La mitsva de mézouza apporte protection et longévité aux maîtres du logis et à leurs enfants * Il faut fixer la mézouza à l’entrée de la maison * On la place de telle manière que la première ligne du texte soit orientée vers le haut * On a coutume d’introduire le parchemin dans un boîtier, afin qu’il ne tombe pas, et afin de le protéger de l’humidité du mur * Si l’on fixe plusieurs mézouzot, l’une à la suite de l’autre, on récite une seule bénédiction pour toutes * Celui qui achète ou loue un appartement est tenu de fixer des mézouzot à ses portes, à partir du moment où il commence à y habiter.
La mitsva de mézouza
La Torah fait obligation à tout Israélite de fixer une mézouza à l’entrée de sa maison, et aux portes de ses différentes pièces. La mézouza est un parchemin sur lequel sont écrits les deux paragraphes de la Torah dans lesquels, précisément, cette mitsva est prescrite : les paragraphes Chéma Israël (« Écoute, Israël… », Dt 6, 4-9) et Véhaya im chamoa’ (« Il adviendra, si vous écoutez mes commandements… », Dt 11, 13-21). Ces paragraphes, nous les récitons également dans le cadre de la lecture quotidienne du Chéma, soir et matin. De même, parmi les quatre paragraphes qui composent les téphilines, sont inclus ces deux paragraphes, où figurent les fondements de la foi d’Israël. Pour que ces principes nous accompagnent constamment, lorsque nous rentrons à la maison et que nous en sortons, il nous est donc prescrit de les attacher au montant droit de nos portes.
Vertu protectrice
La mitsva de mézouza possède une vertu particulière : elle apporte protection et longévité aux maîtres de céans et à leurs enfants. Il est en effet dit, en conclusion du second paragraphe relatif à la mézouza : « Afin que se multiplient vos jours et les jours de vos enfants, sur la terre que l’Éternel jura à vos pères de leur donner, comme les jours des cieux au-dessus de la terre. » (Dt 11, 21) Les Sages en déduisent même que, par la faute consistant à négliger la mitsva de mézouza, des enfants peuvent mourir, ce qu’à Dieu ne plaise (Chabbat 32b ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 285, 1).
La maison protège l’homme de la pluie, du vent, du soleil et des animaux nuisibles. Elle le protège encore, lui et ses biens, contre les voleurs et les brigands. Cependant, quelque forte et sécurisée que puisse être une maison sur le plan matériel, les dangers qui la guettent sont nombreux – le principal étant que, bercé par l’illusion de stabilité que la maison lui procure, l’habitant n’en vienne à oublier l’Éternel son Dieu, qui lui fit don de l’âme, et qui lui prescrivit de cheminer dans ses voies, dispensant au monde bienfaits et bénédiction.
Aussi faut-il attacher une mézouza à l’entrée de sa maison, afin qu’en y entrant ou en en sortant, l’on se rappelle, chaque fois de nouveau, les principes de la foi qui y sont inscrits. De cette façon, on se rappellera sa vocation, la valeur de son existence. Dès lors, le Saint béni soit-Il donnera vigueur à notre vie, à nos jours et à ceux de nos enfants ; la bénédiction règnera en nos foyers et au sein de nos activités ; les dangers et les séductions s’éloigneront de nous et n’abrègeront point nos jours, ni ceux de nos enfants (cf. Zohar III, Ra‘ya Méhemna 265b).
Les Sages enseignent : « Qui est attentif à la mitsva de mézouza jouit d’un habitat agréable. » (Chabbat 23b) En effet, la principale beauté d’une demeure réside dans le fait que le divin y séjourne – en ce qu’elle reflète les aspirations positives de celui qui l’habite. De même que le sanctuaire est appelé « ornement du monde » (Zeva‘him 54b), ainsi la mézouza est l’ornement de la maison (cf. Zohar III, 265b). Et quand la maison convient à l’âme de celui qui l’habite, elle convient également à son corps et à ses meubles.
