En attribuant les premières places aux anciens, à la synagogue, le public tout entier honore la Torah et ses Sages * Bien que certaines communautés n’aient pas la coutume d’installer les Sages du côté de «l’Orient», il serait néanmoins souhaitable de revenir à la tradition d’origine * Et ce afin d’honorer la Torah et d’augmenter son influence * Il convient de répondre favorablement à un donateur ayant payé une somme importante pour la construction de la synagogue, et de mettre un panneau commémoratif qui mentionne son geste * De même qu’il est permis d’accepter d’un étranger, même idolâtre, un sacrifice entièrement consumé dans le Temple, de même il est permis de recevoir de lui un don pour la synagogue.
A côté :
A l’époque des décisionnaires de la seconde période, dans de nombreuses synagogues séfarades, la coutume d’attribuer la première rangée de places aux anciens, de sorte qu’ils s’asseyaient face au public, a été annulée. Les rabbins obtinrent alors des places au centre de la synagogue, près de l’estrade, en direction de laquelle tout le public se tournait. Ainsi, les fidèles étaient unis pour la prière et le chant, autour des rabbins et de l’officiant. Cette disposition existait aussi dans une partie des synagogues ashkénazes.
La place des Sages de la Torah à la synagogue
Question : Faut-il organiser les places des Sages, à la synagogue, de sorte qu’ils occupent la première rangée en faisant face au public ?
Réponse : Nos Sages ont dit : «Comment les Anciens s’asseyaient-ils ? La face vers le public et le dos vers le saint» (Tossephta Méguila 3, 14). C’est ce qu’ont mentionné aussi plusieurs décisionnaires de la première période (Rif, Roch, Maïmonide, Tour et Choulhan Aroukh 150, 5). A première vue, il apparaît que les Sages tournaient le dos à l’Arche des rouleaux de la Torah. Mais il est possible d’expliquer que «le dos vers le Saint» signifie qu’ils se contentaient de tourner le dos au côté où se trouvait l’Arche, et qu’elle ne se trouvait pas réellement derrière leur dos. C’est ce qu’explique le Meiri (Méguila 25b). C’est également ce que mentionne le responsa Hatam Sofer Ora’h Haïm 29, 35). Quant au positionnement du public, Maïmonide écrit : «Et tout le peuple est assis rangée après rangée, la face de chaque rangée se trouvant derrière le dos de celle qui la précède, jusqu’à ce que la face de l’ensemble du peuple se tourné vers le Saint, vers les Anciens et vers l’estrade» (Lois de la prière 11, 4).
Qui étaient les Anciens assis face au public ?
Les Anciens qui s’asseyaient face au public étaient les Sages de la Torah, comme l’ont dit nos Sages : «Il n’y a d’Ancien que celui qui a acquis la sagesse» (Kidouchin 32b ; Sifra Kedouchim). On les appelait les anciens parce que, d’une manière naturelle, ils avaient l’habitude de consacrer les jours de Chabbat et de fête à l’étude de la Torah, ainsi qu’une partie de leur temps profane. Et plus les années d’étude s’écoulaient, plus ils grandissaient en sagesse. Leur expérience de la vie était par ailleurs plus étoffée, et ainsi ils étaient plus à même de comprendre la Torah.
La raison de la halakha
En attribuant les premières places de la synagogue aux Anciens, c’était tout le public qui honorait la Torah et ses Sages, et il était de la sorte encouragé à consacrer son temps à la Torah et à marcher sur les sentiers de l’Eternel, ajoutant du bien et la bénédiction pour le monde. En outre, en faisant face au public, les Sages honoraient tous ceux qui entraient dans la synagogue, tous fils et aimés de l’Eternel, venus pour prier devant Lui et étudier la Torah qu’Il leur a donnée (Voir Beth Yossef 150, 5 ; Har Tabor 7).
Pourquoi certaines communautés ne suivaient-elles pas cette coutume ?
