ÉTUDIER LA TORAH, UNE OBLIGATION POUR LES FEMMES COMME POUR LES HOMMES

revivim1217

Les femmes ont l’obligation d’étudier la Torah, qui s’adresse à elles tout autant qu’aux hommes. * Fondamentalement, les femmes précèdent les hommes, quant au lien qui les unit à la Torah. * Posséder une connaissance toranique tendant à l’exhaustivité est une obligation spécifiquement masculine. * Les femmes, comme les hommes, doivent réciter chaque jour les bénédictions de la Torah. * Au fil du temps, le rôle des femmes dans tous les domaines professionnels et intellectuels n’a fait que croître. * Les femmes qui vivent au sein de la société moderne, et participent aux progrès scientifiques et sociaux, doivent étudier la Torah bien plus qu’autrefois.

L’étude toranique des femmes : présentation de la question

Question : « Est-il vrai que les femmes sont dispensées de la mitsva d’étudier la Torah ? Est-il vrai que celle-ci s’adresse aux hommes et non aux femmes ? »

Réponse : ce n’est pas exact. Les femmes ont l’obligation d’étudier la Torah, et celle-ci s’adresse aux femmes autant qu’aux hommes. Il est vrai que l’obligation des hommes, à l’égard de l’étude, est plus grande que celle des femmes ; mais fondamentalement, s’agissant du lien qui unit Israël à la Torah, les femmes précèdent les hommes.

Proximité et différence entre hommes et femmes, à l’égard de cette mitsva

La mitsva d’étudier la Torah comprend deux versants bien distincts : l’un consiste dans la connaissance des enseignements toraniques visant à conduire nos vies ; l’autre consiste dans l’approfondissement de l’étude, et dans l’acquisition d’une connaissance d’ensemble, au-delà de ce qui est nécessaire à la conduite de notre existence.

S’agissant du premier aspect – connaissance des directives existentielles de la Torah – les hommes et les femmes ont même obligation (Séfer ‘Hassidim 313 ; Séfer Mitsvot Qatan, introduction ; Agour, Téphila 2 ; Rema, Yoré Dé‘a 246, 6 ; Levouch 6 ; Richon le-Tsion 1). C’est bien pourquoi la Torah fut donnée au mont Sinaï, à l’ensemble d’Israël, hommes et femmes réunis. Comme l’Éternel le dit à Moïse avant la révélation sinaïtique : « “Ainsi diras-tu à la maison de Jacob, et parleras-tu aux enfants d’Israël. Vous avez vu ce que J’ai fait à l’Égypte. […] Et maintenant, si vous écoutez attentivement ma voix et gardez mon alliance, vous me serez un trésor entre tous les peuples.” […] Tout le peuple répondit ensemble et dit : “Tout ce qu’a ordonné l’Éternel, nous le ferons.” » (Ex 19, 3-8) Bien plus, s’agissant de cette partie de la Torah, les femmes précèdent les hommes, suivant la lecture midrachique que font les Sages de notre verset : « Ainsi diras-tu à la maison de Jacob – ce sont les femmes ; et parleras-tu aux enfants d’Israël (littéralement “aux fils d’Israël”) – ce sont les hommes. » Et le Midrach de préciser : « Ainsi diras-tu – dans la langue sainte, dans cet ordre précis. » (Mékhilta, ad loc.)

Le second versant de la mitsva d’étude vise à la connaissance d’ensemble de la Torah – aussi bien des mitsvot ayant une implication pratique dans la vie de l’étudiant, que de celles qui n’en ont point. Il s’agit d’approfondir, toujours davantage, l’examen minutieux des thèmes abordés. Seuls les hommes sont tenus à cet aspect de l’étude, comme il est dit : « Tu les enseigneras à tes fils » (Dt 11, 19), ce que les Sages commentent : « À tes fils, non à tes filles » (Qidouchin 29b). Toutefois, lorsqu’une femme est volontaire pour étudier au-delà de ce qui touche à la conduite de l’existence, elle accomplit par là une mitsva, et en reçoit la rétribution céleste (Sota 21a).

