Le secret de l’embellissement : la juste méthode de l’achat de tefillins et mézouzoth

Il faut acheter ses tefillins et ses mézouzoth chez un scribe qui craint le Ciel et se spécialise dans les lois de l’écriture * Il est obligatoire d’écrire les tefillins et les mézouzoth en suivant strictement l’ordre dans lequel leur texte apparaît dans la Torah, car il n’y a pas de possibilité de compléter plus tard les vides * Il est vivement recommandé d’embellir le commandement, c’est-à-dire de payer jusqu’à un tiers plus cher * Entre autres caractéristiques, l’embellissement doit se faire au niveau de la qualité irréprochable des tefillins et de leurs lanières, et il est bon aussi de choisir un écrin prestigieux pour les ranger * La coutume est de ne pas vérifier les tefillins tant qu’il ne leur arrive rien et qu’il n’est pas à craindre qu’ils aient perdu leur validité

A côté :

Si un particulier a acquis des tefillins auprès d’un scribe craignant D., qu’ils aient été contrôlés comme il se doit, mais qu’après des années une nouvelle vérification révèle un élément invalidant présent dès le départ, de l’avis de beaucoup, comme ce particulier a agi en se conformant à toutes ses obligations de vérifications, il est considéré comme s’il avait toujours respecté la pratique du commandement.

Chez qui peut-on acheter ses tefillins et ses mézouzoth ?

Il faut acheter ses tefillins et ses mézouzoth chez un scribe qui craint D. et qui se spécialise dans les halakhot de l’écriture. Il doit être fiable lorsqu’il affirme que les tefillins et les mézouzoth qu’il vend sont valides. Mais si on les achète auprès d’un inconnu, on prend le risque qu’ils ne soient pas conformes à la halakha, ce qu’aucune vérification, si pointilleuse soit-elle, ne pourra déceler. La crainte du Ciel se mesure tout d’abord par la droiture et la fiabilité de l’homme à son prochain, et dans l’acceptation de renoncer à des gains, pourvu qu’on ne se rende pas coupable ou qu’on ne rende pas autrui coupable de vol ou de mensonge.

En outre, l’embellissement du commandement exige d’acheter ses tefillins auprès d’un scribe qui est un homme juste, qui embellit les commandements entre l’homme et son prochain, fixe des temps pour l’étude de la Torah, et s’efforce de prier avec le public. Qu’il paie ses impôts légalement et réalise le commandement de vivre en terre d’Israël. Si en sus il compte parmi les soldats qui ont risqué leur vie pour défendre le peuple et le pays, son niveau est très élevé. La longueur de la barbe et l’habit extérieur ne permettent pas de témoigner de la fiabilité du vendeur. Celui qui ne connaît pas personnellement un scribe ou un revendeur qui craint le Ciel, doit de préférence s’adresser à un rabbin qui en connaît, à même de le guider dans son achat.

Quelques exemples qui prouvent l’importance de la fiabilité

Si le scribe, en se mettant au travail, a oublié de signifier son intention d’écrire spécialement pour la réalisation du commandement des tefillins ou de la mézouza, ou s’il a oublié avant l’écriture de chaque Nom saint de préciser que son intention est d’écrire ce Nom saint, les parchemins ne sont pas valables. Mais comme aucun moyen de contrôle ne permettra de le vérifier, on comprend que seul un scribe craignant D. prendra soin d’enfouir des parchemins rendus inaptes. Mais s’il n’a pas de crainte du Ciel, et qu’il ne fasse pas attention aux commandements qui gèrent les relations de l’homme à son prochain, il vendra quoi qu’il en soit lesdits parchemins comme s’ils étaient valables.

