L’examen d’admission particulier que le «Avné Nézer» fit subir au jeune homme * A seulement 18 ans, il obtint son diplôme de rabbin * Afin de profiter de son labeur, il investit dans l’immobilier, s’enrichit, au point d’ouvrir sa propre banque * Suite à la prise du pouvoir des nazis, il fut contraint de fuir précipitamment et d’abandonner tous ses biens derrière lui * En l’an 5797, à 36 ans, il répondit à la proposition de la communauté «’Hévra Chass», Toronto, Canada, de leur servir de rabbin et d’y ouvrir une yéchiva pour jeunes * Il resta à la tête de la yéchiva de «Torat Haïm» pendant 38 ans, et continua son service de président du tribunal rabbinique à Toronto jusqu’à la fin de ses jours.
A côté :
Le Rav Price fixa sa résidence à Ottawa (capitale du Canada) avec M. Blair, président du département de l’immigration, qui était chrétien. Afin de le convaincre d’autoriser les élèves des yéchivot qui comptaient parmi les prisonniers à s’établir au Canada, le Rav Price lui dit : «Ce sont des gens instruits de la Bible qui renforceront la religion au Canada». Il rapporta que cet argument l’avait convaincu, et qu’il avait alors accepté de libérer les étudiants des yéchivot.
Ces dernières semaines, un important colis de livres du Rav et Gaon Abraham Aaron Price Zatsal est arrivé à Har Berakha, «Michnat Abraham». Les livres y ont été acheminés avec l’aide de David Wallerstein, l’oncle du Rav Maor Kayam, président de l’Institut Har Berakha. Avant de vous raconter comment ils sont parvenus jusqu’à nous, je voudrais vous parler un peu du Rav Price Zatsal (5660-5754).
Sa jeunesse
Le Rav Abraham Aaron Price Zatsal naquit en l’an 5660 (1900) à Pińczów, une petite bourgade de Pologne. Il grandit dans une famille de sept enfants. Dès son plus jeune âge, il fut reconnu pour son génie. Jusqu’à l’âge de neuf ans, il étudia chez le Rav Moché Nahum Yérouchalmski de Kielce, auteur de l’exégèse «Lechad Hachamen» sur Maïmonide. Son père avait étudié auprès du Gaon et grand de la génération, Rabbi Abraham Bronstein, auteur du «Avné Nézer», et admor de Sochatchov. Alors que le Rav Price avait neuf ans, son père le présenta à l’auteur du «Avné Nézer», afin de le faire étudier dans sa célèbre yéchiva. Ce dernier fut étonné que lui fût présenté un si jeune enfant, et fit dépendre son admission d’un examen. Il dit à l’enfant : «Je t’énonce un raisonnement élaboré, et à toi de le répéter en indiquant ce qui est juste et faux». Le «Avné Nézer» se tourna vers le père : «Est-ce que ce raisonnement est juste?» Le père répondit : «Il l’est». Puis il se tourna vers le jeune Abraham : «Est-ce que ce raisonnement est juste?» L’enfant répondit : «Il n’est pas bon.» Le «Avné Nézer» lui demanda : «En quoi est-ce qu’il n’est pas bon?» Et l’enfant de répondre : «Au milieu, vous avez mis en relation deux éléments qui ne se correspondent pas». Le «Avné Nézer» conclut : «C’est exactement ce que je voulais entendre.» Et il accepta l’enfant dans sa yéchiva. Un an plus tard, le «Avné Nézer» quitta ce monde. Mais cette année unique avait permis à l’enfant de s’instruire de sa méthode d’approfondissement et de la profondeur de son raisonnement.
Alors qu’il se trouvait à Sochatchov, un jour, l’auteur du «Helkat Yoav» vint rendre visite au «Avné Nézer». Il interrogea l’enfant prodige : «Qu’est-ce qu’un rabbin doit savoir?» L’enfant lui répondit : «L’écriture, l’abattage rituel et la circoncision». Il ajouta : «Et quoi d’autre?» L’enfant lui répondit qu’il devait savoir célébrer un mariage et d’autres sujets importants. Le «Helkat Yoav» continua : «Quoi d’autre?» L’enfant répondit : «Un rabbin doit savoir étudier». L’auteur du «Helkat Yoav» fut très satisfait de sa réponse, et afin de mettre en valeur la qualité de l’étude, le Rav Price racontait cette histoire, en décrivant la satisfaction du «Helkat Yoav», qui avait éclaté bruyamment de rire jusqu’à trembler de tout son corps.
