal. Les terroristes libérés devinrent les meneurs de la première intifada, qui éclata moins de trois ans après cet accord, et qui causa au moins dix fois plus de morts.

En l’an 5764 (2004), un accord fut signé avec le Hezbollah, aux termes duquel Elhanan Tenenbaum fut libéré, ainsi que les corps de trois soldats tués, contre 450 terroristes, parmi lesquels se trouvaient le cheikh Obeid et Mustapha Dirani. À la suite de cela, bien entendu, le Hezbollah tenta d’enlever d’autres soldats. Deux ans plus tard, il y réussit, ce qui causa la seconde guerre du Liban, où 121 de nos soldats et quarante-quatre de nos civils furent tués.

Le processus de déliquescence se poursuivit, parvenant à son sommet avec l’accord de libération du soldat Guilad Shalit. En 5772 (octobre 2011), Guilad Shalit fut libéré contre 1027 terroristes. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou et vingt-six autres ministres soutinrent cet accord ; trois ministres s’y opposèrent : Avigdor Liberman, Moché Yaalon et Ouzi Landau.

Ces terroristes menèrent plusieurs opérations meurtrières contre Israël ; parallèlement, ils mirent sur pied un projet monstrueux, sans équivalent dans l’histoire du terrorisme, qui conduisit à la guerre actuellement en cours et à la mort de plus de 1500 civils et soldats israéliens.

 

Peut-on justifier des manifestations violentes en faveur des otages ?

 

Question : certains soutiennent que tout est permis aux familles des otages, même d’exiger publiquement de se soumettre aux exigences du Hamas, et même de conspuer le gouvernement et tous ceux qui ne sont pas d’accord avec elles. Y a-t-il du vrai dans cette assertion ?

Réponse : il est compréhensible que ceux qui partagent les opinions de la gauche exigent la libération des otages en échange de celle de nombreux terroristes et de l’évacuation de territoires dans la bande de Gaza. Mais nulle justification morale ne leur permet de vilipender autrui, ni de tenter de tourmenter ceux qui estiment que des accords de ce genre mettent des vies en danger. À plus forte raison, quand on est en temps de guerre, et que de telles paroles elles-mêmes sont susceptibles de mettre des vies en danger, puisqu’elles sont source de division et portent atteinte à l’esprit de bravoure de nos soldats, de leurs familles et de la population dans son ensemble. De façon non moins grave, ces propos encouragent l’ennemi à faire monter la rançon des captifs qu’il serait prêt à libérer, à s’entêter à en retenir d’autres, et à prendre l’initiative, dans l’avenir, d’une autre guerre.

Les familles des otages, elles aussi, doivent respecter l’opinion de la majorité, qui n’est pas prête à conclure des accords de soumission. Nous pouvons comprendre ces familles, et songer à l’épouvante qu’elles éprouvent, lorsqu’elles imaginent ce que vivent en captivité ceux  qu’elles chérissent, lorsque leur esprit est rongé par l’angoisse et que, sous l’effet de la douleur, elles prononcent de dures paroles. Mais quand des personnalités politiques ou des médias politiquement orientés exploitent leur douleur afin d’injurier la population et ses représentants – population dont les fils sont nombreux à risquer leur vie pour la défense du peuple et du pays –, il s’agit cette fois d’une grave faute, à laquelle on ne trouve pas d’excuse. Il convient à ce propos de signaler l’exemple admirable de certaines familles d’otages qui parviennent, malgré leur terrible souffrance, à considérer aussi la situation générale du pays, et à exprimer leur fraternité envers les familles endeuillées et celles dont les fils risquent leur vie en faveur d’Israël, au front.

 

La situation est tragique

 

La situation du pays est tragique, la controverse entre la droite et la gauche est profonde, elle touche à des questions vitales et morales. S’ajoute à cela un manque de confiance dans le gouvernement issu de l’élection, de la part de la majorité des partisans de la gauche, ainsi que d’une partie des gens de droite. De même, on constate un manque de confiance dans la direction des services de sécurité, de la part d’une majorité de partisans de droite, et d’une partie des gens de gauche. Dans une telle situation, il faut veiller autant que faire se peut au renforcement de l’identité juive et de nos valeurs communes, ce qui comprend le respect, la sensibilité et la compréhension envers nos antagonistes politiques.

 

Traduction : Jean-David Hamou

 

 


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