De même, s’il s’avère après coup que le scribe a omis une lettre ou qu’il l’ait écrite d’une manière déformée, il est interdit de corriger le texte, dans le cas de tefillins ou de mézouza, en raison de l’interdiction d’écrire : «dans le désordre», comme l’atteste le verset : «”Ils seront” – ils seront comme [dans l’ordre où] ils sont [dans la Torah]». Cela signifie qu’il est obligatoire de les écrire dans l’ordre où ils apparaissent dans la Torah, sans qu’il soit permis de compléter ou de corriger rétroactivement une lettre manquante (Choulhan Aroukh Orah Haïm 32, 23). Si le scribe est malhonnête, comme il ne voudra pas perdre les parchemins qu’il s’est fatigué à écrire de longues heures durant, il risque de corriger rétrospectivement l’erreur en bravant l’interdit, et il sera impossible pour les relecteurs de savoir si une erreur invalidante a été réparée après coup.

Le problème reste entier lorsque l’on a affaire à un scribe ignorant de la halakha, qui peut invalider un rouleau de la Torah, des tefillins ou des mézouzoth par «façonnage», sans savoir qu’il a invalidé le texte. Un exemple de «façonnage» : le scribe s’est trompé et à écrit un Vav [ו] à la place d’un Youd [י]. Il lui est interdit d’effacer le bas de la lettre Vav pour laisser apparaître la forme d’un Youd, car de cette façon, le Youd ne résulte pas d’un acte d’écriture mais de découpe par effacement. Il doit en fait effacer intégralement la lettre Vav, puis écrire le Youd intégralement (Choulhan Aroukh Orah Haïm 32, 17-18).

L’embellissement du commandement et le montant qu’il convient de débourser à cet effet

C’est répondre à un commandement que d’embellir un commandement, comme il est dit : «C’est mon D. et je Le rendrai agréable» (Exode 15, 2). «Rends-toi devant Lui agréable dans [l’observation des] commandements» (Traité Chabbat 133b). Nous avons vu que l’Eternel accepta l’offrande d’Abel qui offrit en sacrifice une partie des premiers-nés de son menu bétail et de leur abondance, tandis qu’Il rejeta le sacrifice de Caïn, qui apporta une poignée du produit de la terre le plus banal (Genèse 4, 3-5 ; Maïmonide Interdits d’offrande 7, 10-11).

Nos Sages ont enseigné que le commandement de l’embellissement doit se faire en déboursant jusqu’à un tiers de plus que la valeur de base exigée pour l’accomplissement du commandement (Baba Kama 9a). Par exemple, si des tefillins tout à fait valables en cuir de gros bétail, qui durent très longtemps, coûtent environ deux mille shekels, alors le commandement de l’embellissement exige de dépenser environ deux mille six cent soixante-six shekels (Roch, Choulhan Aroukh Orah Haïm 656, 1, et la majorité des décisionnaires de la première période). D’autres sont plus exigeants et disent que ce tiers est «à l’extérieur», c’est-à-dire que ce tiers doit être pris sur le prix global, dans ce cas l’embellissement exige de monter jusqu’à trois mille shekels (Rah, YSS etc.) A présent, si le particulier est prêt à payer encore plus cher, alors le Saint béni soit-Il paiera son salaire. Mais à condition que la somme ajoutée pour l’embellissement ne soit pas payée au détriment d’autres commandements, dont l’importance les rend prioritaires. Et à plus forte raison il ne faut pas que cette dépense affecte ses capacités de s’acquitter de ses charges ni des besoins de base familiaux.

La règle du pauvre et du riche dans l’embellissement du commandement

L’obligation de l’embellissement va jusqu’au tiers pour une situation correcte, mais celui dont les finances sont serrées en est quitte (YSS, M”A, Michna Beroura 656, 6). En revanche, si quelqu’un est riche, il est appréciable dans son cas d’ajouter au-delà du tiers pour l’embellissement, surtout s’il s’agit d’une personne qui a l’habitude de s’offrir les plus beaux vêtements et les plus beaux meubles, en dépensant bien plus que s’il se contentait de se vêtir et se meubler raisonnablement. Dans ce cas, il est convenable de dépenser aussi pour l’embellissement des commandements, au moins dans les mêmes proportions.