Bénédictions de la Torah, mitsva du Haqhel

Puisque les femmes ont l’obligation d’étudier les enseignements de la Torah sur la conduite de nos vies, elles doivent, au même titre que les hommes, réciter chaque jour les bénédictions de la Torah (birkot ha-Torah) – lesquelles doivent être dites avant l’étude de chaque jour (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 47, 14 ; Baït ‘Hadach 4 ; Maguen Avraham 14 ; Choul‘han ‘Aroukh Harav 10 ; responsa Beit Halévi, introduction).

Dans le même sens, les Sages rapportent que le roi Ézéchias avait renforcé l’étude toranique parmi tout le peuple d’Israël : « Que fit-il ? Il planta une épée à la porte de la maison d’étude, et dit : “Quiconque n’étudiera pas la Torah sera percé par cette épée !” On enquêta depuis Dan jusqu’à Beersheba, sans trouver un seul ignorant, de Gabbat à Antipris sans trouver un petit garçon, une petite fille, un homme ou une femme, qui ne fussent versés dans les lois de l’impureté et de la pureté. » (Sanhédrin 94b)

De même, les femmes participaient, au même titre que les hommes, à la mitsva du Haqhel, qui avait cours tous les sept ans ; au cours de cette cérémonie, tout Israël se rassemblait pour écouter la lecture de la Torah, comme il est dit : « Moïse leur donna ordre, disant : “Au terme de sept années, au temps de l’année sabbatique, lors de la fête de Soukot, quand tout Israël sera venu paraître en présence de l’Éternel ton Dieu au lieu qu’Il aura choisi, tu liras cette Torah face à tout Israël, la leur faisant entendre. Rassemble tout le peuple, les hommes, les femmes et les enfants, et le prosélyte qui est en tes portes, afin qu’ils entendent et s’instruisent, qu’ils craignent l’Éternel votre Dieu, et qu’ils gardent pour les accomplir toutes les paroles de cette Torah. » (Dt 31, 10-12)

Le degré d’obligation dépend de la génération

Jadis, quand les gens devaient consacrer tout leur temps et leur énergie à trouver de la nourriture, à la préparer, à tenir leur maison et à s’occuper de leurs enfants, l’humanité était plongée dans l’ignorance, et seul un petit nombre d’individus savaient lire. En ces temps-là, c’est en écoutant les recommandations de leurs parents, ainsi que les homélies des rabbins, les jours de Chabbat et de fête, que les femmes apprenaient les directives de la Torah relatives à leur vie. Aussi ne se donnait-on pas la peine d’instruire les filles à la lecture, comme on l’enseignait aux garçons. Exceptionnelles étaient celles qui se plongeaient dans l’étude toranique, et devenaient des érudites (‘hakhamot) ou des prophétesses (néviot).

Dans les dernières générations, suivant un processus annonciateur de la Délivrance, la sagesse s’est étendue au sein de l’humanité. Des millions d’hommes ont appris à lire et à écrire, d’abord en Europe, et dans les pays où les Européens avaient émigré, puis dans toutes sortes de contrées. Ce furent d’abord les hommes qui apprenaient à lire ; puis les femmes apprirent à leur tour, de sorte que, de nos jours, près de 90 pour cent de la population adulte mondiale sait lire.

Dans le même temps, les femmes qui s’occupent de leur foyer et élèvent leurs enfants sont, elles aussi, exposées à des opinions diverses dans les domaines de la foi, de la société, de la famille et de la condition humaine. Dès lors, une connaissance générale de la Torah ne saurait plus leur suffire, non plus que des directives pratiques sur les lois du foyer.

De plus, les femmes devaient autrefois consacrer tout leur temps et leurs forces aux travaux domestiques et aux soins à donner aux enfants. Or grâce aux progrès technologiques, les travaux domestiques sont devenus plus faciles, et de nombreuses femmes ont commencé à acquérir de l’instruction, à exercer toutes sortes de métiers, à prendre part à l’étude et à la recherche universitaires, et à être pleinement associées à la vie publique et à sa direction. De ce fait, les femmes sont amenées à s’interroger sur des questions toujours plus nombreuses, touchant à tous les domaines de l’existence. Par conséquent, elles doivent, beaucoup plus que par le passé, étudier la Torah.

