LE COURAGE DE NOS SOLDATS

Rav Eliézer Melamed

Au cours de l’année écoulée, nous avons été subjugués par le dévouement des combattants qui exposaient leur vie pour la défense du peuple et du pays. Le haut commandement avait échoué, mais le courage de simples citoyens, issus d’unités combattantes, qui quittèrent leurs foyers et se mirent en danger pour sauver les habitants des localités frontalières de la bande de Gaza, fit pencher la balance en notre faveur – de même que la bravoure des soldats réservistes, qui furent très nombreux à s’engager pour de longs mois de service. Depuis lors, grâce à un effort continu, l’État d’Israël se renforce et vainc ses ennemis.

Dans son désir de paix, l’État d’Israël s’etait laissé duper par de vaines promesses de tranquillité relative avec ses ennemis – ce qui, fallacieusement, fut appelé « paix ». Nos dirigeants signèrent ainsi les accords d’Oslo avec des ennemis pervers et menteurs, se soumirent aux pressions de mouvements protestataires, tels qu’Arba Imaot, et aux pressions médiatiques, quittèrent la zone de sécurité au Liban sud, démantelèrent les villages juifs du Gouch Katif et du nord de la Samarie, et ne réagirent pas aux provocations croissantes provenant de la bande de Gaza et du Liban. Le désir de paix a également faussé la doctrine sécuritaire de l’État, créant une « conception » (conceptsia) aberrante, qui a mené à la catastrophe.

L’héroïsme de nos soldats et la ténacité de notre gouvernement permettent à présent à l’État d’Israël d’amorcer le rétablissement de sa dissuasion, d’œuvrer au renforcement de sa position politique dans la région, et à long terme d’atteindre la sécurité.

Dieu veuille que toutes les familles de soldats tués ou blessés connaissent la consolation de Jérusalem et d’Israël. Que par la force des saintes personnes qui moururent pour la sanctification du nom divin, germent des forces vitales nouvelles. Que leurs familles s’agrandissent, pour la gloire de la Torah, du peuple et du pays. Et Dieu veuille que tous nos otages retournent à la maison, ainsi que tous nos déplacés.

 

Deux mitsvot qui équivalent à l’ensemble des commandements

 

Dans le cadre de leur service militaire, et en particulier au sein des unités combattantes, les soldats accomplissent deux mitsvot qui, enseignent nos sages, équivalent l’une comme l’autre à l’ensemble des mitsvot de la Torah.

L’une consiste à prendre part à une guerre obligatoire, visant à sauver le peuple juif de la main de ses ennemis. Comme on le sait, le seul fait de sauver la vie d’une personne est considéré comme équivalent à l’ensemble des mitsvot ; en effet, la sauvegarde de la vie d’autrui a priorité sur elles toutes. Lorsque l’on prend part au sauvetage de l’ensemble du peuple juif, on accomplit, à plus forte raison, une mitsva qui équivaut à l’ensemble des commandements toraniques. La seconde mitsva ayant cette caractéristique est le peuplement du pays : là encore, nos sages enseignent que cette mitsva est d’un poids semblable à toutes les autres mitsvot prises ensemble (Tossephta ‘Avoda Zara 4, 3 ; Sifré, Réeh 53).

De plus, ces deux mitsvot sont les seules dont l’observance commande de se mettre en danger. En effet, il ne faut pas se mettre en danger pour accomplir la mitsva du Chabbat, ni pour respecter le jeûne de Yom Kipour. Mais dans une guerre obligatoire, menée pour secourir la collectivité d’Israël et le peuplement juif du pays, il est ordonné au soldat de se mettre, au besoin, en danger (Min‘hat ‘Hinoukh 425 et 604 ; Michpat Cohen 143). S’agissant même des trois interdits capitaux (idolâtrie, meurtre, unions charnelles défendues), au sujet desquels les sages enseignent que l’on doit mourir plutôt que de les commettre, on doit a priori s’enfuir afin d’échapper au cas dans lequel des persécuteurs nous forceraient à de telles transgressions. Dans une guerre destinée au sauvetage du peuple et du pays, par contre, s’exposer au danger pour porter secours est une mitsva.

 

Réussite éducative de la communauté nationale-religieuse

 

Au sein de cette glorieuse histoire d’héroïsme et de volontariat, se distinguent particulièrement les membres de la communauté nationale-religieuse, qui sont en tête en termes de pourcentage d’enrôlement dans les unités combattantes régulières, et plus encore parmi les réservistes.

Ce formidable esprit d’engagement résulte d’une bonne éducation, relativement aux deux grandes mitsvot que nous mentionnions ci-dessus : le peuplement de la terre d’Israël et le sauvetage du peuple juif d’entre les mains ennemies. La valeur de ces mitsvot est encore renforcée par le principe, enseigné dès l’enfance, d’après lequel la construction du monde précède l’étude de la Torah. De même, ces notions sont renforcées par l’enseignement de la mitsva « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18 ), principe qui inclut la responsabilité de tout Juif à l’égard de son peuple.

