ÉTUDE TALMUDIQUE ET ÉTUDES TORANIQUES APPROFONDIES POUR LES FEMMES

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Les femmes ont l’obligation d’élargir et d’approfondir leurs connaissances toraniques et halakhiques, tout en veillant à comprendre la logique interne que recèle la Torah, telle que le Talmud et ses commentateurs la font apparaître. * À ce titre, c’est pour les femmes une obligation que d’étudier également, dans leurs généralités, les mitsvot qui n’ont pas d’application pratique de nos jours. * Selon les Richonim, il ne fallait pas enseigner la Torah à sa fille, de crainte qu’à l’occasion de son étude elle n’en vînt à autoriser des choses interdites. * Quand d’elle-même une femme le désire, il lui est permis d’étudier la Bible et la Torah orale de manière approfondie, et du Ciel elle sera rétribuée pour cela. * À toutes les époques, il s’est trouvé des femmes qui étudiaient la Torah et parvenaient à un haut niveau de connaissance en la matière.

L’étude talmudique pour les femmes

Question : « Est-il bon, pour une femme, d’étudier la Guémara en profondeur ? Est-il juste de l’y encourager ? Ou bien faut-il penser, comme certains l’affirment, que cela n’est pas souhaitable, car la tradition en serait affectée, ce qui risquerait de porter atteinte à une pratique fidèle des mitsvot ? »

Réponse : il faut d’abord rappeler que la mitsva d’étudier la Torah présente deux versants : l’un consiste à connaître l’enseignement toranique quant à la conduite de nos vies – à cet égard, les hommes et les femmes ont même obligation – ; l’autre consiste à posséder une connaissance d’ensemble de la Torah (aussi bien des mitsvot ayant un lien avec la vie de l’étudiant que de celles qui n’y sont pas liées), et à poursuivre l’approfondissement minutieux des textes – en ce domaine, seuls les hommes sont obligés, comme nous le verrons par la suite.

L’obligation des femmes d’étudier ce qui est nécessaire à la conduite de leur vie : autrefois et de nos jours

Jadis, quand les gens devaient consacrer tout leur temps et leur énergie à trouver de la nourriture, à la préparer, à tenir leur maison et à s’occuper de leurs enfants, l’humanité était plongée dans l’ignorance, et seul un petit nombre de personnes savaient lire. En ces temps-là, c’est en écoutant les recommandations de leurs parents, ainsi que les homélies des rabbins, les jours de Chabbat et de fête, que les femmes apprenaient les prescriptions de la Torah relatives à leur vie. Aussi ne se donnait-on pas la peine d’instruire les filles à la lecture, comme on le faisait pour les garçons. Exceptionnelles étaient celles qui se plongeaient dans l’étude toranique, et devenaient des érudites (‘hakhamot) ou des prophétesses (néviot).

Dans les dernières générations, les conditions de vie se sont améliorées, et la connaissance s’est étendue au sein de l’humanité, au point que près de 90 pour cent de la population adulte mondiale sait aujourd’hui lire.

Dans le même temps, de nombreuses femmes ont commencé à acquérir de l’instruction, à exercer toutes sortes de professions, à prendre part à l’étude et à la recherche universitaires, à être pleinement associées à la vie publique et à sa direction. Dès lors, il est devenu beaucoup plus complexe de faire rayonner la parole et la bénédiction divines dans le monde : celles-là même qui s’occupent de leur foyer et élèvent leurs enfants sont exposées à des opinions diverses dans les domaines de la foi, de la société, de la famille et de la condition humaine. Dès lors, des notions générales de Torah ne sauraient plus leur suffire.

Par conséquent, pour savoir comment conduire sa vie selon la Torah, et pour connaître les instructions de celle-ci dans les domaines de la foi (émouna) et de la morale (moussar), aux plans individuel, familial et social, les femmes ont l’obligation d’élargir et d’approfondir leur étude toranique et halakhique, en s’attachant à comprendre la logique interne de la Torah, telle qu’elle est exposée dans le Talmud et ses commentaires. À ce titre, il faut étudier également, dans leurs grandes lignes, les mitsvot qui n’ont pas d’application pratique immédiate, afin de comprendre quelle vision d’ensemble est celle de la Torah. De même, on doit étudier les fondements de l’émouna, et l’histoire de sa révélation par le biais d’Israël, tels qu’ils ressortent de la Bible et des écrits des Sages, des Richonim et des A‘haronim. Cela, afin de comprendre l’idéal moral que porte la Torah, en vue du perfectionnement du monde.