Le jeune garçon continua d’étudier à Sochatchov et en l’an 5676 (1916), à l’âge de 15 ans, il partit habiter à Khmilnyk, où il se mit au service du Rav Abraham Itzhak Silman Zatsal, l’un des disciples du Rav Zadoc Hacohen de Lublin Zatsal. En l’an 5679, à 18 ans, il obtint de ses mains la certification de rabbin. Il se maria la même année. Il eut de ce mariage un fils et une fille, mais cette union ne dura pas longtemps et se termina par le divorce. Son fils fut tué dans la révolte du ghetto de Varsovie, pendant la Choa.
Les affaires et l’étude de la Torah à Berlin
En 5683 (1923), alors âgé de 23 ans, le Rav Price quitta la Pologne pour la ville moderne de Berlin. Il était lié au hassidisme de Gour, et il suivait la coutume de nombreux disciples des sages du hassidisme polonais, d’étudier la Torah tout en gagnant sa vie par le travail et le commerce. À Berlin, il commença à se faire un nom dans l’immobilier et à amasser une petite fortune, au point d’ouvrir sa propre banque, qu’il gérait en personne. En dehors de son étude, il donnait chaque jour un cours dans l’une des synagogues de Berlin.
Il fit à cette époque la connaissance du Gaon le Rav Haïm Heller Zatsal, qui associait l’étude et la recherche, et il s’instruisit auprès de lui. Le Rav Heller était très apprécié des grands de Lituanie et de Pologne, et il avait refusé d’être nommé rabbin de ville afin de se libérer pour l’étude. Par la suite, il ouvrit à Berlin la «Maison des hautes études», où il enseigna de sa sagesse et de sa vaste Torah dans différentes sciences. Des rabbins qui avaient écouté les cours du Rav Heller, on notera la présence du Gaon et Rav Yossef Dov Soloveitchik, et du Rav Menachem Mendel Schneerson, le Rabbi de Loubavitch. Toute sa vie durant, le Rav Price multipliait les révélations de nouvelles compréhensions de la Torah, et d’histoires à propos du Rav Haïm Heller (Dans mon enfance, jusqu’à l’âge de 16 ans, j’ai eu le mérite d’habiter à la rue du Rav Haïm Heller, à Jérusalem, puis, par la suite, quand j’ai appris quelle fut sa grandeur, je fus très heureux d’apprendre que j’avais habité une rue qui portait son nom).
La fuite pour Paris et le départ pour le Canada
Après une dizaine d’années en Allemagne, durant lesquelles le Rav Price gagnait de l’argent tout en progressant dans l’étude de la Torah, la montée du nazisme au pouvoir l’obligea à s’enfuir soudainement sans rien emporter. Ce fut un matin, quand un de ses clients non-juifs l’avertit de ne surtout pas se rendre à sa banque, car les nazis y étaient et le cherchaient. Il parvint à sauver sa peau en quittant l’Allemagne pour la France, laissant toute sa fortune derrière lui.
Il chercha alors un poste de rabbin en France, mais sans succès. Ce fut pour lui une dure période de pénurie où il souffrit du froid et de la faim. Mais il put néanmoins reprendre son étude avec assiduité, et il raconta plus tard que la plupart de ses explications nouvelles, il les coucha sur le papier pendant cette période. Puis il chercha un poste de rabbin en Afrique du Nord, jusqu’à ce qu’il obtînt une proposition de la communauté «Hévra Chass», à Toronto, au Canada, où il œuvra en tant que rabbin et y fonda la yéchiva des jeunes. Cette communauté comptait plus de vingt mille âmes. En l’an 5697, à l’âge de 36 ans, il se posa à Toronto, où il épousa le rabbanite Sarah Wein, mais ils n’eurent pas d’enfants. La fille de son premier mariage vint le rejoindre à Toronto, et elle assura une descendance au Rav Price.
