FAITES HONNEUR À LA TORAH

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La mitsva d’étudier la Torah équivaut en importance à l’ensemble des autres mitsvot. * De même, la rétribution de cette mitsva équivaut à celle de toutes les autres réunies. * Tout Juif qui se livre à l’étude sainte contribue à pérenniser l’univers entier. * Les opinions adverses, qui n’ont pas été retenues en halakha, expriment elles aussi une facette de la vérité toranique. * La multiplicité des opinions est un facteur de paix, car il y a dans la Torah, comme dans le monde, des aspects différents, ce qui engendre nécessairement des avis différents. * Les enseignements toraniques novateurs (‘hidouchim) – qu’ils naissent de l’approfondissement de l’étude ou de questions apparaissant au cours des diverses circonstances de la vie en Erets Israël – développent le monde et le font avancer.

  

Nos Sages ont enseigné : « Les Chabbats et les jours de fête n’ont été donnés [à Israël] que pour s’y livrer à l’étude de la Torah. » (Talmud de Jérusalem, Chabbat 15, 3) Dans la catégorie des « jours de fête » (yamim tovim), figure aussi la période de ‘Hol hamo‘ed, jours intermédiaires de Soukot et de Pessa‘h. Le jour de Chemini ‘Atséret, qui clôt la fête de Soukot, on célèbre également l’achèvement de la lecture annuelle de la Torah ; c’est pourquoi je consacrerai aujourd’hui cette rubrique à la haute valeur de la mitsva d’étude toranique.

Valeur de la Torah

Nos Sages nous apprennent que la mitsva d’étudier la Torah équivaut en importance à la totalité des autres mitsvot, et que sa rétribution équivaut à celle de l’ensemble des autres mitsvot (Péa 1, 1 ; Talmud de Jérusalem, ibid. ; Talmud de Babylone, Mo‘ed Qatan 9b). Il y a à cela deux raisons.

Premièrement, sans étude de Torah, il est impossible de savoir comment accomplir les mitsvot, et de vivre conformément aux valeurs toraniques. Aussi la mitsva la plus essentielle est-elle l’étude de la Torah (Maïmonide, Commentaire de la Michna, Péa 1, 1). C’est bien à ce propos que nos Sages disent : « Grande est l’étude, car elle conduit à l’action. » (Qidouchin 40b)

Deuxièmement, étudier la Torah est la plus élevée des mitsvot, car elle s’accomplit au moyen de la partie supérieure de l’homme, l’esprit. En effet, tous les commandements pratiques s’accomplissent par le biais du corps ; et tous ceux qui incombent au sentiment requièrent le concours du cœur. Or le corps et le cœur sont cantonnés dans les limites de ce monde terrestre. La mitsva d’étude de la Torah, en revanche, s’accomplit par la pensée, elle-même liée au monde éternel, spirituel, au-delà des limites du monde présent (Maharal, Netiv Hatorah 1). Et puisque la mitsva d’étude toranique s’accomplit par le biais de la partie la plus élevée de l’homme, celui-ci a, grâce à elle, le mérite de parachever son âme, sa pensée, ses idées, dont tous ses sentiments et actes subissent l’influence.

Le plan d’après lequel le monde fut créé

Nos Sages enseignent que, dans l’ordre de la Création, la Torah précéda le monde : après avoir créé la Torah, porteuse de tous les idéaux et de toutes les valeurs de l’univers, « le Saint béni soit-Il contemplait la Torah, et créait le monde » (Gn Rabba 1, 1). Tel un roi qui, souhaitant bâtir un palais, en prépare d’abord le plan, ainsi l’Éternel créa premièrement la Torah, puis le monde d’après elle.

Le Zohar enseigne : « Heureux ceux qui s’efforcent d’étudier la Torah, car, lorsque le Saint béni soit-Il créa le monde, Il regarda la Torah et créa le monde [d’après elle] ; car toutes les choses et tous les faits des mondes se trouvent dans la Torah. (…) Il est dit ainsi : “Au commencement, Dieu créa les cieux…” (Gn 1, 1) – Il regarda ce mot et créa les cieux. Il est dit ensuite : “Dieu dit : Que la lumière soit…” (ibid. 3) – Il regarda ce mot et créa la lumière. Ainsi de chaque mot écrit dans la Torah : le Saint béni soit-Il le regarda, puis fit la chose considérée… » (Terouma 161a)

Israël, la Torah et l’existence du monde

Rabbi ‘Haïm de Volozhin explique, dans le Néfech Ha‘haïm (4, 11), que la révélation du Saint béni soit-Il, la Torah et Israël sont une même réalité, « car à sa racine, l’âme de chaque Juif est attachée et intimement liée à l’une des lettres de la Torah, au point de s’y identifier véritablement » (cf. Gn Rabba 1, 4 ; Rachi sur Gn 1, 1). En d’autres termes, les enfants d’Israël sont l’expression de la volonté supérieure du Créateur, de créer un monde et de lui infuser bienfait et bénédiction ; car tout l’objet de l’Assemblée d’Israël est d’épancher le bien dans l’univers (Orot Israël 1, 4). Par suite, l’Éternel créa la Torah, programme de la Création, dans lequel est exposée la méthode par laquelle Israël pourra parachever le monde.

