CONSTRUIRE DE NOUVEAU EN JUDÉE-SAMARIE

Les trois fêtes de pèlerinage sont liées aux saisons agricoles dans lesquelles elles ont lieu (cf. Ex 23, 14-15). La fête de Pessa‘h a lieu au printemps, quand tout commence à germer ; Chavou‘ot coïncide avec la fin de la moisson céréalière ; et Soukot ponctue la récolte des fruits de l’année. Ce processus naturel, qui prend place en ce monde-ci, reflète un processus spirituel qui se produit dans les sphères supérieures, dans les strates suprêmes de la vie. La fête de Pessa‘h est un temps de commencement et de renouvellement ; c’est donc à ce moment que nous sortîmes d’Égypte et devînmes un peuple. Chavou‘ot est un temps où le processus de germination parvient à maturité ; c’est pourquoi la Torah nous fut donnée à cette époque. Soukot est le temps où s’achève la récolte des grains et des fruits, que l’on rassemble dans les granges. Ainsi, sur le plan de l’esprit lui-même, cette période est celle où les fruits spirituels qui ont échu aux enfants d’Israël pendant leur servitude en Égypte, puis leurs pérégrinations dans le désert, sont engrangés dans leur maison, c’est-à-dire en Erets Israël, foyer du peuple hébreu.

Abravanel écrit ainsi, dans son commentaire de Dt 16, 13, que la principale joie caractérisant la fête de Soukot est celle de l’entrée en possession du pays, tandis que Pessa’h célèbre l’élection d’Israël – laquelle se révéla lors de la sortie d’Égypte –, et Chavou‘ot le don de la Torah.

Il convient donc d’éveiller notre conscience à la mitsva de yichouv haarets (peuplement et édification de la terre d’Israël), notamment à l’occasion de la fête de Soukot.

 

Accomplir avec zèle la mitsva de peupler le pays

 

Nombreux sont ceux qui se désolent des retards que connaît l’application de la souveraineté israélienne en Judée-Samarie, ces dernières années. Mais il ne faut pas moins s’affliger de la suspension de la construction dans cette région, durant la même période. Or la chose dépend de nous, résidents de la région. Que la souveraineté y soit proclamée ou qu’elle soit retardée, l’avenir de la Judée-Samarie dépendra du nombre de Juifs qui y vivront ; en particulier dans les villages de Samarie orientale (Gav Hahar).

Depuis un an et demi, les portes se sont ouvertes à l’extension de l’implantation juive en Judée-Samarie. Des combats qui duraient depuis de nombreuses années, quant à la politique des permis de construire, se sont conclus positivement sous la direction du ministre Betsalel Smotrich. À présent, on peut élaborer des projets et construire, dans cette région, sans limite. Il eût été possible de doubler, voire de tripler le rythme de construction ; mais en raison de décisions erronées, émanant de villages et de conseils régionaux, consistant à ne pas employer d’ouvriers arabes, le rythme de construction, au lieu d’augmenter, a ralenti de beaucoup. Les deux dernières années furent les plus difficiles, pour la construction comme pour l’intégration de nouveaux habitants en Judée-Samarie.

Il est vrai qu’en employant des ouvriers hostiles, on leur fait marquer un point ; mais dans le même temps, nous marquons neuf points. De sorte que, lorsque nous poursuivons la construction, le résultat est de 9 à 1 en notre faveur ; et quand nous nous abstenons, le résultat est de 9 à 1 en leur faveur.

 

Mitsva de yichouv haarets : le prix du retard

 

Depuis toujours, la mitsva de peupler le pays a requis zèle et empressement. Lorsque les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte, le moment convenait exactement à la prise de possession du pays. S’ils avaient immédiatement accepté d’y entrer sous la direction de Moïse, nous aurions mérité une fondation éternelle, et les nations n’auraient pu mettre la main sur le Temple. Mais par la faute des explorateurs, nous avons pris du retard et l’occasion fut perdue. Quand les ma‘apilim (ceux qui, malgré tout, tentèrent l’ascension de la montagne) voulurent gagner le pays, c’était déjà trop tard (cf. Nb 14, 40-45).

Les sages enseignent qu’après l’incident des eaux de Mériba, si Moïse avait tout de suite imploré le pardon divin et la permission d’entrer dans le pays, sa prière eût été exaucée. Mais il tarda à formuler cette prière ; et quand, après quarante années de séjour au désert, il supplia l’Éternel en ce sens, il était déjà trop tard et il ne fut pas exaucé (cf. Dt Rabba 2, 3).