La yéchiva Torat Haïm
La yéchiva qu’il fondit à Toronto portait le nom de «Torat Haïm», Torah de vie. Outre l’éducation des jeunes élèves, le Rav Price sentit qu’il était destiné également à former des rabbins, de sorte que sa yéchiva se développa pour abriter également des élèves adultes. En 5701, il promut rabbins pour la première fois trois des anciens élèves de sa yéchiva chargée de leur formation, l’un d’eux étant le Rav Guedalia Felder, l’une des plus grandes sommités rabbiniques de Toronto, auteur de la revue «Yéssodé Yéchouroun».
Pendant la guerre, en l’an 5701 (1941), de jeunes réfugiés juifs détenteurs de la nationalité allemande furent acheminés jusqu’au Canada. Mais comme les autorités canadiennes les soupçonnaient d’être des espions allemands, elles les envoyèrent dans le camp de prisonniers qui se trouvait dans la province du Québec. Le Rav Price comprit bien que la véritable raison de leur emprisonnement était que les Juifs étaient indésirables. Il demanda à rencontrer M. Blair, à Ottawa (capitale du Canada). C’était le chef du département de l’immigration, un chrétien. Afin de le convaincre d’accorder aux jeunes étudiants de yéchiva qui comptaient parmi les prisonniers le droit de s’établir au Canada, le Rav Price lui dit : «Ce sont des gens qui ont étudié la Bible et que renforceront la religion au Canada». Il raconta que cet argument l’avait convaincu, et qu’il avait accepté de libérer les étudiants des yéchivot.
Le Rav Price se rendit dans les camps de prisonniers, rassembla les étudiants de yéchivot et leur annonça qu’il était sur le point de les faire libérer et de les conduire à sa yéchiva à Toronto. Il en revint avec plus de cinquante étudiants. L’émotion dans ville fut à son comble. Ils n’avaient ni biens ni vêtements, et les membres de la communauté de Toronto s’occupèrent de tout. En 5708, le Rav Price s’occupa des passeports d’étudiants de yéchivot d’Europe et les amena à lui, augmentant les rangs de la yéchiva de 55 nouveaux élèves. Ainsi, la yéchiva allait en grandissant, jusqu’à ce qu’elle comptât près de 300 étudiants, majoritairement jeunes, mais avec une minorité d’adultes.
Educateur
Malgré son génie, le Rav parvenait à mettre ses enseignements à la portée des plus jeunes, en provenance de foyers simples. Ils réussissaient alors à progresser dans leur étude. Le Rav Price était d’un caractère piquant et critique, ce qui ne l’empêchait pas de se soucier des besoins de ses élèves dont il était responsable. Lorsqu’il avait une critique à émettre, il le faisait souvent avec piquant et d’une manière tranchante. Par exemple, si quelqu’un qui avait donné un cours de Torah à la synagogue lui demandait son avis, il pouvait parfois répondre : «Pas mauvais par rapport aux paroles de Torah qui sont émises en général, mais rien ne peut égaler la valeur du silence».
Le programme de la yéchiva était entièrement composé de matières saintes, sans matières scientifiques. La majorité des élèves provenaient d’un milieu juif allemand, et partir en excursion avec des jeunes filles sur l’île proche de Toronto ne leur posait pas de problème. Un jour le fait fut rapporté au Rav Price, qui interrogea son informateur : «Est-ce que les jeunes gens de l’école publique se rendent sur cette île?» Le dénonciateur répondit : «Oui, mais ils ne sont pas des étudiants de yéchiva». Le Rav Price lui dit : «Donc, vous soutenez que leur faute n’est pas d’aller sur cette île, puisque tout le monde y va, mais d’être étudiants en yéchiva. Si c’est ça leur faute, je suis prêt à la leur pardonner.»