Plus une femme est douée pour l’étude, plus grands sont les défis auxquels elle fait face ; et plus elle doit, corrélativement, approfondir son étude de Torah.

Quand l’étude vise essentiellement, au-delà de la pratique, la connaissance

S’agissant des parties de l’étude toranique qui ne sont pas, en elles-mêmes, nécessaires à la conduite d’une existence conforme au judaïsme, les Tannaïm sont partagés. Il ressort de la michna Sota (20a) et de la Guémara (ibid. 21a) que, selon Ben Azaï, « un homme a l’obligation d’enseigner la Torah à sa fille ». C’est aussi ce qui paraît ressortir de l’enseignement anonyme de la michna introduisant les propos de Ben Azaï. En revanche, Rabbi Eliézer estime que « quiconque enseigne la Torah à sa fille lui enseigne la frivolité » ; Rabbi Yehochoua s’accorde avec lui. Le Talmud de Jérusalem (Sota 3, 4) indique que, selon Rabbi Eléazar ben Azaria, c’est pour les femmes une mitsva que d’écouter l’enseignement de la Torah, mais non de l’étudier de manière approfondie.

En pratique, suivant les écrits des Richonim, il n’y a pas lieu d’enseigner la Torah à sa fille, de crainte qu’elle n’en vienne, à cette occasion, à autoriser des choses qui sont frappées d’interdit. C’est en ce sens que se prononcent Rabbénou Hananel, Rachi, Maïmonide (Talmud Torah 1, 13), Rabbi Ovadia de Bartenora (Sota 3, 4) et de nombreux autres auteurs. Toutefois, selon Rabbi Yechaya di Trani sur Sota 1, 2, il est permis à un père d’enseigner la Torah orale à sa fille ; il n’y est simplement pas obligé.

En d’autres termes, puisque les femmes n’avaient guère de temps, à cette époque, et que les conditions n’étaient pas réunies pour qu’elles étudiassent la Torah orale avec la profondeur et le sérieux requis, il était à craindre que la femme comprît et interprétât la Torah de manière inexacte. Pour autant, les Sages n’ont pas positivement ordonné d’exclure les filles de l’étude toranique. Simplement, on n’instruisait que celles qui convenaient à cela, et qui le désiraient particulièrement, comme nous le verrons ci-après. Au passage, cette prudence est également de mise à l’égard des hommes : ceux qui ne sont pas prêts à étudier avec le sérieux et la modestie nécessaires sont considérés comme des disciples non convenables. Il ne convient pas de leur enseigner la Torah avant qu’ils ne rectifient leurs voies.

Différence entre Torah écrite et Torah orale

Fondamentalement, la recommandation de ne pas enseigner la Torah à sa fille – en dehors de ce qui est nécessaire pour gouverner sa vie – vise aussi bien la Torah écrite que la Torah orale. Cependant, la maxime qui veut que « quiconque enseigne la Torah à sa fille lui enseigne la frivolité » s’applique à la Torah orale, et non à la Bible, comme l’écrit Maïmonide : « Les Sages ont prescrit de ne pas enseigner la Torah à sa fille, car, dans leur majorité, les femmes n’ont pas l’esprit disposé à l’instruction, et elles transforment les enseignements de la Torah en propos futiles, en raison de la faiblesse de leur entendement. Les Sages ont dit : “Quiconque enseigne la Torah à sa fille, c’est comme s’il lui enseignait la frivolité.” À quoi cela se rapporte-t-il ? À la Torah orale ; en revanche, pour ce qui concerne la Torah écrite, on ne l’enseignera pas à sa fille a priori, mais si on le fait, on ne sera point considéré comme lui enseignant la frivolité. » (Talmud Torah 1, 13) C’est aussi en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh (Yoré Dé‘a 246, 6).