Dans la pratique, bien que les communautés d’Israël fussent nombreuses à observer cette tradition, d’autres ne la suivaient pas. Dans le livre ancien «Les différences entre les gens d’Orient et de la Terre d’Israël», il est rapporté qu’à Babylone, la coutume se conformait à la version du Tossephta, alors qu’en terre d’Israël, la coutume n’était pas la même. De même, à l’époque des décisionnaires de la première période, de nombreuses communautés ashkénazes n’avaient pas pour habitude d’attribuer la première rangée aux Sages de la Torah. De même, en Afrique du Nord et au Yémen, de nombreuses communautés ne s’y attachaient pas.
Plusieurs explications ont été données à la coutume des communautés qui n’attribuaient pas cette première rangée de la synagogue aux Anciens.
- a) Certaines communautés finançaient l’entretien de la synagogue en vendant les places. Plus la place étaient proche de l’avant de la synagogue, plus son prix était élevé. Les places de la première rangée étaient donc particulièrement coûteuses. S’ils les avaient attribuées aux Sages, ils auraient eu du mal à couvrir les frais (Levouch Orah Haïm 150, 5 ; Taz 2 ; Michna Beroura 14).
- b) Le choix des Anciens autorisés à s’asseoir devant les autres risquait d’être une source de querelles, car il est parfois difficile de savoir qui sont les Sages de la Torah de la communauté, et la tentative de trancher peut créer un malaise. Or afin d’éviter les conflits et de préserver la paix, ces communautés jugèrent préférable de s’abstenir et de ne pas attribuer cette première rangée aux Anciens. C’est également ce qui a motivé le décret des Sages, exigeant d’accorder la première montée à la Torah à un Cohen, même lorsque des personnes bien plus respectables que lui sont présentes à la synagogue, et ce afin de préserver la paix (Michna Beroura 5, 8-9). Toujours dans le même ordre d’idée, Rabbi Abraham fils de Maïmonide a consigné dans son livre Hamaspik Lédivré Hachem (chapitre 25), qu’il peut arriver parfois que les rabbins s’enorgueillissent au détriment du public et il n’est donc pas convenable de leur laisser les places disposées du côté de l’Orient.
La coutume d’Izmir
Rabbi Haïm Palagi (Caf Ha-Haïm 11, 27) écrit qu’à Izmir, en Turquie, la coutume voulait que les Sages se placent près de la porte, et qu’il se peut que le but recherché était d’empêcher les gens légers de s’y agglutiner en montrant que pour eux, se trouver à la synagogue était une corvée. Ou alors, il se peut que cette coutume fût justifiée du fait que le public avait l’habitude d’embrasser la main des rabbins, et qu’il lui était alors plus facile de les approcher, alors qu’ils auraient dû faire tout un détour s’ils s’étaient trouvés près de l’Arche.
La coutume d’une partie des Séfarades de s’installer suivant la forme de la lettre U
A l’époque des décisionnaires de la seconde période, de nombreuses synagogues séfarades annulèrent la coutume exigeant que les anciens se retrouvent face au public. Dès lors, les rabbins furent installés au centre de la synagogue, près de l’estrade. Or, le public faisait quant à lui face à l’estrade, s’unissant pour la prière et le chant, en se tenant assemblés autour des rabbins et de l’officiant. Cette disposition du public assis à la synagogue existait aussi chez certaines communautés ashkénazes. Toutefois, cette disposition n’empêche pas de laisser les Anciens s’asseoir à l’avant de la synagogue, de part et d’autre de l’Arche de la Torah.
A priori, il faut que les rabbins prennent place du côté de l’Orient
Bien que nous ayons constaté que de nombreuses communautés n’ont pas la coutume d’accorder aux rabbins les places situées du côté de l’Orient, autrement dit à l’avant de la synagogue dos au mur et face au public, il serait juste de renouveler la tradition d’origine, consignée par écrit par les Sages de l’époque de la Michna dans le Tossephta, ainsi que par la majorité des décisionnaires de la première période dans la halakha ; et également à l’instar de la coutume de nombreuses communautés d’Israël, qui était probablement établie presque partout. Ceci permettra de renforcer l’honneur fait à la Torah et son rayonnement.
