תמונה של הרב מלמד

L’OBLIGATION DE GUÉNIZA, À L’ÉPOQUE DU RECYCLAGE

Note du traducteur : le présent article traite de l’obligation de mettre à l’écart, en un lieu de dépôt nommé guéniza (« dépôt »), les textes saints devenus inutilisables. Les administrateurs de la communauté se chargent ensuite de les enterrer respectueusement.

 

Il n’est pas nécessaire de déposer à la guéniza les articles de la présente rubrique (Revivim), sous leur forme imprimée. * On peut déposer les journaux où ces articles paraissent dans les conteneurs de recyclage, ou à la poubelle. * Il est toraniquement interdit d’effacer l’un des noms servant à désigner Dieu. * Il n’est pas nécessaire de mettre à la guéniza les feuillets d’ouvrages toraniques imprimés pour les besoins d’une correction d’épreuves. * S’agissant des livres religieux ne contenant pas de noms divins, tout le monde s’accorde à dire que l’interdit de les détruire est de rang rabbinique. * A priori, il y a lieu de déposer à la guéniza les feuilles de sources toraniques, de même que les feuilles hebdomadaires servant à l’étude de la Torah. * Les publications sabbatiques restant à la synagogue et qui n’ont pas du tout été ouvertes ont même statut que les épreuves d’imprimerie : il n’est pas nécessaire de les déposer à la guéniza.

 

Faut-il déposer à la guéniza les articles de la rubrique Revivim ?

 

Question : « Faut-il mettre à la guéniza les articles de la rubrique Revivim, publiés par le Rav au sein du journal Bechéva, ainsi que les autres articles toraniques de ce journal ? »

Réponse : il est vrai qu’il existe en cette matière de nombreuses opinions. Mais en pratique, il n’est pas nécessaire de déposer ces articles à la guéniza, et l’on peut jeter les journaux tout entiers dans les conteneurs de recyclage, ou à la poubelle. On veillera seulement à ce que le journal ne soit pas ouvert à la page d’un article de Torah.

Pour expliquer cette halakha comme il convient, il nous faut aborder certains sujets connexes.

 

L’interdit d’effacer des noms divins et de détruire des livres saints

 

Il est toraniquement interdit d’effacer l’un des noms par lesquels on désigne l’Éternel. Il est dit en effet, au sujet des idoles : « Vous ferez disparaître leur nom de cette contrée. » (Dt 12, 3) Or il est dit, au verset suivant : « Vous n’agirez pas ainsi à l’endroit de l’Éternel votre Dieu. » Cela nous apprend qu’il est interdit de « faire disparaître » le nom de l’Éternel. Effacer intentionnellement l’un des noms divins écrits avec sainteté (qedoucha) – c’est-à-dire suivant les règles de sainteté gouvernant l’écriture rituelle –, voire une seule des lettres d’un tel nom, c’est enfreindre un interdit toranique, transgression fondamentalement passible de flagellation (Chevou‘ot 35a ; Maïmonide, Yessodé Hatorah 6, 1 ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 276, 9). Aussi nos sages enseignent-ils qu’un rouleau de la Torah usé, des téphilines ou une mézouza usées, requièrent d’être déposés à la guéniza (Méguila 26b ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 282, 10 ; Ora‘h ‘Haïm 154, 5).

Il est également interdit de détruire des livres saints, même s’ils ne contiennent pas de noms divins proprement dits ; aussi faut-il les mettre à la guéniza. Simplement, l’interdit de les détruire et l’obligation subséquente de les mettre au dépôt ont rang rabbinique seulement (Maïmonide, Yessodé Hatorah 6, 8 ; Séfer Ha‘hinoukh 437 ; Tachbets I, 2, parmi de nombreux autres auteurs).

 

Pages de Pentateuque ou de sidour imprimées pour les besoins d’une correction d’épreuves

 

Il nous faut aborder à présent une question dont les décisionnaires contemporains ont largement débattu. Avant de publier un livre, il faut en imprimer un exemplaire au titre de la correction d’épreuves, afin de vérifier si les pages apparaissent de manière rectiligne et bien ordonnée. Autrefois, on faisait aussi cela pour apporter au livre ses dernières retouches. Il arrivait qu’une erreur survînt, et que l’on fût obligé d’imprimer des exemplaires supplémentaires. Les imprimeries avaient l’habitude de jeter à la poubelle ces exemplaires ; souvent, ceux-ci se dispersaient aux abords de l’imprimerie, de manière peu honorable, et des non-Juifs les prenaient pour en faire un usage très irrespectueux, tels que l’emballage de nourriture ou le service des toilettes. Pour prévenir un tel outrage, certains proposèrent l’incinération de ces exemplaires surnuméraires (que l’on appelait en yiddish correctin) ; mais les décisionnaires exprimèrent diverses opinions à ce sujet : peut-on valablement brûler ces feuilles afin d’éviter l’outrage ? Selon le ‘Iqaré Hada“t (Ora‘h ‘Haïm 8, 12), il est interdit de les détruire directement : il faut les déposer à la guéniza. Pour le Maguen Guiborim (Ora‘h ‘Haïm, Chilté Guiborim 154, 2), cela constitue même un interdit toranique.

