Impressions du voyage aux Etats-Unis : les gens rêvent d’Alyah !

Les téphilines sont le signe distinctif d’Israël, symbole et marque de son essence. * Les paragraphes des téphilines expriment les principes de la foi. * L’un de ces principes est la terre d’Israël, que ces paragraphes mentionnent de façon récurrente. * De même que la mitsva d’édifier le pays, celle des téphilines relie la sainteté à la réalité matérielle. * La mitsva d’attacher les téphilines à son bras et à sa tête reflète le lien absolu unissant le peuple juif à l’Éternel et à sa Torah. * Dût-on les laisser pousser tel un nazir perpétuel, les cheveux ne font pas écran entre les téphilines et la tête.

 

Sens de la mitsva des téphilines

 

Les téphilines sont le signe distinctif d’Israël, le symbole et la marque exprimant l’essence du peuple juif. Elles sont porteuses d’un double message : d’une part, elles expriment notre assujettissement au Maître du monde – ce que nous proclamons en portant les téphilines sur notre corps, à la façon des serviteurs qui, jadis, portaient sur leur corps l’emblème de leur maître. D’autre part, elles constituent la couronne glorieuse d’Israël, car elles expriment la capacité particulière du peuple juif à se lier à Dieu, et à révéler son nom dans l’univers. C’est précisément par le biais d’une entière sujétion à l’Éternel que nous accédons au statut d’hommes libres, délivrés de toutes les chaînes de ce monde-ci ; c’est ainsi que nous nous sanctifions, ceignons la couronne de la royauté divine et révélons au monde le nom divin.

 

Les téphilines et la terre d’Israël

 

Sur les parchemins des téphilines, sont écrits des paragraphes expressifs des fondements de la foi. L’un de ces fondements est la notion de terre d’Israël, plusieurs fois mentionnée dans lesdits parchemins.

  • Ainsi, dans le paragraphe commençant par Qadech (« Sanctifie tout premier-né »), il est écrit : « Or, lorsque l’Éternel t’aura conduit sur la terre du Cananéen, du Hittite, de l’Amorrhéen, du Hévéen et du Jébuséen, qu’Il a juré à tes pères de te donner, terre où coulent le lait et le miel, tu accompliras ce service… » (Ex 13, 5)
  • Dans le paragraphe commençant par Véhaya ki yéviakha(« Or, lorsqu’Il t’aura conduit… ») : « Lorsque l’Éternel t’aura conduit sur la terre du Cananéen, comme Il l’a juré à toi et à tes pères, et te l’aura donnée… » ( 11).
  • Le paragraphe commençant par Véhaya im chamoa’ (« Or, si tu écoutes… », Dt 11, 13-21) est entièrement consacré à la terre d’Israël : comme dans l’ensemble de la Torah, toute la rétribution que l’on y trouve, récompense et châtiment, s’applique principalement au sein du pays. Il est dit ainsi : « Afin que vos jours et ceux de vos enfants se multiplient sur la terre que l’Éternel à juré à vos pères de leur donner… » (Dt 11, 21)
  • Quant au paragraphe commençant par Chéma’ (« Écoute, Israël… »), il y est énoncé le principe de la foi dans le Dieu un (Dt 6, 4) ; or nous apprenons par ailleurs que la foi en l’unité divine se révèle principalement sur la terre d’Israël.

La mitsva des téphilines, de même que celle de yichouv haarets (peuplement et édification du pays), établit un lien entre la sainteté et la réalité matérielle. En effet, il nous est prescrit d’écrire les saints paragraphes des téphilines sur un parchemin fait de peau d’animal ; de même, on les insère dans des phylactères faits de peau d’animal ; cela, pour enseigner que les aspects animaux de l’homme se relient à la sainteté. Nos sages disent à ce propos : « Accomplis cette mitsva [celle des téphilines], car par elle tu entreras dans le pays. » (Qidouchin 37b)

Comme la terre d’Israël, les téphilines sont l’expression du lien d’élection entre l’Éternel et le peuple juif. C’est pourquoi l’on noue les téphilines à la tête et au bras : nous signifions par-là que nous sommes littéralement attachés à la divine mission. Nos sages enseignent que le Saint béni soit-Il porte Lui-même des téphilines ; sur elles, sont écrits les mots : « Qui est semblable à ton peuple Israël, nation une sur la terre ? » (1Ch 17, 21 ; Berakhot 6a)

 

Les téphilines dévoilent l’âme qui est en nous

 

En raison des tracas de ce monde et de ses séductions, nous risquons de nous immerger dans les nécessités de l’heure et dans des passions éphémères. En attachant à nous les téphilines, où sont écrits les fondements de la foi et de la Torah, nous nous rattachons à l’émouna (la foi) et aux principes éternels de la Torah divine ; ainsi, l’âme qui est en notre sein se dévoile. C’est bien ce qu’expriment les sages, par cette formule : « Quiconque porte les téphilines prolonge ses jours, comme il est dit : “Seigneur, c’est par elles qu’ils vivront !” » (Is 38, 16 ; Mena‘hot 44a)

 

Téphilines et rachat du premier-né

 

Question : il est certain que, dans les paragraphes des téphilines, se trouvent les principes de la foi d’Israël – et c’est bien pourquoi ce sont précisément ces paragraphes qu’il nous est prescrit d’y écrire et de porter. D’après cela, il y a lieu de s’interroger : quel rapport peut-on trouver entre les principes de la foi et la mitsva des premiers-nés, justifiant que cette mitsva soit largement mentionnée, tant dans le paragraphe Qadech que dans Véhaya ki yéviakha ?