Cette éducation repose sur la profonde étude de Torah qui s’accomplit au sein des yéchivot nationales-religieuses. Parallèlement à la croissance de ces yéchivot, le pourcentage de jeunes gens qui effectuent un service significatif dans les unités combattantes a augmenté. Cette éducation profonde est dispensée dans toutes les écoles secondaires et supérieures pour filles, les préparations militaires, les lycées-yéchivot, les collèges, les écoles primaires, et dès la maternelle. Toutes ces institutions, sans exception, participent de cette éducation magnifique.

Celle-ci se trouve constamment renforcée par l’étude de la paracha de la semaine, puisque la Torah insiste beaucoup sur la valeur du peuple et de la terre. Elle est assimilée par le biais des propos de Torah qui sont prononcés à la table de Chabbat, ou par l’effet des cours d’histoire, des fêtes de Yom Ha‘atsmaout et de Yom Yerouchalaïm, des jours de jeûne nationaux. Cette éducation se voit renforcée par les honneurs que l’on fait aux jeunes gens qui s’enrôlent dans les unités combattantes, particulièrement à ceux qui acceptent des fonctions d’officier ou s’engagent dans les unités de forces spéciales ; de même que par les profonds encouragements que reçoivent les parents de soldats appartenant aux unités combattantes, et les femmes courageuses qui continuent à conduire leur foyer quand les maris sont au front, de longs mois durant.

Dispenser une semblable éducation à l’égard des autres mitsvot aussi

 

Sur cette base, fleurit un grand espoir : si nous réussissions à instruire la jeunesse aux autres mitsvot également, telles que l’étude de la Torah, le Chabbat, le mariage, toutes les mitsvot obligeant l’homme envers son prochain, la mitsva d’édifier le pays au plein sens du terme, ce qui inclut la construction de la société par le développement de la science et de l’économie, nous mériterions d’amener la Délivrance sur le peuple, le pays et le monde !

On pourrait nous opposer cette objection : comment se fait-il que vous ne réussissiez pas à instruire de cette manière votre jeunesse aux autres mitsvot ? Peut-être investissez-vous trop d’effort éducatif quant au dévouement en faveur du peuple et de la terre d’Israël, au détriment d’autres mitsvot ? Mais cette objection n’est pas recevable, pour deux raisons : la première est que la mitsva de protéger le peuple et le pays équivaut à l’ensemble de la Torah, et la vie de tout Israël en dépend. Du reste, même en cela, il nous faut progresser. Nous ne devons donc, en aucune manière, diminuer nos efforts en ce domaine.

 

Torah d’Erets Israël

 

La deuxième raison est que la communauté nationale-religieuse est liée à la Torah d’Erets Israël, laquelle, intrinsèquement, met l’accent sur la bénédiction que les mitsvot apportent à notre vie en terre d’Israël. Par conséquent, de manière naturelle, toute mitsva dont le pouvoir de bénédiction est mieux compris se voit elle-même mieux intégrée à l’existence. Or quiconque examine de façon juste les faits, l’exil, les malédictions que le peuple juif a endurées, jusqu’à la terrible Choah, comprend que la fondation de l’État d’Israël et de son armée a sauvé le peuple, tant dans son existence nationale que spirituellement, et comprend dès lors la prodigieuse valeur de cette mitsva. Pour qui considère les choses ainsi, toute la sainteté de la Torah s’exprime par la mitsva de peupler et de bâtir le pays, et par celle de servir au sein de l’armée.

La grande mission qui nous incombe est de continuer à expliquer quelle bénédiction découle de chaque mitsva. Mieux nous réussirons à mettre cela en évidence, mieux nous instruirons la jeunesse à l’observance méticuleuse de toutes les mitsvot.

 

Ce qui distingue Erets Israël des pays de diaspora

 

Les mitsvot ont été données au peuple juif pour qu’elles fussent observées en terre d’Israël, comme il est dit : « Voici les lois et les statuts que vous aurez soin d’observer dans le pays que t’a donné l’Éternel, Dieu de tes pères, pour en prendre possession » (Dt 12, 1). De prime abord, il semble ressortir de ce verset que, en dehors de la terre d’Israël, il ne serait pas nécessaire d’observer les mitsvot ; mais de l’examen des écritures, les sages apprennent qu’en pratique, même si nous devions fauter et que notre punition fût l’exil, nous aurions l’obligation de continuer à observer les mitsvot en terre étrangère (cf. Talmud de Jérusalem, Chevi‘it 6, 1 ; Qidouchin 1, 8 ; Talmud de Babylone, Qidouchin 37a ; Sifré, ‘Eqev 43-44).