Quand, avant la reconstruction du Temple, Cyrus appela les Juifs à rentrer en Erets Israël, la majorité d’entre eux auraient pu répondre à son appel : ils auraient mérité que la Présence divine résidât dans le second Temple au même degré que dans le premier ; ils auraient également joui du retour de la prophétie, et la pleine Délivrance eût été possible. Mais parce qu’ils ne rentrèrent au pays que peu à peu, l’occasion fut perdue, et tous ces bienfaits ne leur échurent point. Puis le second Temple fut détruit, et nous partîmes pour un long exil (cf. Yoma 9b).

 

Le prix du retard dans la période moderne

 

Il y a environ cent vingt ans, quand fut fondé le mouvement sioniste, le peuple juif comptait environ onze millions d’âmes. Dans l’ensemble du territoire de l’Israël biblique, Liban, Syrie et Iraq compris, les Arabes représentaient un peu moins de cinq millions de personnes ; et sur les deux rives du Jourdain, il en vivait un peu plus de cinq cent mille. Le peuple juif avait alors l’occasion de revenir au pays, d’y croître et multiplier. Mais pour différentes raisons, nous tardâmes. Ce fut une forme de moderne « faute des explorateurs » ; et conformément à la mise en garde de la Torah, le prix en fut terrifiant. Nous traversâmes la Choa, le régime répressif communiste et l’assimilation. De sorte qu’aujourd’hui, il se trouve dans le monde environ quinze millions de Juifs déclarés, dont sept millions en Israël. Face à cela, les Arabes d’Erets Israël ont profité des fruits de la révolution industrielle, de l’expansion de la production alimentaire et des progrès de la médecine : de cinq millions qu’ils étaient, ils sont aujourd’hui plus de quatre-vingts millions.

 

Après la libération de la Judée-Samarie

 

Après la guerre des Six jours, il aurait été facilement possible de peupler la Judée-Samarie par des masses juives et d’y faire régner la souveraineté israélienne. Pendant vingt ans, il n’y eut pas de pression internationale significative contre cela. Si nous l’avions fait, nous aurions créé un fait accompli : il se trouverait aujourd’hui plus de deux millions de Juifs dans cette région. Notre situation nationale et sécuritaire serait incomparablement meilleure.

Mais alors que la chose était possible, nous avons considérablement tardé ; les Arabes et les autres ennemis d’Israël, eux, se sont organisés. Des pressions considérables ont été exercées sur l’État d’Israël afin d’obtenir son retrait ; la construction et le peuplement n’avancèrent que lentement, tandis que la population dut affronter le terrorisme, de rudes pressions et obstacles, intérieurs et extérieurs.

 

Le grand défi d’aujourd’hui

 

Aujourd’hui, il est possible de construire, presque sans limite. Notre peu d’empressement donne au peuple juif et au monde entier l’impression que le peuplement de la Judée-Samarie n’est pas très important à nos yeux. Les pressions risquent, à Dieu ne plaise, de s’accroître fortement.

Ne disons pas : « Nous avons déjà fait beaucoup pour le peuplement et la mise en valeur de la région, et ce mérite se maintiendra en notre faveur. » Dès lors que nous avons commencé d’accomplir cette mitsva, il est de notre responsabilité d’achever l’ouvrage. Les sages ont enseigné : « Quiconque commence l’accomplissement d’une mitsva mais ne la termine pas enterre sa femme et ses fils. D’où apprends-tu cela ? de Juda. » (Gn Rabba 85, 3) Juda avait amorcé le sauvetage de Joseph ; ses frères l’avaient écouté, et étaient d’accord pour ne pas tuer leur frère. Mais au lieu de le sauver pleinement et de le ramener à son père, Juda leur concéda la vente de Joseph. Le châtiment fut lourd : de même qu’il s’arrêta en cours de route et n’acheva point la mitsva qu’il avait commencée, ainsi sa famille fut arrêtée au milieu du gué. Ce n’est qu’après sa téchouva, et la reconnaissance de son erreur devant Tamar, qu’il put fonder une nouvelle famille.

Nous devons reprendre la construction et l’intégration d’un grand nombre de familles en Judée-Samarie, ce par quoi nous protégerons le peuple et la terre d’Israël, et accomplirons la grande mitsva de peupler le cœur battant du pays.

 

Mitsva de réjouir les enseignants de Torah pendant les fêtes

 

Au titre de la mitsva de se réjouir pendant les fêtes, nous devons également réjouir le Lévite, comme il est dit : « Tu te réjouiras en ta fête, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le Lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui sont en tes portes. » (Dt 16, 14) Le rôle des Lévites était d’enseigner et d’instruire les Israélites, petits et grands. Le Rav Chelomo Cohen de Vilna explique que, même après la destruction du Temple, la mitsva demeure de réjouir les rabbins enseignants et les professeurs de Torah (Binyan Chelomo I, 33). (Il y a lieu d’ajouter, quoique l’auteur ne le dise pas en son responsum, qu’à son époque la situation économique des rabbins en Europe de l’est était très précaire.)

