Rav Eliézer Melamed
L’interdit de faire, pendant le premier jour de fête, des préparatifs en vue du second
Puisque le premier jour de Yom tov est une fête de rang toranique, tandis que le second jour est d’institution rabbinique, il ne faut pas cuire de plats, ni en réchauffer, ni mettre la table le premier jour en vue du second (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 503, 1). À ce titre, il est interdit de laver la vaisselle qui s’est salie le premier jour, pour s’en servir le second jour.
Il faut donc attendre la tombée de la nuit, moment à partir duquel le premier jour est expiré. Dès ce moment, il devient permis de préparer tout le nécessaire du second jour, ce qui comprend le fait de cuire des mets, d’apprêter des salades, de laver la vaisselle et de dresser la table à l’approche du repas du second soir. Cette année, dans notre village de Har Brakha, la tombée de la nuit est à 18h50.
Le premier jour, on ne sort pas d’aliments du congélateur en vue du repas du second jour. Toutefois, en cas de nécessité pressante, lorsque le fait d’attendre le terme du premier jour est propre à causer de la contrariété et un retard significatif du repas, il est permis de sortir les aliments du congélateur (cf. Pniné Halakha – Mo’adim, Fêtes et Solennités juives II 2, 2 ; 12).
Allumage des veilleuses du second soir et du Chabbat
Il convient d’allumer les veilleuses du second soir de Yom tov après la tombée de la nuit, afin de ne pas se livrer, au cours du premier jour, à des préparatifs en vue du second. Cependant, celui ou celle qui allumerait ses veilleuses avant même le coucher du soleil aurait sur qui s’appuyer, puisque, dès ce moment, les veilleuses contribuent quelque peu à l’honneur du jour et concourent à la jouissance des personnes présentes.
Puisqu’il est interdit d’allumer une nouvelle flamme, pendant Yom tov, il faut préparer avant la fête une bougie de longue durée, capable de brûler plus de quarante-huit heures, grâce à quoi l’on pourra procéder à l’allumage du second soir, ainsi qu’à celui de l’approche du Chabbat. Si l’on n’a pas préparé de telle bougie, on ira chercher du feu chez des voisins qui possèdent une flamme allumée (Pniné Halakha – Mo’adim, Fêtes et Solennités juives II 2, 2 ; 12 ; 9, 5).
Le ‘érouv tavchilin
Cette année, le Chabbat suit immédiatement Roch hachana. Aussi devons-nous préparer, avant l’entrée de la fête, un ‘érouv tavchilin, par lequel il sera permis, pendant Yom tov, de cuisiner, de cuire des pains et des gâteaux, et de préparer tout ce dont nous avons besoin pendant Chabbat.
L’érouv tavchilin est un mets (tavchil, aliment cuit), que l’on prépare la veille de Yom tov, et que l’on destine au Chabbat qui suit le Yom tov. On l’appelle érouv (jonction, mélange), parce que, par son biais, les mets de Yom tov et ceux de Chabbat sont considérés comme joints, mêlés les uns aux autres. Alors, de même qu’il est permis de cuisiner le Yom tov pour le Yom tov même, ainsi sera-t-il permis de cuisiner le Yom tov pour le Chabbat. Tant que cet érouv existe, il est permis, pendant le Yom tov, de faire à l’intention du Chabbat tout ce qu’il est permis de faire à l’intention du Yom tov lui-même.
L’érouv tavchilin répond à deux motifs :
1) L’honneur du Yom tov. En effet, s’il était permis de cuisiner sans limite, le Yom tov en vue du Chabbat, les gens risqueraient de déconsidérer le Yom tov ; de ce fait, ils pourraient se tromper, l’année suivante, et se livrer, pendant le Yom tov, aux préparatifs d’un simple jour de semaine, transgressant par-là l’interdit toranique de préparer, pendant une fête, ce que requiert un jour ordinaire.
2) L’honneur du Chabbat. Faute de préparer un érouv tavchilin, il serait à craindre que les gens, occupés qu’ils seraient à préparer les repas de Yom tov, n’oubliassent que le lendemain est Chabbat, et ne terminassent tous les plats succulents pendant Yom tov. Grâce à l’érouv tavchilin, que l’on doit préparer à la veille de la fête, on se souviendra, au cours du Yom tov, qu’il faut garder de bons plats pour le Chabbat.
C’est une mitsva pour toute famille juive que de préparer un érouv tavchilin
Même si l’on n’a pas l’intention de cuisiner pendant Yom tov en vue du Chabbat, c’est une mitsva que de réserver un érouv tavchilin. En effet, par celui-ci, on honore la fête et l’on se souvient du Chabbat. De plus, grâce à l’érouv, il est permis d’allumer, pendant la fête, les veilleuses sabbatiques, de nettoyer la vaisselle ainsi que de dresser la table à l’approche du Chabbat.
Comment on prépare l’érouv tavchilin
La veille de la fête, on prend un plat cuit et un pain, et l’on récite la bénédiction : Baroukh Ata, Ado-naï, Élo-hénou, Mélekh ha’olam, acher qidechanou bémitsvotav, vétsivanou ‘al mitsvat ‘érouv (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous a prescrit la mitsva de l’érouv »). On déclarera ensuite : « Par cet érouv, qu’il nous soit permis de cuire au four, de cuisiner, d’allumer des veilleuses et de faire tout ce dont nous avons besoin, du Yom tov pour le Chabbat »).
A priori, il est bon de choisir comme érouv un beau et délectable mets ; quand c’est possible, il est souhaitable que l’érouv soit une pleine casserole ou marmite, cuisinée la veille de Yom tov en l’honneur de Chabbat (Pniné Halakha – Mo’adim, Fêtes et solennités juives 8, 2).
Que fait-on du plat réservé au titre de l’érouv ?
Nombreux sont ceux qui ont coutume de manger le mets de l’érouv lors d’un des repas de Chabbat ; puisque ce mets a servi à accomplir une mitsva, il convient de continuer d’accomplir par lui la mitsva du ‘oneg Chabbat (la délectation sabbatique). On a ainsi coutume de disposer le pain de l’érouv au sein du couple de pains servis à la sé’ouda chelichit (troisième repas de Chabbat) et de le rompre alors (Michna Beroura 527, 11 ; 48).
Que faire si l’on a commencé à manger du mets de l’érouv pendant Yom tov ? Tant qu’il en reste un kazaït (volume de la moitié d’un œuf), il reste permis de cuisiner, de cuire au four et de préparer tout ce qui est nécessaire au Chabbat. Mais s’il ne reste pas même un kazaït, on ne saurait poursuivre, pendant Yom tov, ses préparatifs à l’intention de Chabbat. Même si le pain réservé pour l’érouv est toujours présent, il n’est pas efficace à lui seul, car la partie essentielle de l’érouv est le mets (Pniné Halakha, vol. cit. 8, 3).
Traduction : Jean-David Hamou



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