Comment comprendre cette différence de régime ? C’est que la crainte de « transformer les enseignements de la Torah en propos futiles » a lieu d’être en matière de Torah orale, où s’apprennent les méthodes de l’étude et du raisonnement, mais non en matière de Torah écrite (Séfer Mitsvot Gadol, mitsva positive 12 ; Maharil, Nouveaux Responsa 45).

Le Touré Zahav (246, 4) ajoute que l’interdit a priori d’enseigner la Bible ne vaut que s’il s’agit d’étude approfondie, laquelle risque de conduire à des mécompréhensions ; en revanche, s’il s’agit d’une étude générale, qui n’a pas la prétention d’approfondir la compréhension ni l’interprétation, il est permis d’enseigner à sa fille la Bible a priori (c’est aussi la position du Tsits Eliézer IX, 3 et du Bené Banim III, 12).

Quand une femme veut étudier la Guémara, cela lui est une mitsva

Tout ce que nous avons vu jusqu’ici s’applique aux parents et aux maîtres, à qui les Sages ont prescrit de ne pas délivrer aux filles un enseignement dépassant ce qui leur est nécessaire pour conduire leur vie. Mais quand une femme le veut d’elle-même, il lui est permis d’étudier la Bible et la Torah orale de manière approfondie, et une rétribution céleste lui est réservée pour cela. Maïmonide écrit ainsi : « Quand une femme a étudié la Torah, elle est rétribuée pour cela, mais cette rétribution n’est pas semblable à celle de l’homme, puisqu’elle n’en avait pas l’obligation ; or la rétribution de celui qui accomplit une chose à laquelle il n’est pas obligé n’est pas semblable, mais inférieure, à la rétribution de celui qui y est obligé et s’en acquitte. » (Talmud Torah 1, 13)

La raison pour laquelle il n’y a pas d’inconvénient à ce qu’une femme, si elle le désire, étudie d’elle-même la Guémara, tient dans sa volonté même d’approfondir son étude au nom du Ciel. Puisqu’elle est animée de cette volonté, il n’est pas à craindre qu’elle souhaite transformer les paroles de la Torah en propos frivoles. Le Maharil, qui était le plus éminent rabbin ashkénaze à la fin de la période des Richonim, se prononce en ce sens (Nouveaux Responsa 45). Rabbi Chemouel Archevolti (responsa Mé‘ein Ganim 10) et Rabbi Yehochoua Falk Katz (Pericha, Yoré Dé‘a 246, 15) écrivent, de même, qu’en choisissant d’étudier de sa propre initiative, une telle femme prouve qu’elle ne s’inscrit pas dans la majorité, laquelle n’est pas en mesure d’étudier correctement, et cela lui est un mérite. Le Rav Kook soutient une opinion proche (Igrot Réïya II, 467).

Les femmes érudites sont aptes à se prononcer en halakha

Par conséquent, au cours des générations, il s’est trouvé des femmes qui étudiaient la Torah, et qui atteignaient un haut niveau de connaissances. Le ‘Hida écrit ainsi que, si un père constate que sa fille veut réellement étudier, il lui est permis de l’instruire (Tov ‘Ayin 4). Selon Rabbi Yehouda Aszód, si une femme le veut, elle peut apprendre les halakhot de l’abattage rituel (Yehouda Ya‘alé I, Yoré Dé‘a 48). C’est aussi l’avis du Tsits Eliézer (IX, 13).

Bien plus, le ‘Hida écrit : « Une femme érudite est apte à rendre des décisions halakhiques » (Birké Yossef, ‘Hochen Michpat 7, 12). Le Séfer Ha‘hinoukh (mitsva 152) dit dans le même sens, au sujet de la défense de rendre des décisions halakhiques quand on est sous l’effet du vin, que cela s’applique également à « une femme érudite, apte à se prononcer en halakha ».