Le Zohar enseigne que tout Israélite qui étudie la Torah pérennise l’univers : « Quand le monde fut créé, toute chose ne s’y maintint qu’à partir du moment où Dieu voulut créer l’homme, pour que celui-ci s’occupât de Torah ; et c’est pour lui que le monde se maintient. Et maintenant, quiconque examine la Torah et s’efforce de s’y adonner, c’est comme s’il faisait exister l’ensemble du monde. En effet, de même que le Saint béni soit-Il regarda dans la Torah et créa l’univers, ainsi l’homme qui fixe son regard sur la Torah contribue à la conservation du monde. Par conséquent, l’œuvre de la Création, de même que le maintien du monde, dépendent de la Torah, car c’est par elle que s’épanche l’influx vital irriguant le monde. Heureux donc est l’homme qui s’adonne à l’étude de la Torah ; car il maintient l’univers ! » (Terouma 161a ; cf. également Zohar, Béréchit 47a et Vayiqra 11b)

Le Néfech Ha‘haïm ajoute, d’après cela : « La vérité indubitable est que, si le monde, d’une extrémité à l’autre, venait à manquer ne fût-ce qu’un seul instant de notre étude et de notre méditation toraniques, tous les mondes supérieurs et inférieurs seraient détruits immédiatement, réduits au néant et au chaos, à Dieu ne plaise. De même, l’abondance ou – Dieu préserve – la privation universelle, dépendent uniquement de la nature et de l’intensité de notre étude de Torah. » (4, 11)

Manifestations de la Torah et opinions différentes

Puisque la Torah constitue le plan suprême de l’Éternel, elle ne saurait trouver sa pleine expression dans un mode d’étude unique. C’est pourquoi, dès l’abord, elle apparaît sous deux formes majeures : Torah écrite et Torah orale. La Torah écrite représente l’illumination divine d’essence céleste, qui surplombe l’homme ; la Torah orale est l’illumination divine qui se révèle par le biais des Sages d’Israël, qui doivent interpréter la Torah écrite, en répondant aux questions qui émergent de la vie terrestre. Les prémices de la loi orale résident dans la tradition interprétative que Moïse a reçue au Sinaï ; elle se poursuit dans les commentaires des Sages d’Israël sur la Torah écrite, et dans la tradition toranique orale, relative à l’ensemble des sens que l’on y peut trouver. Il est dit ainsi : « Une fois, Dieu l’a énoncé, deux fois je l’ai entendu. » (Ps 62, 12) De même : « Mes paroles ne sont-elles pas pareilles au feu, dit l’Éternel, et au marteau qui fait voler le rocher en éclats ? » (Jr 23, 29) Les Sages font de ce verset la lecture midrachique suivante : « De même que, sous le coup du marteau, le rocher vole en de nombreux éclats, de même chacune des paroles sorties de la bouche du Saint béni soit-Il se divisa en soixante-dix langues. » (Chabbat 88b) Autre lecture proche : « De même que, sous le coup du marteau, le rocher vole en de nombreux éclats, ainsi un même verset donne lieu à plusieurs interprétations. » (Sanhédrin 34a)

Les opinions que la halakha n’a pas retenues

Les opinions adverses, qui n’ont pas été retenues par la halakha, représentent, elles aussi, une facette de la vérité toranique, dès lors que chaque opinion s’appuie sur la Torah même. Les Sages disent des controverses entre la maison d’étude de Chamaï et celle d’Hillel : « Les unes et les autres [de leurs opinions] sont les paroles du Dieu vivant ; mais la halakha suit la maison d’étude d’Hillel. » (‘Érouvin 13b) De même, le verset de l’Ecclésiaste (12, 11) : « Les paroles des Sages sont pareilles à des aiguillons, à des clous plantés à large tête (ba‘alé assoupot) ; un pâtre unique les a données » est élaboré sur le mode midrachique par les maîtres du Talmud. Ceux-ci jouent sur l’expression ba‘alé assoupot en lisant : maîtres [ba‘alé] des assemblées [asséfot]. « Les maîtres des assemblées, disent-ils, ce sont les disciples des Sages, qui siègent groupe par groupe et s’adonnent à l’étude toranique ; les uns déclarent [telle chose] impure, les autres la déclarent pure ; les uns l’interdisent, les autres l’autorisent ; les uns invalident, les autres valident. On dira peut-être : “Comment, dès lors, étudierais-je la Torah [puisque je ne sais pas qui la représente véritablement] ?” Le verset répondra alors : “Un pâtre unique les a donnés !” C’est un Dieu unique, un même Maître qui a donné ces paroles ; celles-ci émanent de la bouche du Seigneur de toutes les œuvres, béni soit-Il. Toi aussi, dresse donc l’oreille, et acquiers-toi un cœur sensé afin d’entendre les paroles qui concluent à l’impureté comme celles qui concluent à la pureté, celles qui prononcent l’interdiction comme celles qui autorisent, celles qui invalident et celles qui valident. » (‘Haguiga 3b)

