Quand on conduit le rouleau de la Torah de l’arche sainte à la bima (table de lecture) ou inversement, et quand on en fait l’élévation publique (Hagbaha), quiconque le voit doit se lever, jusqu’à ce que le rouleau soit posé à sa place, dans l’arche ou sur le pupitre * Lorsqu’on ouvre l’arche sainte, au moment où se récitent certaines prières particulières, la stricte règle de halakha n’oblige pas à se lever * Si l’on trouve une cause d’invalidité dans le séfer-Torah, on doit s’efforcer de la corriger rapidement * Pendant la lecture de la Torah, il est permis d’être assis en tournant le dos au rouleau, car la hauteur de la bima est supérieure à dix téfa‘h * Il est permis de tourner le dos à l’arche sainte, puisque l’arche, où sont rangés les rouleaux, constitue un domaine en soi.
Se lever en l’honneur du séfer-Torah
Question : « Lorsque j’étudie à la maison d’étude, et que des fidèles sortent un rouleau de la Torah pour le poser sur la bima (table de lecture), afin de faire défiler le parchemin et de l’amener au passage voulu, suis-je obligé de me lever ? »
Réponse : lorsqu’on transporte le séfer-Torah (rouleau de la Torah) de l’arche sainte à la bima, ou de la bima à l’arche sainte, quiconque le voit doit se lever, jusqu’à ce que l’on pose le séfer-Torah à sa place : dans l’arche ou sur la bima. La même règle s’applique lorsqu’on procède à l’élévation (Hagbaha) du parchemin pour le présenter à l’assemblée. On peut tenir à ce propos un raisonnement a fortiori : si, devant un érudit, c’est une mitsva toranique que de se lever afin d’honorer la Torah qu’il a apprise – comme il est dit : « Tu te lèveras devant les cheveux blancs, et honoreras la personne du vieillard », c’est-à-dire du sage (Lv 19, 32) –, à plus forte raison devons-nous nous lever devant le séfer-Torah lui-même (Qidouchin 33b). Quand bien même on se livrerait présentement à l’étude toranique, on ne devrait pas moins se lever devant le rouleau de la Torah. Même si l’on ne le voit pas, on doit se lever, dès lors que l’on entend le cliquetis des grenades décoratives qui le couronnent – ce par quoi l’on comprend que la procession du séfer-Torah est en cours (Choul‘han ‘Aroukh et Rema, Yoré Dé‘a 282, 2 ; Pit‘hé Techouva 3).
Toutefois, l’obligation de se lever pendant la procession du séfer-Torah n’existe que dans le cas où l’on se trouve dans le même domaine que celui-ci. C’est le cas si l’on est à la synagogue, et que l’on transporte le rouleau de l’arche sainte à la bima. De même, si l’on est assis dehors, et que l’on voie la procession d’un séfer-Torah qui se fait en plein air, on devra se lever. En revanche, si l’on est assis à l’extérieur de la synagogue, ou dans une pièce attenante, et que l’on voie par la fenêtre que l’on transporte le séfer-Torah, on n’est pas tenu de se lever, puisqu’on se trouve dans un autre domaine (Beit Yossef et Rema 282, 2).
Une fois que le séfer-Torah est mis à sa place – dans l’arche sainte, ou sur la bima, ou encore dans les bras d’un fidèle assis sur son siège –, on peut se rasseoir. En effet, le rouleau est parvenu à l’endroit qui lui est alors destiné (Beit Yossef et Rema 242, 18 ; Michna Beroura 146, 17).
Se lever quand l’arche sainte est ouverte
Question : « Est-il obligatoire de se lever lorsqu’on ouvre l’arche sainte ? »
Réponse : quand on ouvre l’arche sainte (aron haqodech), au moment où se récite une prière particulière, il n’est pas obligatoire, si l’on s’en tient à la stricte règle de halakha, de se lever. Premièrement, parce que le séfer-Torah repose alors à la place qui lui est réservée. Deuxièmement, l’arche sainte, dans laquelle le rouleau repose, constitue un domaine en soi. Néanmoins, il est d’usage de se lever, pour donner un supplément de perfection à la mitsva d’honorer la Torah. En effet, l’arche est habituellement fermée ; or, quand elle est ouverte, il convient d’honorer la Torah qui « paraît » ainsi devant l’assemblée (Touré Zahav, Yoré Dé‘a 242, 13). Mais ceux qui sont faibles, et à qui il est difficile de se tenir debout, sont autorisés à rester assis ; ce n’est qu’au moment où l’on conduira le rouleau de l’arche à la bima, ou de la bima à l’arche, ou encore pendant la Hagbaha (élévation du saint parchemin devant l’assemblée), que l’on fera l’effort de se lever. On fera encore cet effort au moment de la prière pour la paix du pays (téphila lichlom ha-Médina), où l’assemblée se tient debout, aux côtés du séfer-Torah.