De nos jours, cette mitsva s’étend à tous les maîtres et professeurs dévoués à l’instruction des enfants d’Israël, qui leur enseignent la Torah, les mitsvot et les bons traits de caractère. Eux aussi, comme les Lévites, s’occupent en effet d’enseigner. Et comme les Lévites, on considère qu’ils ne sauraient s’enrichir ; en revanche, ils se livrent à une œuvre sacrée, l’instruction des enfants d’Israël.

 

Le second jour de fête en diaspora, dans certaines situations complexes

 

Question : « Je suis né et ai grandi en Israël, et mes parents y habitent toujours, tandis que ma femme a vécu aux États-Unis de l’âge de trois ans jusqu’aujourd’hui. Nous nous sommes mariés il y a quatre ans et demi, et nous nous sommes installés aux États-Unis, avec l’intention de rejoindre Israël au bout d’un an. Certaines choses nous retiennent cependant, et nous nous trouvons toujours aux États-Unis ; mais nous gardons l’intention de nous installer prochainement en Israël, avec l’aide d’Hachem, quoique nous n’ayons pas encore de date précise.

Au début, dans la mesure où j’avais l’intention de revenir en Israël à une date déterminée, je n’ai pas observé le second jour de fête de diaspora selon toutes ses règles : je m’abstenais simplement d’accomplir des travaux publiquement. Après deux ou trois ans, comme nous n’avions plus de date certaine pour revenir en Israël, j’ai pris sur moi d’observer pleinement le second jour de fête. Au cours de ces années, ma femme observait les règles du second jour.

Jusqu’ici, lorsque nous nous rendions en Israël pour les fêtes, je n’observais pourtant pas le second jour ; en revanche, ma femme en gardait l’observance. Je pensais que ma femme, dans ses visites en Israël, ne devait observer que le premier jour, puisque son statut est déterminé par celui de son mari. Mais elle ne se sent pas à l’aise avec l’idée de n’observer qu’un jour : psychologiquement, il lui est difficile de ne pas garder le second jour auquel elle est habituée. De plus, après les fêtes, nous nous apprêtons à repartir en Amérique. En outre, elle souhaiterait que j’observasse moi aussi le second jour de fête, lors de nos séjours en Israël. Quoi qu’il en soit, nous nous sommes mis d’accord pour vous interroger (mon épouse, elle aussi, apprécie d’étudier les ouvrages du Rav dans leur traduction anglaise). »

Réponse : d’après les éléments que vous indiquez, lorsque vous vous trouvez en diaspora, vous devez, comme votre épouse, observer deux jours de Yom tov, puisque vous habitez à l’étranger pour l’instant. Lorsque vous venez en Israël, en revanche, vous devez tous deux observer un seul jour, mari et femme. Vous avez en effet un lien profond, à trois titres, avec Erets Israël : a) vous avez habité en Israël par le passé, et envisagez de revenir vous y établir dans l’avenir ; la règle est, en pareil cas, de célébrer un seul jour de Yom tov lorsqu’on se trouve en Israël. b) C’est aussi la règle qui s’applique si l’on a un père ou un enfant qui habite en Israël, et que l’on envisage de l’y rejoindre dans l’avenir. c) Telle est encore la règle pour qui a un projet d’alya proche. (Comme nous l’expliquons en Pniné Halakha – Mo‘adim, Fêtes et Solennités juives II, chap. 9 § 8, quiconque a un lien profond avec le pays, même s’il habite présentement en diaspora, doit observer un seul jour de Yom tov lorsqu’il se trouve en Israël.)

 

Suite : voyager en avion un second jour de fête

 

Un an plus tard, l’auteur de la question précédente m’a adressé cette question supplémentaire : « Avec votre permission, j’ai encore une question. Nous arrivons en Israël pour y passer la fête, et y observerons un seul jour de Yom tov, conformément à la réponse du Rav. Cependant, le décollage de notre avion de retour est prévu peu avant l’issue d’Isrou ‘Hag (lendemain de Yom tov). Or quand nous quitterons les frontières d’Israël, il se trouvera que, pendant un certain temps, nous serons en vol tandis que le second jour de fête se déroulera en diaspora. Pendant notre voyage en avion, serons-nous tenus aux lois du second jour de Yom tov ? Cela est-il constitutif de l’interdit de sortir de son périmètre sabbatique (issour te‘houmin) ? »

Réponse : vous pouvez prendre l’avion prévu. Dès lors que vous vous trouvez en Israël au moment de l’embarquement, il ne vous sera pas nécessaire, tout le temps que vous serez en vol, d’observer deux jours de Yom tov.

 

Traduction : Jean-David Hamou


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