Quels sont les embellissements ?

D’abord, il faut que l’aspect des tefillins et des lanières soit beau, et aussi que le sac dans lequel on les range soit agréable à la vue. Il faut le remplacer quand il s’use (Sefer Hassidim Katan). Ensuite, il faut inclure dans les embellissements les exigences des décisionnaires les plus stricts qui n’ont pas été retenues par la halakha (Peri Mégadim, Michbétsot Zahav 656, 1 ; Avné Nézer Orah Haïm 484 ; Biour Halakha 656, 1, loc. «S’il a acheté»).

Il faut savoir que certains fabricants de tefillins proposent de longues listes d’exigences minutieuses et d’embellissements, mais il est difficile de se laisser impressionner, car la plupart des éléments caractérisent déjà la majorité des tefillins, et que d’autres sont motivés par des craintes peu probables. Parfois, certains aspects présentés comme des embellissements le sont pour certaines méthodes de halakha, alors qu’ils sont problématiques pour d’autres, comme la pratique des «entailles». Par conséquent, celui qui n’est pas spécialiste des embellissements dans leur détail, qu’il achète ses tefillins chez un scribe ou un revendeur connu pour sa fiabilité et sa crainte du Ciel, afin qu’il le guide dans son choix.

La vérification des tefillins

Des tefillins réputés comme valables, autrement dit qui ont été contrôlés au moment de leur préparation, n’auront plus jamais besoin d’être contrôlés. Tant qu’ils ne subissent aucun dommage, on continuera à les poser en prononçant la bénédiction. Mais à condition cependant qu’ils soient portés régulièrement. Par contre, si on ne les porte que de temps en temps, il faut les vérifier deux fois tous les sept ans. C’est ce qu’ont notifié les décisionnaires de la première période et c’est ce qu’a retenu le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 39, 10). En outre, contrôler les tefillins inutilement s’apparente à une profanation, comme l’écrivent les Tossaphistes (Erouvin 97a, «Celui qui prend»).

Néanmoins, de l’avis de nombreux décisionnaires de la seconde période, les tefillins doivent être contrôlés deux fois tous les sept ans, comme l’ont décidé nos Sages à propos de la mézouza. Il est possible en effet qu’ils se détériorent à cause de la transpiration (Michna Beroura 39, 26). D’autres préconisent de vérifier les tefillins tous les ans au mois d’Elloul (Maté Ephraïm 581, 10 ; Kitsour Choulhan Aroukh 128, 3). Il est vrai que leurs propos concernent des tefillins préparés à base de cuir de menu bétail, mais aujourd’hui, quand la quasi-totalité des gens utilisent des tefillins préparés avec du cuir épais, les parchemins sont nettement mieux protégés, et la crainte qu’ils perdent de leur validité s’est annulée.

Dans la pratique, on suit la coutume de ne pas les vérifier tant qu’il ne leur arrive rien qui soit susceptible de les endommager. C’est ce qu’a enseigné le Rav Auerbach (Halikhot Shlomo Tefila 4, 36). C’est aussi la règle pour une mézouza emballée sous vide dans du nylon, qui ne risque pas de ne plus être cachère et qui n’a pas besoin d’être vérifiée deux fois tous les sept ans.

Les tefillins laissés dans une voiture en surchauffe

Celui qui a l’habitude de laisser ses tefillins dans sa voiture, les exposant parfois à une très haute température, ferait bien pour sa part de les faire vérifier deux fois tous les sept ans. Mais ce n’est pas une obligation, car d’après le témoignage de ceux qui effectuent ces contrôles, les tefillins préparés à base de cuir de gros bétail et exposés à de telles conditions ne montrent pas de dommages mêmes soumis à forte température. Et il est très rare de trouver des tefillins endommagés. Par contre, si, à cause de la chaleur ou si les tefillins sont mouillés, et que les coutures se soient ouvertes, alors il faut les vérifier au plus vite.