Usage d’embrasser la mézouza
Certains ont coutume, lorsqu’ils pénètrent dans la maison ou en sortent, d’approcher la main de la mézouza, afin de s’en rappeler le propos (Rema, Yoré Dé‘a 285, 2). D’autres la touchent même, puis ils portent la main à leurs lèvres pour l’embrasser (Birké Yossef). Une personne malade doit toutefois s’abstenir de l’embrasser, afin de ne pas contaminer les autres.
Le parchemin
On écrit les deux paragraphes de la mézouza à l’encre, en caractères traditionnels (semblables à ceux du rouleau de la Torah), sur un même parchemin, et en une seule colonne (Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 288, 1-2).
On enroule la mézouza de la fin vers le début, de sorte que, lorsqu’on ouvre le parchemin, on puisse immédiatement lire le premier mot (Choul‘han ‘Aroukh 288, 14). On fixe la mézouza de façon que la première ligne soit en haut ; si l’on s’est trompé, et qu’on l’ait mise à l’envers, la mézouza n’est pas valide. A priori, on place la mézouza de telle manière que le côté par lequel le parchemin s’ouvre soit tourné vers la porte d’entrée (Choul‘han ‘Aroukh 289, 6).
Faut-il un étui à la mézouza ?
Si l’on s’en tient à la stricte règle de halakha, on peut fixer au montant de la porte la mézouza enroulée elle-même ; mais en pratique, on a coutume de la mettre dans un étui, afin qu’elle ne tombe pas, et pour la protéger de l’humidité du mur (Michna, Kelim 16, 7 ; Tossephot sur Baba Metsi‘a 102a ; Choul‘han ‘Aroukh 289, 1).
Il est bon d’apporter à la mitsva un supplément de perfection, en choisissant un bel étui de mézouza (Nehar Mitsraïm, Mézouza 10).
Fixation de la mézouza
C’est de façon stable qu’il faut installer la mézouza au montant de la porte, à l’aide de clous ou de vis. On peut aussi la fixer avec de la colle forte (‘Aroukh Hachoul‘han 289, 15 ; Yaskil ‘Avdi VIII, Yoré Dé‘a 14, 2). En cas de nécessité, on peut la fixer au moyen de papier adhésif puissant. Mais si on l’installe d’une manière telle qu’elle puisse facilement tomber, elle n’est pas valide, car la mézouza doit être jointe de manière permanente au montant de la porte. Il est dit, en effet : « Et tu écriras [ces paroles] sur les montants de ta maison et en tes portes. » (Dt 6, 9) Or l’expression « en tes portes » (bich‘arékha, littéralement « dans tes portes ») signifie que ces paroles doivent être jointes, unies auxdites portes. À ce qu’il semble, si une mézouza peut certainement tenir trente jours, on peut la considérer comme valablement fixée.
Si la mézouza est attachée par la partie supérieure seulement, de sorte qu’elle peut ballotter de droite et de gauche, elle est invalide. De même, si l’on fixe la mézouza à un bâton, et que l’on place ce bâton sur le montant de la porte, ou si l’on aménage une niche étroite, de la largeur de la mézouza, dans laquelle on dépose celle-ci, la mézouza est invalide.
Coutume d’écrire le nom divin Cha-daï
Il est de coutume d’écrire le nom divin Cha-daï (« Tout-Puissant »), dont les lettres forment les initiales de Chomer daltot Israël (« Protecteur des portes d’Israël »), sur la face externe du parchemin, en regard du début du paragraphe Véhaya im chamoa’, de façon telle que, lorsqu’on enroule le paragraphe de la fin au début, le nom divin apparaisse à l’extérieur (Maïmonide, Lois de la mézouza 5, 4 ; Roch ; Zohar III, 266a ; Choul‘han ‘Aroukh 288, 15).