Le problème pratique

Toutefois, en pratique, une difficulté se présente : l’étude du Talmud exige une grande maîtrise et une connaissance toranique étendue, faute de quoi l’étudiant risque fort de formuler des raisonnements erronés. C’est bien pourquoi les garçons étudient longuement au beit hamidrach, et ce n’est qu’après de longues années qu’ils apprennent à développer des arguments susceptibles d’être retenus en halakha. Encore le font-ils, tout d’abord, en discutant avec des décisionnaires expérimentés ; puis, progressivement, ils en viennent à apporter leur propre contribution. Or, puisqu’il est difficile aux femmes d’atteindre le niveau requis sans un semblable investissement de temps, et sans fréquenter la maison d’étude ni bénéficier de l’enseignement direct de maîtres érudits, il est à craindre qu’elles n’avancent des arguments erronés.

Une solution progressive

Quoi qu’il en soit, dès lors que l’obligation d’étudier la Torah s’est considérablement étendue pour les femmes (cf. notre article de la semaine dernière), on s’accorde à dire qu’il faut commencer par l’étude des mitsvot et des halakhot y afférentes, ainsi que des raisonnements et des motifs qui les sous-tendent. De même, il y a lieu d’étudier les principes de la foi et du moussar. S’il en va ainsi pour les hommes, qui sont tenus d’étudier le Talmud, à plus forte raison sera-ce le cas pour les femmes, qui n’y sont pas obligées.

Une fois que l’on a mené une étude vaste et approfondie de l’ensemble des mitsvot et des halakhot, le risque d’une compréhension erronée du Talmud diminue, sans toutefois disparaître. Aussi les femmes qui étudient le Talmud doivent-elles garder à l’esprit qu’une étude de niveau élémentaire, ou qui ne s’appuie pas sur la tradition d’enseignement du beit hamidrach, peut conduire à des interprétations erronées. En revanche, lorsqu’on étudie la halakha de manière méthodique, enrichie des raisonnements éprouvés qui procèdent du Talmud et de ses commentateurs, le risque d’erreur est presque inexistant. Une femme qui révise sans cesse son étude de halakha pourra ainsi devenir une bonne enseignante en cette matière, capable de répondre à la grande majorité des questions halakhiques qui se présentent dans la vie courante.

Sur cette base solide que constitue l’étude de la halakha, de la pensée juive et du moussar, les femmes qui le souhaitent pourront continuer à progresser dans l’étude du Talmud, jusqu’à atteindre le niveau le plus élevé.

Vision d’avenir

Certes, l’obligation d’étudier la Torah s’est considérablement développée pour les femmes ; mais une différence fondamentale subsiste entre elles et les hommes : ces derniers doivent étudier également en vertu de l’obligation qui leur en est faite, tandis que les femmes, lorsqu’elles étudient le Talmud, s’y consacrent librement, par inclination personnelle. Ainsi, par l’alliage de l’obligation et de la volonté, le peuple juif sera édifié (cf. Pniné Halakha, La Prière juive au féminin, chap. 3 ; Joie et bénédiction du foyer, chap. 10).

En définitive, à la faveur de l’élévation spirituelle des générations, l’idéal vers lequel nous tendons est celui d’une large étude féminine. Comme l’explique Maïmonide (Yessodé Hatorah 4, 14), il existe une mitsva, pour tout être humain, d’aimer et de craindre l’Éternel. Or le moyen de parvenir à cet amour et à cette crainte est l’étude de la Torah : d’abord celle des « débats d’Abayé et de Rava », c’est-à-dire la connaissance de ce qui est permis et de ce qui est interdit, relativement à l’ensemble des commandements ; seulement ensuite, celle du ma‘assé Béréchit et du ma‘assé Merkava, les mystères de la Création et ceux du Char céleste. Maïmonide écrit à ce sujet que la connaissance du permis et de l’interdit « constitue le plus grand bien que le Saint béni soit-Il ait dispensé à la société humaine en ce monde, afin qu’elle hérite du monde futur. Et tous peuvent connaître [ces lois] : grands et petits, hommes et femmes, ceux dont l’intelligence est vaste et ceux chez qui elle est limitée… » (cf. Rav Nahoum Eliézer Rabinowitz, Yad Pechouta, ad loc.).

Comme l’annonce le prophète Joël (3, 1-2) : « Et il adviendra, après cela, que J’épandrai Mon esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront […] Jusque sur les serviteurs et sur les servantes, en ces jours-là, J’épandrai Mon esprit. »

Traduction : Jean-David Hamou

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