Celui qui, après de nombreuses années, apprend que ses tefillins ne sont pas valables

Si un homme a acheté des parchemins écrits par un scribe craignant D., que les textes aient été contrôlés convenablement, mais qu’au bout de plusieurs années il s’avère qu’ils n’étaient pas valables dès le départ, de l’avis de nombreux décisionnaires, comme il a de son côté fait tout ce qui lui incombait, alors il est considéré comme s’il avait réalisé le commandement dans les règles. Dans le même ordre d’idée, nos Sages (Kidouchin 66b) ont émis l’avis, à propos d’un Cohen qui avait servi dans le Temple mais qui n’apprit que bien plus tard qu’il était fils de divorcée, qu’il ne serait inapte au sacerdoce qu’à partir de cette découverte, et que tous les sacrifices traités par ses soins précédemment, n’auraient pas besoin d’être refaits (Da’at Kédochim 39, 9 ; Peri Hassadé 3, 117 ; Che’arim Metsouiyanim Bealakha 10, 3 ; Tsits Eliézer 22, 1 ; du même ordre dan Rav Pe’alim Orah Haïm 4, 2, mais pas comme le Yabia Omer 7, Orah Haïm 5).

Problèmes regrettables dans la vérification

Il convient de signaler que, malheureusement, lorsque l’on remet ses tefillins au contrôle, et bien qu’ils soient en bon état, le vérificateur cherche des défauts et en trouve. Son objectif est d’obliger leur propriétaire à racheter chez lui des parchemins neufs, et de lui en faire payer la restauration. Il reste néanmoins prudent, assurant qu’il n’est pas certain que ce qu’il a découvert atteste absolument qu’il y ait un problème de validité des tefillins, mais il explique que pour se débarrasser du doute, il vaut mieux remplacer les parchemins et renouveler les boîtiers. Parfois, il peut s’agir d’un vérificateur apparenté à une obédience particulière qui voit d’un mauvais œil une obédience concurrente, d’où sa tendance à chercher à la loupe des problèmes dans les parchemins écrits par des scribes et producteurs d’autres tendances. Mais si le propriétaire s’était adressé à un vérificateur du cercle de son scribe ou de son producteur, ce dernier aurait jugé les tefillins parfaitement conformes.

La raison pour laquelle il est possible de trouver des défauts y compris dans des parchemins valables vient du fait que l’écriture est manuscrite. Il est donc naturel qu’elle soit irrégulière, et qu’il y ait des différences d’un scribe à l’autre, c’est pourquoi, si on y tient, il est possible d’isoler une lettre écrite un peu différemment et de remettre sa validité en doute. Par ailleurs, avec les années, la tendance à l’exigence et aux embellissements s’est intensifiée, et plus l’imprimerie devient courante dans le monde, plus on devient exigeant vis-à-vis de l’écriture manuscrite. Ce qui dans le passé était considéré comme une belle écriture est tout juste considéré comme casher après coup aujourd’hui. Même des parchemins écrits il y a quarante ans par des scribes experts et craignant le Ciel, dont l’écriture était considérée comme très belle, tomberont sur des relecteurs d’aujourd’hui qui émettront des doutes sur leur validité. Dans ce cadre, il est facile pour un relecteur qui n’est pas bien disposé vis-à-vis de l’écriture qui est soumise à son contrôle de trouver des problèmes alors qu’elle est l’œuvre des meilleurs scribes. Nos Sages nous ont mis en garde de ne pas dénigrer nos prédécesseurs, et ceux qui émettent des doutes quant à la qualité de l’écriture de scribes experts et craignant D. ne font que se fourvoyer.

Pour finir, quand il est nécessaire de contrôler des tefillins, il faut s’adresser à un relecteur qui craint le Ciel et qui appartiennent à la même obédience que leur auteur, et il faut aussi s’abstenir de s’adresser à des personnes qui se portent volontaires pour vérifier les tefillins gratuitement.

 

 


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