Quant au sens de cette coutume, on explique que le nom Cha-daï exprime la protection que l’Éternel exerce sur Israël – ce qu’illustre l’acrostiche « Protecteur des portes d’Israël ». Il y a donc un supplément de perfection à disposer d’un étui transparent, de manière que ceux qui empruntent cette porte puissent voir ce nom divin, inscrit sur la mézouza. Le problème est qu’un étui transparent, en verre ou en plastique, risque davantage de se rompre. Aussi, nombreux sont ceux qui utilisent un étui non transparent, sur lequel le nom Cha-daï est également inscrit.
Quand on fixe la mézouza au montant d’une chambre à coucher où l’on s’habille, ou d’une pièce où l’on change la couche des bébés, il faut veiller à ce que l’étui de la mézouza ne soit précisément pas transparent, et que le nom Cha-daï ne soit pas inscrit sur cet étui, afin que l’honneur de ce nom divin ne soit pas outragé. C’est pourquoi de nombreux étuis de mézouza portent seulement la lettre chin (ש), qui rappelle le nom Cha-daï, sans que celui-ci soit écrit en toutes lettres, ce qui l’exposerait à l’outrage (Choul‘han ‘Aroukh 286, 5 ; Michna Beroura 40, 7).
La bénédiction
Avant de fixer la mézouza au montant de la porte, on prononce, debout, la bénédiction suivante : Baroukh Ata, Hachem, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, acher qidechanou bé-mitsvotav vé-tsivanou liqboa’ mézouza (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui nous as sanctifiés par tes commandements, et nous as ordonné de fixer la mézouza ») (Choul‘han ‘Aroukh 289, 1).
Si l’on fixe plusieurs mézouzot, l’une à la suite de l’autre, on dira une seule bénédiction, qui vaudra pour toutes (Rema 289, 1). Si, entre la bénédiction et la fixation de la mézouza, on a parlé de quelque autre sujet, cela constitue une interruption : on aura perdu le bénéfice de la bénédiction, et l’on devra donc la répéter. Mais si ces paroles ont été prononcées après que l’on a fixé une première mézouza, et quoique l’on n’ait pas agi comme la halakha le prescrit, on n’aura pas à répéter la bénédiction pour les mézouzot suivantes, que l’on prévoyait de fixer, tandis qu’on la prononçait. En effet, la bénédiction s’applique déjà valablement à la première mézouza, qui sert en quelque sorte d’amorce aux suivantes (cf. Michna Beroura 8, 28).
À qui convient-il de fixer la mézouza ?
A priori, chacun doit accomplir personnellement, et non par le biais d’un mandataire, les mitsvot qui lui incombent (Michna Beroura 250, 3). Cependant, pour conférer à la mitsva un supplément d’honneur, on peut a priori demander à un homme distingué de fixer pour nous la mézouza (Tevouot Chor 28, 14 ; Chiouré Berakha 264, 1). Quand le maître de céans a nommé un mandataire pour fixer la mézouza à son intention, le mandataire récitera la bénédiction suivant un libellé plus général : Baroukh… vé-tsivanou ‘al qevi‘at mézouza (« Béni sois-Tu… et nous as ordonné la fixation de la mézouza »), et non liqboa’ mézouza (« de fixer la mézouza ») (Maïmonide, Bénédictions 11, 13). Dans le même sens, quand un appartement appartient à plusieurs corésidents, si l’un d’entre eux fixe la mézouza pour le compte de tous, il récitera la version habituelle, liqboa’ mézouza ; mais si c’est un tiers qui pose la mézouza par délégation des corésidents, il dira ‘al qevi‘at mézouza. En tout état de cause, par l’une ou l’autre de ces versions, on s’acquitte de son obligation.