L’arrêt de la coutume au cours des dernières générations
Au cours des dernières générations, suivant un processus qui s’est opéré progressivement, même les communautés qui avaient pour habitude de laisser les places du côté de l’Orient aux rabbins, renoncèrent à cette tradition. Vraisemblablement, la principale raison est que de nombreux membres du public furent déçus par la direction de rabbins qui, très soucieux de la préservation de la religion, mirent en place de nombreuses restrictions qui les poussèrent à annuler des commandements et des valeurs d’un niveau de sainteté très élevé. Ainsi, certains rabbins s’opposèrent à la réalisation du commandement de l’installation en terre d’Israël, ou de la protection du peuple et du pays via l’enrôlement dans les rangs de Tsahal. Les mêmes s’opposèrent aussi à l’étude des sciences, et entachèrent la primordialité de l’importance du travail et des affaires courantes, antérieurs à la Torah, certains suscitant autour de ces thèmes une situation tendue marquée par des divergences d’opinions. Vue la situation, beaucoup préférèrent alors que les rabbins fussent affectés aux services religieux comme la cacherout alimentaire, les mariages et les divorces, le bain purificateur et le ‘érouv (enceinte permettant de porter des objets le Chabbat), et qu’ils n’obtinssent plus de place privilégiée, dont ils risqueraient de profiter pour susciter la controverse et heurter les valeurs saintes. C’est la raison pour laquelle de nombreuses communautés préfèrent ne pas nommer de rabbin.
La solution
Cependant, la solution n’est pas d’annuler le statut des Sages de la Torah, mais de s’attacher à positionner du côté de l’Orient des Anciens fidèles à tous les commandements et à toutes les valeurs prônées par la Torah d’Israël : la Torah et l’installation dans le pays, les préceptes qui gèrent les relations de l’homme à son Créateur et de l’homme à son prochain, et de tenir compte du principe des affaires courantes qui sont antérieures à la Torah. Afin de mettre en valeur l’ensemble des valeurs de la Torah, il est recommandé de placer à l’avant de la synagogue également des Anciens instruits de la Torah qui sont également parvenus à obtenir des résultats dans les matières scientifiques, l’installation dans le pays et l’armée, car eux aussi comptent parmi les Anciens dignes d’être honorés et de servir d’exemples aux jeunes. Même dans les endroits où la controverse ne rend pas possible l’attribution des places du premier rang aux Anciens de sorte qu’ils se trouvent face au public, il faut au minimum y accorder une place au rabbin, afin que s’exprime le verset : «Que tes yeux contemplent ton maître» (Heikhal Itzhak Orah Haïm 9).
La coutume du Rav Gustman
L’idée de placer des Sages qui soient également instruits dans d’autres disciplines, je l’ai apprise du docteur Feingold zal, qui m’a raconté que telle avait été la coutume du Rav Israël Zéev Gustman Zatsal. Dans la yéchiva Netsa’h Israël, il avait fait s’asseoir également des professeurs instruits en Torah : le professeur Menahem Alon, le bras droit du président de la Haute Cour de Justice, le professeur Halperin, spécialiste de la physique, et aussi le professeur Oman, qui par la suite obtint le prix Nobel d’économie. Il lui demanda de s’asseoir du côté de l’Orient, mais en raison de sa grande modestie, ce dernier préféra rester au milieu du public. On l’interrogea : «Comment vous y prenez-vous, M. le Rabbin, pour choisir ceux qui doivent s’asseoir du côté de l’Orient? » Le Rav comprit que la question sous-entendue était : pourquoi accorder ces places à des professeurs qui ne sont pas rabbins. Il répondit : «Ici, en terre d’Israël, il faut faire une place à la royauté. Or ces personnes symbolisent la royauté.» La royauté s’exprime vraisemblablement par les différents systèmes sur lesquels la nation s’appuie. En outre, il convient de signaler que les professeurs susnommés étaient d’un très haut niveau de Torah.