Cependant, les sages expliquent que l’obligation d’observer les mitsvot en diaspora n’annule en rien la proposition fondamentale, d’après laquelle les mitsvot furent données pour que nous les accomplissions sur la terre d’Israël. En effet, s’il nous faut les accomplir en diaspora, c’est pour nous en souvenir lors de notre retour en terre d’Israël. Les sages disent ainsi : « Quoique Je vous exile de ce pays vers l’étranger, restez distincts des autres peuples par l’observance des mitsvot, de façon que, lors de votre retour, elles ne vous soient pas chose nouvelle. Parabole d’un roi qui se fâcha contre sa femme. Comme celle-ci s’en retournait chez son père, [le Roi] lui dit : “Pare-toi de tes bijoux. Quand tu reviendras, ils ne te paraîtront point étrangers.” Ainsi le Saint béni soit-Il dit à Israël : “Mes fils, soyez distincts par la pratique des mitsvot, de façon que, lors de votre retour, elles ne vous soient pas chose nouvelle.” C’est à ce propos que Jérémie a dit : “Dresse-toi des signaux” (Jr 31, 21) – ce sont les mitsvot, par lesquels les Israélites se spécifient » (Sifré, ‘Eqev 43 ; cf. encore Rachi sur Dt 11, 18 et Na‘hmanide sur Lv 18, 25).

 

Torah de diaspora

 

L’enseignement toranique en diaspora n’a pas pour objet de révéler la Torah au sein d’un pays mais dans l’âme et dans les cieux. Aussi la bénédiction que fait naître l’observance des mitsvot en diaspora consiste-t-elle dans l’attachement à Dieu de la partie spirituelle présente en l’homme. La rétribution en est assurée dans le monde futur et, dans les profondeurs de l’âme, en ce monde terrestre, plongé dans l’obscurité. Mais il ne résulte pas de l’observance des mitsvot une bénédiction de la vie terrestre elle-même : celle-ci demeure difficile et amère. Dans un tel cadre, la réalité n’est pas si importante ; il faut s’en arranger, mais on ne s’efforce pas fondamentalement de la développer ni de la perfectionner. Aussi le travail n’a-t-il pas, en diaspora, de valeur intrinsèque, non plus que la construction du monde, car le monde matériel dans lequel nous sommes immergés est corrompu, sans remède pour nous. Ce n’est que lorsque nous aurons le mérite de retourner en Erets Israël que nous pourrons attirer la bénédiction sur le pays et sur le monde.

 

Bénédiction de la Torah d’Erets Israël

 

Face à cela, par l’accomplissement des mitsvot en terre d’Israël, on peut unir le ciel et la terre, et se relier aux deux tout ensemble, grâce à quoi la bénédiction divine se déverse sur le pays, comme il est dit : « L’Éternel nous prescrivit toutes ces lois, de craindre l’Éternel notre Dieu, pour notre bien, jour après jour » (Dt 6, 24), et comme il apparaît longuement dans les paragraphes relatifs aux bénédictions et aux malédictions (lections Be‘houqotaï et Ki tavo).

En Erets Israël même, les questions célestes sont dotées d’une grande valeur. Mais à la différence de la diaspora, où une cloison est dressée entre le ciel et la terre – de sorte que le ciel représente un monde spirituel, éloigné et éternel –, Dieu se révèle en Erets Israël, grâce à quoi le ciel et la terre se rapprochent : le ciel féconde la terre, et la terre grandit les cieux (cf. Os 2, 23-25).

 

Le défi

 

Plus on approfondit la connaissance de toutes les mitsvot, de manière à comprendre comment, par leur observance, on attire la bénédiction divine sur les cieux et la terre à la fois, plus exactement on peut les appliquer. C’est ainsi que nous jouirons de la plénitude de bénédiction provenant d’elles. Quand nous parlons de connaissance des mitsvot, nous ne visons pas des explications rendant plus facile leur observance. Le fait est que l’éducation valorisant la mitsva de protéger le peuple et le pays est couronnée de succès, bien que cette mitsva requière le don de soi et donne lieu à de dures épreuves. Nous ne visons pas non plus l’explication des mitsvot dans tous leurs détails : ce sont là les commandements de l’Éternel, et nous ne pourrons jamais en épuiser le sens. Mais quand on comprend la valeur et l’importance de chaque mitsva, on désire en observer jusqu’aux détails que l’on ne comprend point ; de même que, lorsqu’on comprend la valeur du service militaire, on réussit à accomplir ses différents exercices, quand bien même on ne comprend pas tous les ordres inflexibles qui nous sont adressés, et l’on réussit à servir, quand même on éprouve des doutes sur la qualité de la direction politique ou sécuritaire.

Pour l’heure, en de nombreux domaines, nous nous trouvons dans l’entre-deux : entre la Torah de diaspora et celle d’Erets Israël. Nous sommes encore nourris de la Torah de diaspora. Cela est fort important et utile, mais ne satisfait généralement pas ceux dont le monde ressortit déjà à la Torah d’Erets Israël, et qui aspirent à de plus complètes lumières toraniques. Mieux nous réussirons à comprendre la Torah d’Erets Israël, plus nous rapprocherons le temps de la Délivrance.

 

Traduction : Jean-David Hamou

 


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