Réponse : la mitsva de sanctification des premiers-nés est l’expression de la foi primordiale dans le fait que tout procède de l’Éternel. Pour prolonger la parole divine au sein du monde, il nous faut sanctifier les prémices de toute chose : le premier-né de l’homme, celui de l’animal d’élevage, jusqu’à celui de l’âne, animal impur. Dans le même ordre d’idées, la Torah prescrit d’élever les premiers fruits de l’année au rang de prémices (bikourim) consacrées à l’Éternel. De même, il nous est commandé de ne pas manger les fruits de l’arbre dans les trois premières années de son existence (fruits appelés ‘orla), et de consacrer à l’Éternel les fruits de la quatrième année (appelés neta‘ revaï), première des années où il nous est donné de jouir de ses fruits. Dans le même ordre d’idées, dans son enfance et sa jeunesse, l’homme doit s’adonner à l’étude de la Torah ; puis, fort de cet acquis, il part fonder une famille et participer à la construction du monde. De même, nos ancêtres vouèrent à l’Éternel la première ville qu’ils conquirent en terre d’Israël, Jéricho.

Grâce à la consécration du premier-né à l’Éternel, la bénédiction divine peut s’étendre à toutes les créatures, et à toutes nos actions en ce monde. La sortie d’Égypte, elle aussi, marque le commencement du peuple juif : alors, se révéla l’élection que l’Éternel fit d’Israël pour lui être un peuple particulier, hériter de sa terre d’élection, et pour révéler en ce monde sa parole. Le soir du Séder et pendant la fête de Pessa‘h, nous nous remémorons ce principe. Aussi la mitsva des premiers-nés et la fête de Pessa‘h sont-elles conjointement mentionnées dans les deux premiers paragraphes des téphilines.

 

Pourquoi l’on attache les téphilines

 

La mitsva d’attacher les téphilines à son bras et à sa tête exprime le lien infini qui unit le peuple juif à l’Éternel et à sa Torah. De nombreux peuples se forgent des idées spirituelles ; mais il n’est aucun peuple au monde dont les idées spirituelles aient résisté, durant une si longue période, à de puissantes et redoutables épreuves, comme la Torah s’est conservée au sein d’Israël. Il y a à cela deux raisons. La première est que Dieu choisit Israël seul d’entre tous les peuples, et c’est à Israël seul qu’Il fit don de sa Torah ; aussi les idées du peuple juif sont-elles des idées divines, tandis que celles des autres peuples sont des idées humaines. La seconde raison, qui découle de la première, est que la relation des autres peuples à leurs idées n’est pas aussi forte ni profonde que celle d’Israël à la Torah. Il ne s’est donc pas trouvé d’autre peuple au monde qu’Israël, dont tant de membres fussent prêts à offrir leur vie pour leur foi. Et nul peuple au monde n’a vu le concept du divin captiver le cœur et l’esprit d’un si grand nombre de ses membres.

Ces notions trouvent leur expression dans la mitsva des téphilines, dont nous attachons les paragraphes, littéralement, à notre bras et à notre tête. Ce faisant, nous arrimons les principales facultés de l’homme, l’intellect, le sentiment et l’action, à la sainteté. La téphila du bras est fixée en regard du cœur, ce qui représente l’action et le sentiment ; la téphila de la tête vient en regard de l’intellect. De ce point de vue, les téphilines expriment, plus qu’aucune autre mitsva, le lien unissant Israël à l’Éternel. En effet, par elles, nous ceignons véritablement notre corps des principes les plus sacrés, ce par quoi nous nous attachons pleinement à l’Éternel et à sa Torah.

 

Est-il permis de porter la téphila de la tête sur une perruque ?

 

Question : une personne qui a perdu ses cheveux et porte en permanence une perruque, qui a toute l’apparence de cheveux naturels, et dont le retrait lui causerait une grande honte, peut-elle poser la téphila de la tête par-dessus cette perruque ?

Réponse : selon le Rachba (III, 282), l’interdit de séparation (‘hatsitsa) entre les téphilines et le corps qui les porte ne s’applique qu’à la téphila du bras. Il est dit en effet : « Cela sera pour toi un signe sur ton bras… » (Ex 13, 9) – pour toi, et non pour les autres. En revanche, pour la téphila de la tête, la notion de séparation n’existe pas, puisqu’elle doit être visible, ainsi qu’il est dit : « Tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Éternel est invoqué sur toi, et ils te craindront. » (Dt 28, 10) Il est donc permis de poser la téphila sur un couvre-chef. Telle est aussi l’opinion du Ran.