Propos du ‘Hafets ‘Haïm et des rabbins d’Europe de l’est

Rabbi Israël Méïr Hacohen (le ‘Hafets ‘Haïm, 5598-5693 / 1838-1933) écrit que, dès lors que la tradition s’est affaiblie, que de nombreuses jeunes filles n’habitent plus à proximité de leurs parents, et qu’elles étudient les sciences à l’école, « c’est évidemment une grande mitsva que de leur enseigner le Pentateuque, de même que les Prophètes, les Hagiographes et les préceptes moraux des Sages, tels que les Maximes des Pères (Pirqé Avot), le Ménorat Hamaor et d’autres ouvrages de ce genre, afin que la vérité de notre sainte foi s’affermisse en leur esprit ; faute de quoi elles risqueraient de s’écarter entièrement de la voie de l’Éternel, et de transgresser tous les fondements de la religion, à Dieu ne plaise » (Liqouté Halakhot, Sota 21a, dans la note). Le ‘Hafets ‘Haïm écrit de même, dans une lettre d’encouragement à une école de filles : « Quant aux diverses craintes et objections fondées sur l’interdiction d’enseigner la Torah à sa fille, elles n’ont plus du tout lieu d’être à notre époque… » (cité dans Ha‘Hafets ‘Haïm Oufo‘alo III, p. 1113)

Dans notre génération, avec l’appui de grands maîtres d’Israël, ont été fondées des institutions d’éducation et d’étude toraniques de haut niveau, conçues pour les filles. Ainsi du réseau Beit Ya‘aqov, qui fut fondé par Sarah Schenirer en 5678 (1918), avec l’appui des grands rabbins de Pologne. Les responsa Zeqan Aharon (II, 66), publiés en 5698 (1938), affirment ainsi qu’il est permis de réaffecter à une école du réseau Beit Ya‘aqov des fonds recueillis pour le Talmud-Torah, car tout ce que l’on y enseigne en vue de préserver le judaïsme constitue une grande mitsva. Le Rav Tsirelson (responsa Lev Yehouda, Yoré Dé‘a 56) s’exprime dans le même sens ; de même, le Rav Sorotzkin (Moznaïm Lamichpat 42), s’agissant de l’étude de la Torah orale dans les écoles de filles (Beit Ya‘aqov) ; l’auteur insiste même sur le fait que, de nos jours, cela n’est plus seulement une faculté, mais « une pleine obligation ». C’est encore la position du Rav Waldenberg (Tsits Eliézer IX, 3), du Rav Moché Malka (Miqvé Hamaïm III, Yoré Dé‘a 21), du Rav Haïm David Halévi (‘Assé Lekha Rav II, 52), du Rav Mordekhaï Elyahou (Maamar Mordekhaï, Yoré Dé‘a 11).

Rabbins du monde moderne

Naturellement, au fil des années, et particulièrement dans les sociétés modernes, l’implication des femmes dans tous les domaines professionnels et scientifiques s’est accrue. Dès lors, les rabbins ont préconisé de développer plus encore l’enseignement toranique destiné aux femmes.

Et telle est bien la recommandation de Rabbi Mena‘hem Mendel de Loubavitch dans l’un de ses discours (si‘hot) : puisque, de toute façon, les femmes « sortent de chez elles et subissent des influences extérieures […], il y a nécessairement lieu de créer à leur intention des institutions scolaires où elles recevront une éducation conforme à la Torah. […] Il faut leur enseigner la Torah orale ; non pas seulement des halakhot pratiques, dépourvues de leurs motifs, mais encore les raisons de ces lois, jusqu’à l’argumentation talmudique. En effet, il est dans la nature humaine [chez l’homme comme chez la femme] de désirer cette forme d’étude et de s’en délecter davantage ; car, par ce biais, se développent les facultés cognitives et les aptitudes […] dans l’esprit de notre sainte Torah. » (At ‘Alit, pp. 45-46)