Les femmes et la mézouza
L’homme et la femme sont également tenus à la mitsva de mézouza. Il est vrai que, selon le Yéchou‘ot Malko (Mézouza 5, 10), la femme ne saurait fixer la mézouza, puisqu’elle ne peut valablement l’écrire. Mais selon une nette majorité de décisionnaires, la femme est fondée à fixer la mézouza, puisqu’elle est elle-même tenue à cette mitsva, et que celle-ci consiste principalement à fixer la mézouza. Par conséquent, quand une femme est maîtresse de maison, c’est pour elle une mitsva que d’en fixer elle-même la mézouza (responsa ‘Hatam Sofer, Yoré Dé‘a 271 ; Erets Tsvi I, 15 ; Sdé ‘Hémed, Ma‘arékhet 40, 131 ; Qountras Hamezouza 291, 21, entre autres auteurs).
Enfants mineurs
Un enfant mineur ne doit pas fixer de mézouza, même dans sa propre chambre. Certains auteurs, il est vrai, estiment que, si l’enfant a fixé une mézouza à l’entrée de sa chambre, la mézouza est valide (Rav Avraham Tsvi Eisenstadt, Na‘halat Tsvi 291, 2 ; responsa Torah Lichmah 307). Mais il n’y a pas lieu d’agir ainsi, puisque de nombreux décisionnaires tiennent une telle mézouza pour invalide (‘Hiqré Lev III, 128 ; Miqdach Me‘at 289, 2, et d’autres).
Moment de la pose
Si l’on achète une maison ou un appartement, l’obligation de mézouza court à partir du moment où l’on commence à y habiter. Certains auteurs estiment, certes, que dès l’instant où la demeure est aménagée pour l’habitation, le propriétaire ou le locataire a l’obligation d’y fixer une mézouza (‘Hémed Moché, Ora‘h ‘Haïm 19, 1 ; Avné Nézer, Yoré Dé‘a 381). Mais selon la majorité des décisionnaires, l’obligation de mézouza s’applique dès lors que l’on habite effectivement en ce lieu (Maguen Avraham, Ora‘h ‘Haïm 19, 1 ; Da‘at Qedochim 289, 2 ; Michna Beroura 19, 4 ; Chévet Halévi VI, 161). Toutefois, si l’on veut fixer la mézouza avant même de s’installer dans la demeure, on est autorisé à le faire, et à réciter la bénédiction y afférente, dès le moment où l’on commence à y introduire ses affaires (Haré Bessamim II, 219 ; Dvar Yehochou‘a III, Yoré Dé‘a 51 ; cf. ‘Aroukh Hachoul‘han 19, 2).
Est-il permis d’habiter une maison dépourvue de mézouza ?
Si l’on s’installe dans une maison ou un appartement, et que l’on ait oublié de préparer des mézouzot pour les différentes portes et chambres, on se hâtera de s’en procurer, aussitôt que possible. Selon certains auteurs, il est même interdit d’habiter en un tel lieu et d’y dormir, tant qu’il ne s’y trouve pas de mézouzot ; c’est seulement dans le cas où l’on n’a aucune possibilité de se procurer des mézouzot, et où l’on n’a pas non plus d’autre endroit où habiter, que l’on pourra, face à cette nécessité pressante, habiter en ce lieu sans mézouzot (Ben Ich ‘Haï). Mais selon la majorité des décisionnaires, il sera permis d’habiter à son domicile, quand même il ne s’y trouve point de mézouzot. En effet, la mitsva consiste à fixer des mézouzot dans ladite habitation ; par conséquent, tant que l’on tarde à les fixer, on s’abstient certes d’accomplir une mitsva positive (obligation de faire), de rang toranique ; mais pour autant, il n’y a pas d’interdit à habiter un lieu dépourvu de mézouzot.
En pratique, si l’on n’a pas de mézouzot chez soi, et que l’on puisse facilement s’installer en un autre lieu, pourvu de mézouzot, on s’y installera. De même, s’il se trouve une mézouza dans l’une des pièces, on habitera cette pièce-là. Mais si l’on a quelque difficulté à trouver des mézouzot, on pourra habiter son domicile, quoiqu’il en soit dépourvu ; et l’on se hâtera, autant qu’il est possible, de s’en procurer et de les y fixer.
Traduction : Jean-David Hamou



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