A l’issue du cursus d’études, le Rav demandait à l’élève s’il était intéressé à poursuivre ses études pour devenir rabbin. S’il voulait s’intégrer dans la vie active, alors le Rav l’encourageait à aller décrocher un diplôme universitaire. Ce n’était pas très acceptable dans le paysage rabbinique orthodoxe de cette époque. Mais le Rav Price expliquait qu’il cherchait à ce que ses élèves réussissent dans la vie, et que : «pour réussir, il faut un diplôme universitaire». Concrètement, les rabbins comme les gens actifs, se dispersèrent à Toronto et un peu partout au Canada, renforçant la Torah et la crainte du Ciel dans de nombreuses communautés.
Le rabbinat de Toronto
Au moment où le Rav Price arriva à Toronto, le président du tribunal rabbinique qui était aussi le grand rabbin de la ville était le Rav Yéhouda Leib Graubart Zatsal, auteur du Responsa «’Havalim Bané’imim», de quarante ans son aîné. Et bien que le Rav Price eût été appelé au Canada pour la yéchiva et la synagogue, il se joignit au Rav Graubart pour le seconder. Après le décès de ce dernier la même année, le Rav Price devint la personnalité rabbinique centrale de Toronto. Il mit en place un organisme de cacherout général, instaura un ‘érouv, célébra des mariages et prononça des divorces. Il fut aussi considéré comme le président du tribunal rabbinique de Toronto.
Le Rav Price se spécialisait dans les livres de pensée juive des Sages de la première période, comme Rabbi Yéhouda Halévy et Maïmonide, et il s’appuyait sur leurs écrits pour élaborer ses conférences tout en en identifiant des sources talmudiques et midrachiques. Le Rav Price mit en place le ‘érouv sur des poteaux électriques qui entouraient Toronto. Lorsque une personne très remontée contre lui le prit à partie et menaça de couper le ‘érouv, le Rav lui répondit : «Essayez toujours, et nous aurons l’occasion de voir se réaliser le commandement : “Tu élimineras le mal du milieu de toi”».
Son indépendance économique et son indépendance dans l’étude
Même à Toronto le Rav voulut gagner sa vie d’une manière indépendante sans avoir besoin d’un salaire en échange de son travail de rabbin. Bien qu’il eût perdu sa fortune lorsqu’il avait dû fuir l’Allemagne, il se remit à gagner de l’argent et à s’enrichir. Son élève, le Rav Abraham Calmann, disait : «Le Rav Price est devenu très riche, et le dicton “Torah et grandeur au même endroit” s’est réalisé en lui.» Son épouse, la rabbanite, se chargeait de la gestion journalière de ses affaires, mais c’était lui qui prenait les décisions, capable qu’il était de passer rapidement du traitement d’une affaire où il fallait investir à l’investissement dans l’étude, dans ses écrits et ses dévoilements nouveaux.
Ses élèves racontaient qu’il se distinguait par son caractère indépendant, et que, contrairement à beaucoup d’autres rabbins, dont le poste qu’ils occupaient les avaient rendus dépendants de la communauté, le Rav Price insistait pour rester indépendant sur le plan financier. Il œuvrait en tant que rabbin de la communauté «Hévra Chass», sans dépendre d’elle, ce que ses membres comprenaient parfaitement. Il plaçait sa paye dans un fonds (le Fonds du Rav Price) dont il se servait pour attribuer des bourses aux étudiants de la Torah de la communauté afin de leur permettre d’aller étudier en terre d’Israël.
Ses vieux jours
Le Rav Price se tint à la tête de la yéchiva pendant 38 ans, de l’année 5697 à l’année 5735 (1975). Il continua à œuvrer comme président du tribunal rabbinique de Toronto jusqu’à la fin de sa vie, et ce durant 57 ans. Il quitta ce monde un jeudi, le troisième jour de la demi-fête de Pessah 5754. Avec les années, il diminua le temps passé à enseigner et se consacra à l’écriture de ses livres. Il disait à ses élèves que son temps était précieux et réservé à la rédaction de ses paroles de Torah. Mon gendre, le Rav Avichaï Laks, qui œuvra en tant qu’émissaire et rabbin à Toronto pendant les trois dernières années, a contribué à la rédaction de cette colonne. Dans la prochaine, je vous parlerai de l’héritage spirituel du Rav Price et de l’arrivée de ses livres à Har Berakha.



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