De même, le Rav Soloveitchik enseignait : « Aujourd’hui, à une époque où les femmes sont les égales des hommes, tant dans le monde universitaire que dans la vie politique, elles n’accepteront pas de se conduire conformément à la Torah si elles n’en comprennent pas les prescriptions, à partir de leurs sources bibliques et talmudiques. Nous sommes donc tenus de leur permettre l’étude de la Torah orale […] Si les filles ne devaient pas étudier les fondements de la Torah dans le Pentateuque et la Guémara, accompagnés des commentaires des Richonim, alors, à Dieu ne plaise, notre judaïsme authentique disparaîtrait. » (Pniné Harav, p. 167)

Certains rabbins de la génération précédente, il est vrai, se sont indignés de ce que l’on autorisât l’enseignement de la Torah aux femmes, car seules les halakhot pratiques peuvent, à leurs yeux, leur être légitimement enseignées (Divré Yatsiv, Yoré Dé‘a 139-140 ; Chévet Halévi VI, 150). Certains interdisent de leur enseigner la Michna (Igrot Moché, Yoré Dé‘a III, 87 ; Hé‘arot Harav Eliyachiv, Sota 21b). Ces rabbins avaient ceci de commun qu’ils vivaient dans un milieu social prônant la distanciation d’avec la modernité. Ils estimaient donc qu’il suffisait d’un enseignement assez élémentaire – du reste infiniment plus étendu en lui-même que ce qui était en usage deux siècles plus tôt, lorsque les filles n’allaient pas à l’école et n’apprenaient pas à lire.

En revanche, les femmes qui vivent au sein de la société moderne, et qui participent au progrès intellectuel et social, doivent étudier bien davantage.

L’obligation d’étude incombant aux femmes, de nos jours

Par conséquent, pour savoir comment vivre aujourd’hui conformément à la Torah, et pour connaître ses instructions dans les domaines de la foi (émouna) et de la morale (moussar), aux plans individuel, familial et social, les femmes ont l’obligation d’élargir et d’approfondir leur étude toranique et halakhique, en s’attachant à comprendre la logique interne de la Torah, telle qu’elle est exposée dans le Talmud et ses commentaires. À ce titre, il faut étudier également, dans leurs grandes lignes, les mitsvot qui n’ont pas d’application pratique, afin de comprendre quelle vision d’ensemble est celle de la Torah. De même, on doit étudier les fondements de l’émouna, et l’histoire de sa révélation par le biais d’Israël, tels qu’ils ressortent de la Bible et des écrits des Sages, des Richonim et des A‘haronim. Cela, afin de comprendre l’idéal moral que porte la Torah, en vue du perfectionnement du monde.

Plus une femme est douée pour l’étude, plus grands sont les défis auxquels elle fait face ; et plus elle doit approfondir son étude de Torah.

Dans la série Pniné Halakha, je me suis efforcé de proposer un moyen d’accomplir l’obligation d’étude halakhique, telle qu’elle incombe aux hommes comme aux femmes, avec l’ampleur et le degré d’approfondissement qui me paraissaient appropriés. Toutefois, s’agissant des mitsvot propres aux hommes, telles que les téphilines et les tsitsit, il suffit aux femmes d’étudier les halakhot exposant les principes généraux.

Il apparaît donc qu’en pratique, puisque l’obligation d’étudier la halakha, la pensée juive et le moussar s’est considérablement étendue, l’écart entre le devoir des hommes et celui des femmes à cet égard s’est réduit. Bien plus, la plupart des hommes ne parviennent pas, aujourd’hui, à étudier tout ce que les femmes ont le devoir de connaître.

Avec l’aide de Dieu, je traiterai, dans mon prochain article, de la mitsva facultative qui s’offre aux femmes de poursuivre et d’approfondir leur étude de Torah et de Guémara, des difficultés qu’a soulevées cette question autrefois, de celles qu’elle pose de nos jours, ainsi que des solutions qui peuvent y être apportées.

Traduction : Jean-David Hamou

In Case You Missed It

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Yechivat Har Bracha We use cookies to ensure the website functions properly and improve user experience. You can choose which types of cookies to enable.
Cookie Selection