L’immortalisation des donateurs
Question : Doit-on satisfaire la demande d’un donateur qui s’est départi d’une forte somme d’argent pour la construction de la synagogue, en mettant une plaque mentionnant : «La synagogue a été bâtie grâce à la générosité d’untel fils d’untel»?
Réponse : Si ce donateur a vraiment collaboré de façon significative à la construction, il convient d’accepter sa requête. A l’époque du Rachba, en Espagne, un riche était d’accord pour agrandir la synagogue sur son compte et sur son terrain, à condition que l’on mentionnât son geste sur une plaque surplombant l’entrée de la synagogue. Or certains fidèles ne virent pas cette demande d’un bon œil. On demanda alors au Rachba s’il était convenable d’agir de la sorte. Il répondit qu’il fallait accepter pour deux raisons. La première, c’était que le terrain lui appartenait. La seconde, que c’était une mesure digne des Sages et digne des Anciens que de faire connaître l’identité des auteurs de bonnes actions, afin de les récompenser. Et si la Torah a agi ainsi (c’est-à-dire qu’elle a publié les noms des auteurs de bonnes actions), nous devons suivre sa voie, car ses chemins sont des chemins agréables. (Responsa du Rachba A, 581). C’est aussi ce que de nombreux décisionnaires consignent (Rama Yoré Déa 249, 13 ; Maguen Abraham Orah Haïm 154, 23 ; Michna Beroura 59 ; Peniné Halakha Emouna ou Mitsvotéa 23, 7).
Dons offerts par des étrangers et immortalisation par un écriteau
Question : Est-il possible d’accepter le don d’un étranger à la synagogue ? Et est-il recommandable d’inscrire son nom sur une plaque commémorative ?
Réponse : De la même façon que l’on accepter de l’étranger, voire d’un idolâtre, un sacrifice entièrement consumé sur l’autel, au Temple (Peniné Halakha Emouna ou Mitsvotéa 5, 3) il est permis d’accepter de lui une offrande pour la synagogue, par exemple un don pour l’achat d’un candélabre (Arakhin 6, 1 ; Tossaphistes Baba Batra 8a ; Choulhan Aroukh Yoré Déa 259 ; Rema 254, 2).
Cependant, il est interdit d’accepter la charité pour les pauvres de la part d’étrangers, d’une part parce que ça entraînerait une profanation du Nom, de voir Israël compter sur des étrangers pour sa pitance ; d’autre part parce que la charité absout la personne de ses fautes, et il est à craindre que de la sorte leurs fautes soient expiées et qu’ils puissent alors continuer à assujettir Israël. Par contre, les sacrifices et les dons à la synagogue sont recevables, car ils n’ont pas pour finalité l’expiation (Agaoth Achré ; Taz Yoré Déa 254, 4). Et il n’y a pas là de profanation du Nom, car par son don, il veut juste participer avec Israël au culte de l’Eternel. Néanmoins, s’il s’agit d’un chrétien qui cherche à détourner Israël de la religion, il n’est pas permis d’accepter ses dons. Donc des chrétiens s’étant personnellement engagés à ne pas chercher à convertir des Juifs à leur culte, il est permis d’accepter les dons pour la synagogue, et à plus forte raison des amants d’Israël.
En général, il est permis de mentionner le nom de cet étranger sur une plaque commémorative, car il y a même là une sanctification du Nom. Certes, certains craignent qu’il y aurait là un préjudice porté à la dignité d’Israël, dont les membres n’auraient pas suffisamment apporté leur contribution (Yad Ytshak 3, 271). Dans la pratique, c’est le rabbin du lieu qui doit trancher.



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