Cependant, selon la majorité des Richonim, l’interdit de séparation s’applique également à la téphila de la tête (Responsa du Roch III, 4 ; Séfer Yeréïm 399 ; Responsa du Ritva 24 ; Tachbets I, 30).

En pratique, la directive des décisionnaires est, en cas de contrainte, si l’on ne peut poser la téphila directement sur la tête, de l’appliquer à son couvre-chef, mais sans réciter de bénédiction (Responsa du Rivach 137 ; Choul‘han ‘Aroukh et Rema, Ora‘h ‘Haïm 27, 4-5). En conséquence, on fera bien de poser la téphila sur sa tête à son domicile, avant la prière, ce qui permettra d’en réciter la bénédiction ; à la synagogue, on l’ajustera sur la perruque, sans réciter de bénédiction.

 

Des cheveux longs constituent-ils une séparation entre les téphilines et la tête ?

 

Selon le Ma‘hatsit Hashékel (27, 4), celui qui laisse pousser une frange sur son front pèche par vanité et orgueil ; de plus, il est à craindre que ses cheveux fassent écran entre le crâne et la téphila de la tête. Le Michna Beroura (27, 15) rapporte ses propos.

On ne peut pourtant pas adopter cette position. Dût-on les laisser pousser à la façon d’un nazir perpétuel, sans jamais les couper, les cheveux ne sauraient former écran. En effet, si les cheveux longs devaient former écran, comment la Torah permettrait-elle de devenir nazir perpétuel, alors qu’une telle longueur capillaire empêcherait d’observer la mitsva des téphilines ? En outre, parmi ceux qui portent le deuil de leurs parents, certains ont coutume de ne pas se couper les cheveux pendant plusieurs mois, voire une année entière ; or ils mettent assurément leurs téphilines entre-temps (Mor Ouqtsi‘a ; ‘Aroukh Hachoul‘han 27, 14 ; Or le-Tsion II, 44, 19 ; Bené Banim I, 6).

 

Séparation entre la lanière des téphilines et le corps

 

A priori, on veille à ce qu’il n’y ait pas non plus de séparation entre le bras ou la tête, d’une part, et les lanières par lesquelles les habitacles (batim) y sont attachés et maintenus, d’autre part. Mais a posteriori, quand bien même une chose forme séparation sous la lanière, elle ne fait pas obstacle à l’accomplissement de la mitsva ; on prononce donc, même en ce cas, la bénédiction des téphilines (Levouch ; Michna Beroura 27, 16).

Si l’on s’en tient à la seule halakha, il peut valablement exister une séparation entre l’avant-bras et la partie de la lanière qui, pour embellir la mitsva, s’enroule sept fois autour de lui. Mais nombreux sont ceux qui ont coutume d’aller au-delà de la stricte obligation, en enlevant toute chose pouvant faire écran entre la lanière et la peau, y compris à l’endroit des sept tours. On a donc l’usage d’enlever sa montre du poignet, avant de mettre ses téphilines (Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 4).

 

Le nœud en forme de yod doit-il toucher la base de l’habitacle ?

 

Il faut d’abord expliquer que, adjacent à la téphila du bras, doit être pratiqué un nœud ayant la forme de la lettre yod (י). Nos sages enseignent : « Le nœud des téphilines fut institué en tant que halakha le-Moché mi-Sinaï (loi non écrite, de rang toranique, révélée à Moïse au Sinaï). » (Mena‘hot 35b) Certains veillent à ce que ce nœud en yod soit contigu à l’habitacle (Michna Beroura 27, 11), car les cabalistes, au nom du Zohar (III, 236b) soulignent l’importance de la chose. Mais d’un point de vue strictement halakhique, le fait que le nœud touche directement l’habitacle ne conditionne pas la validité de la mitsva. Selon certains auteurs, tant que le nœud reste proche de l’habitacle, il est considéré comme contigu à lui, même s’il subsiste un espace entre eux (Techourat Chaï II, 93). Certains estiment même qu’il suffit que le nœud soit contigu à la base de l’habitacle, ce qui, en pratique, se produit toujours (Avné Nézer, Ora‘h ‘Haïm 14).

Toutefois, ceux qui se conforment aux coutumes de la Cabale s’efforcent d’accoler véritablement le nœud en yod à l’habitacle de la téphila. L’une des raisons pour lesquelles, selon l’usage cabalistique, on enroule la lanière autour de l’habitacle est précisément de maintenir le nœud au contact de celui-ci (Birké Yossef, Ora‘h ‘Haïm 25, 9). Certains, poussant plus loin l’exigence, veillent à attacher le nœud à l’habitacle au moyen d’un nerf animal (Ben Ich ‘Haï, Vayéra 15). Mais l’usage courant, dans les communautés juives, n’est pas d’ajouter de ligature semblable ou analogue.

 

Traduction : Jean-David Hamou


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