Se lever devant un séfer-Torah invalide
Si l’on a trouvé une cause d’invalidité dans un séfer-Torah, il faut s’efforcer de la corriger promptement. Dans l’intervalle, on marque le séfer-Torah d’un signe, afin que l’on sache qu’il n’est pas valide : on l’entoure d’une bande en surplomb du manteau, suivant la coutume ashkénaze, ou l’on noue un foulard au sommet du boîtier ou du montant, suivant la coutume séfarade.
Selon certains auteurs, les règles relatives à l’honneur dû au séfer-Torah ne s’appliquent pas à un rouleau invalide ; il n’est donc pas nécessaire de se lever si on le transporte (Techouva Méahava I, 105 ; ‘Aroukh Hachoul‘han 282, 4). D’autres décisionnaires estiment qu’il y a lieu d’honorer ce rouleau de la même façon que s’il était valide (Noda’ Biyehouda 141, Yoré Dé‘a 71 ; ‘Hatam Sofer, Yoré Dé‘a II, 279), de sorte qu’il y a lieu de se lever devant lui (Massoret Moché IV, 274 ; Halikhot Chelomo, Téphila 12, 44). Il est juste d’être rigoureux en la matière.
Être assis, dos tourné au séfer-Torah
Question : « Mon siège à la synagogue se trouve entre la bima et l’arche sainte, si bien que, pendant la lecture de la Torah, je suis assis dos tourné au séfer-Torah. Il est impossible de tourner le siège, car il est fixé dans cette position. M’est-il permis d’être assis à cette place, pendant la lecture ? »
Réponse : au titre de l’honneur dû au rouleau de la Torah, on s’abstient généralement de lui tourner le dos. Ainsi, le Grand-prêtre, lorsqu’il sortait du Saint des saints, avait coutume de ne pas tourner le dos à celui-ci en sortant, mais de sortir à reculons, la face orientée vers l’arche sainte. Dans le même sens, les prêtres (cohanim) et les lévites (léviim), quand ils achevaient leur service au sanctuaire et se retiraient pour rentrer chez eux, marchaient à reculons, face vers le sanctuaire, jusqu’à ce qu’ils fussent sortis. De même, quand un disciple prend congé de son maître attitré, il ne lui tourne pas le dos, mais sort en lui présentant sa face (Yoma 53a ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 282, 1).
En revanche, si le séfer-Torah est posé sur un lieu d’une hauteur de dix téfa‘him au moins (environ 76 à 80 cm), et a fortiori quand il se trouve dans l’arche sainte, il est permis, en cas de nécessité, de lui tourner le dos, puisqu’il se trouve alors dans un autre domaine (rechout). Il est donc permis d’être assis, dos à la bima, pendant la lecture de la Torah, puisque la hauteur de la table est supérieure à dix téfa‘him. Que les sièges aient été disposés face à l’arche sainte est une bonne chose, puisque le séfer-Torah s’y trouve la majorité du temps ; et comme il est d’usage, les sièges doivent être orientés vers elle.
Tourner le dos à l’arche sainte
Question : « Est-il permis de tourner le dos à l’arche sainte ? »
Réponse : puisque les rouleaux de la Torah se trouvent à l’intérieur de l’arche, et que celle-ci constitue un domaine autonome, la chose est permise. Maïmonide écrit ainsi : « On ne tournera pas le dos au rouleau de la Torah, à moins qu’il ne soit placé à une hauteur d’au moins dix téfa‘him au-dessus de soi. » (Séfer-Torah 10, 10) Le Choul‘han ‘Aroukh tranche dans le même sens (Yoré Dé‘a 282, 1). Si telle est la règle à l’égard du rouleau lui-même, à plus forte raison sera-ce vrai si celui-ci se trouve à l’intérieur de l’arche : en plus de dépasser généralement la hauteur de dix téfa‘him, l’arche possède un volume d’au moins 1 × 1 × 3 amot (≈ 0,48 m × 0,48 m × 1,44 m), de sorte qu’elle constitue un domaine autonome (Peri Mégadim, Michbetsot Zahav, Ora‘h ‘Haïm, fin du chap. 141) ; ce, d’autant plus, quand l’arche est fermée. Il est donc permis de tourner le dos à l’arche sainte quand on marche vers la sortie de la synagogue (Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 282, 1 ; Touré Zahav 1).
Toutefois, au-delà de l’obligation rigoureuse qui s’applique au séfer-Torah, on a l’usage de faire honneur à l’arche sainte en tant que telle. Aussi, même lorsqu’elle est fermée, ceux qui se tiennent près d’elle ont soin de ne point lui tourner le dos. En effet, à proximité de l’arche, la notion d’honneur est plus perceptible, de même que celle d’atteinte à l’honneur. Mais lorsqu’il y a à cela une nécessité, il est permis de se tenir dos tourné à l’arche, à l’instar des cohanim qui, lorsqu’ils bénissent l’assemblée, sont tournés vers les fidèles, dos à l’arche, ou à l’instar du rabbin, quand il prononce une homélie. De même, au Temple, quand ils bénissaient le peuple, les cohanim lui faisaient face, dos tourné au sanctuaire, en raison de l’honneur dû à l’assemblée (Sota 40b).