La multiplicité des opinions est un facteur de paix

De prime abord, la multiplicité des opinions présentées par la Torah orale semble être un facteur de séparation. Mais en réalité, elle est un facteur de paix, car la Torah offre, comme le monde lui-même, différents aspects, ce qui engendre nécessairement une pluralité d’avis. Et lorsqu’on omet de donner sa place à l’un de ces avis, celui-ci devient le lieu de controverse. Cependant, dans le cadre de l’étude toranique, lorsque se fait jour la vérité que porte chaque opinion, et que l’étudiant voit les opinions diverses s’éclairer et s’enrichir l’une l’autre, une paix véritable s’établit dans le monde. Nos Sages enseignent à ce sujet : « Les disciples des Sages accroissent la paix dans le monde, comme il est dit : “Tous tes fils seront disciples de l’Éternel, et grande sera la paix de tes fils.” (Is 54, 13) Ne lis pas “tes fils (banayikh)”, mais “tes bâtisseurs (bonayikh)”. » (Berakhot 64a) Ce sont donc les disciples des Sages qui bâtissent le peuple d’Israël et le monde. Il est dit à ce propos : « Grande paix à ceux qui aiment ta Loi, ils ne connaîtront point d’obstacle ! » (Ps 119, 165 ; cf. ‘Ein Aya, Berakhot 9, 161)

Novations toraniques (‘hidouché Torah)

Les Sages ont enseigné : « Même ce qu’un disciple accompli sera un jour appelé à exposer devant son maître avait déjà été dit à Moïse au Sinaï. » (Talmud de Jérusalem, Péa 2, 4) En d’autres termes, toutes les novations véridiques, qu’inspire l’étude approfondie de la Torah, constituent la suite directe de la Révélation divine au Sinaï. C’est ce que laisse entendre le verset : « Il est telle chose dont on dit : voyez, ceci est nouveau ! » ; ce à quoi l’on peut bien répondre : « Or cela existait déjà, longtemps avant nous. » (Ec 1, 10) Il en est nécessairement ainsi : puisque la source de l’illumination toranique réside dans la lumière infinie (or ein-sof), il n’est point de limite aux enseignements nouveaux (‘hidouchim) qui en découlent. Les Sages disent ainsi : « Une maison d’étude ne saurait être dépourvue de novation. » (‘Haguiga 3a)

Contribuer au maintien du monde et le faire progresser

Nous voyons donc que l’étude de la Torah, lorsqu’elle est correctement comprise et menée au nom du Ciel, assure la pérennité de l’univers ; et que les novations toraniques – qui naissent de l’étude approfondie de la Torah, ou des questions soulevées au gré des événements de notre vie en terre d’Israël – contribuent au développement du monde et le font progresser (Néfech Ha‘haïm 4, 12 ; Yessod vé-Chorech ha-‘Avoda 6, 6).

Comme l’enseigne le Zohar : « Combien l’homme doit-il peiner dans l’étude de la Torah, jour et nuit ! car le Saint béni soit-Il écoute la voix de ceux qui se livrent à cette étude ; et de chaque parole novatrice, produite par l’étudiant de Torah, Il fait un firmament (…) qu’Il appelle “cieux nouveaux”. (…) Et toutes les autres paroles de Torah renouvelées se tiennent devant le Saint béni soit-Il, s’élèvent et deviennent terres de vie. (…) Tout devient alors terre nouvelle (…) Il est écrit à ce propos : “Oui ! de même que les cieux nouveaux et la terre nouvelle que Je fais subsistent devant Moi, déclare l’Éternel, ainsi votre descendance et votre nom subsisteront.” (Is 66, 22) Le prophète ne dit pas “que J’ai faits”, mais “que Je fais”, au présent ; car l’Éternel les fait constamment : ce sont là les novations et secrets de la Torah. C’est à ce propos qu’il est écrit : “J’ai placé mes paroles dans ta bouche et, de l’ombre de ma main, t’ai couvert ; afin de fixer les cieux, de fonder la terre, et de dire à Sion : Tu es Mon peuple !” (Is 51, 16). (…) Ne lis pas “mon peuple” (‘ami), mais “avec moi” (‘imi) : afin que tu sois mon associé. De même que J’ai fait les cieux et la terre par ma parole (…), toi aussi, fais de même ! » (Introduction du Zohar 4b ; cf. également Zohar, Vaye‘hi 243a ; Chela‘h 173a)

Traduction : Jean-David Hamou

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