C’est une belle coutume, pour un rabbin, que d’embrasser le rideau de l’arche sainte avant de commencer à discourir devant les fidèles. C’est comme s’il recueillait la permission de s’exprimer devant ceux-ci, et comme s’il demandait pardon, pour être ainsi contraint de tourner le dos à l’arche.
Sortir un séfer-Torah de l’arche, pour les besoins d’une bar-mitsva
Question : « Notre fils va bientôt fêter sa bar-mitsva ; nous organisons à cette occasion un office familial, au cours duquel il lira la paracha de la semaine. Nous avons demandé à l’administrateur de la synagogue l’autorisation d’emprunter un séfer-Torah ; mais il objecte que ce déplacement est peut-être problématique, s’agissant des besoins d’un minyan privé. Il nous invite donc à consulter un rabbin sur ce que dit la halakha en pareil cas. »
Réponse : l’honneur dû au séfer-Torah impose généralement de se rendre à la synagogue pour procéder à la lecture, et non de l’amener dans une maison particulière pour y lire. Même pour une personne qui, par contrainte, ne peut se rendre à la synagogue, par exemple un malade ou un détenu, on ne déplace pas un séfer-Torah. En revanche, il est permis de le déplacer pour un grand homme de Torah, qui, en raison d’une contrainte, ne peut venir écouter la lecture à la synagogue (Talmud de Jérusalem, Yoma 7, 1 ; Beit Yossef et Rema 242, 18).
De même, il est permis de déplacer un séfer-Torah pour les besoins d’un minyan qui ne peut prier à la synagogue (Béour Halakha, ad loc., passage commençant par Ein). Il est également permis de le mettre à la disposition d’un minyan familial qui fête une bar-mitsva. De même, on peut apporter un séfer-Torah à un minyan de soldats qui sont à l’entraînement sur le terrain.
Transport d’un séfer-Torah par une femme
Question : « Je travaille au Conseil religieux de ma région. Nous organisons une prière publique à l’occasion des fêtes, dans l’une de nos écoles, et nous devons y faire venir un séfer-Torah. En tant que femme, y a-t-il un problème à ce que je transporte ce rouleau, de la synagogue (où il s’en trouve de nombreux) jusqu’au lieu du minyan ? Est-il préférable que je cherche un homme susceptible de faire cela ? »
Réponse : il est permis à une femme de transporter un séfer-Torah. En effet, l’interdit de toucher le séfer-Torah porte sur le parchemin lui-même, et s’applique aussi bien aux hommes qu’aux femmes. En revanche, il est permis de toucher les montants autour desquels le parchemin est enroulé (traditionnellement appelés ‘atsé ‘haïm, « arbres de vie »), de même que le manteau ou le boîtier qui le recouvre ; et c’est bien ainsi qu’on le transporte. Même dans sa période de nida (isolement), une femme est autorisée à prendre le séfer-Torah, à l’embrasser et à y lire (Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 282, 9).
Quand on transporte le séfer-Torah, il faut être bien attentif à l’honneur qui lui est dû : on doit le porter dressé, contre sa poitrine, en regard du cœur, d’une manière respectueuse. On ne le portera pas comme un fardeau, sur sa tête ou sur son épaule, ni dans un sac derrière son dos (Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 282, 3). Si on le transporte en voiture, le conducteur doit s’efforcer de s’adjoindre un passager, qui prendra le séfer-Torah contre sa poitrine. On veillera aussi à ce que personne ne lui tourne le dos. Si l’on ne peut avoir de passager dans le véhicule, on déposera le séfer-Torah de manière honorable et stable sur l’un des sièges. En cas de nécessité, on pourra le mettre dans une valise, ou enveloppé d’un talith, dans le coffre de la voiture (‘Aroukh Hachoul‘han 282, 6).
Expédier un séfer-Torah par avion
Quand il est nécessaire d’expédier par avion ou par bateau un séfer-Torah empaqueté, certains ont coutume de découdre l’une des pièces du parchemin, de manière à le rendre provisoirement invalide ; de cette façon, les secousses du voyage ne porteront pas tellement atteinte à son honneur (Kaf Ha‘haïm 135, 74). Selon d’autres, il n’y a pas lieu de défaire une pièce, car ce serait retirer au rouleau une part de sa sainteté, ce par quoi, précisément, on porterait atteinte à son honneur. On le placera donc dans une valise, de manière honorable et sécurisée (Imré Yocher II, 171, 2). Chacun choisira la coutume qu’il entend suivre.
Traduction : Jean-David Hamou



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