Face à cela, de nombreux auteurs estiment que, puisque ces épreuves sont imprimées dans le seul but de relever les erreurs d’impression, elles ne sont pas porteuses de sainteté. En effet, leur destination n’est pas l’étude mais la vérification éditoriale, de sorte que ces feuilles n’ont pas contracté de sainteté (Rav Yits‘haq El‘hanan de Kovno, Responsa ‘Ein Yits‘haq 5-7 ; Rav Elyachiv, Qovets Techouvot II, 6). Le Netsiv tranche dans le même sens (Méchiv Davar II, 80), en se fondant sur un motif supplémentaire : puisque ces exemplaires ont été imprimés pour un usage bref, ils n’ont point contracté de sainteté, de sorte qu’il est permis de les détruire. Certains auteurs estiment même que, pour les épreuves d’un Pentateuque (‘Houmach) ou d’un livre de prière (sidour), où sont imprimés de nombreux noms divins, la règle est identique (Méchiv Davar, ibid. ; Zeqan Aharon II, 70 ; Rav Elyahou Yits‘haq ‘Hazan, Ye‘havé Da‘at III, 10).

Les responsa Avné Nézer (Yoré Dé‘a 376) sont plus indulgents encore. Selon l’auteur, il n’est pas interdit de détruire des livres religieux eux-mêmes, tant que l’on n’a pas commencé à y étudier, car la sainteté ne repose pas encore sur eux.

En pratique, il est admis qu’il n’est pas nécessaire de mettre à la guéniza les épreuves d’ouvrages religieux. Comme l’écrit le Tsits Eliézer (III, 1), on peut brûler ces feuilles, mais non les mettre à la poubelle, d’une façon qui ne serait pas respectueuse. Il semble ressortir des écrits des décisionnaires que, si on les dépose dans des conteneurs de recyclage, ou qu’on les enveloppe dans un sac ou dans une boîte avant de les jeter à la poubelle, afin de préserver l’honneur qui leur est dû, le procédé n’est pas considéré comme outrageant.

 

La controverse porte sur une norme rabbinique : la halakha suit donc la position indulgente

 

Outre le fait que la combustion des feuilles d’épreuves est autorisée par la majorité des décisionnaires, il faut remarquer que la controverse porte sur une norme rabbinique. En effet, s’agissant même de noms divins, écrits ou imprimés avec foi et conscience de leur sainteté, dans le but de servir à l’étude – comme c’est le cas des noms imprimés dans les Pentateuques et les livres de prière –, les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’interdit de les effacer est toranique. Dans leur majorité, les décisionnaires estiment que, puisqu’ils n’ont pas été expressément écrits « au nom de la sainteté divine » (léchem qédouchat Hachem), selon l’usage des scribes chargés d’écrire les rouleaux de la Torah, les téphilines et les mézouzot, l’interdit d’effacer ces noms est seulement rabbinique (Ma‘hané Ephraïm, Hilkhot séfer-Torah, p. 54 § 1 ; Séder Michné, Yessodé Hatorah 6, 1 ; ‘Ein Yits‘haq I, Ora‘h ‘Haïm 5 ; Melamed Leho‘il II, 88 ; A‘hiézer II, Yoré Dé‘a 48 ; le Rav Herzog, dans ses Psaqim Oukhtavim IV, Yoré Dé‘a 107, écrit que telle est l’opinion majoritaire parmi les décisionnaires).

S’agissant des livres religieux dans lesquels ne figurent pas de noms divins, tout le monde s’accorde à dire que l’interdit de les détruire est rabbinique (Maïmonide, Yessodé Hatorah 6, 8). Les décisionnaires ont ainsi considéré les livres de Torah orale, tels que les ouvrages de Guémara, comme des ouvrages ne comportant pas de noms divins (Avné Nézer, Yoré Dé‘a 376, 4 ; Har Tsvi 231 ; Igrot Moché IV, 39 ; ‘Assé Lekha Rav III, 28). Certes, on sait que l’on trouve certains de ces noms dans la Guémara ; mais parce que ces noms sont peu nombreux, et qu’ils ne constituent pas une partie déterminante de l’ouvrage – à la différence de ce qu’ils sont dans la Bible ou dans le sidour –, il semble que le commanditaire de l’impression ne porte pas spécifiquement sur eux son attention, non plus que l’imprimeur ; de sorte que l’on va d’après la majorité de l’ouvrage et sa nature principale, laquelle s’assimile à la littérature religieuse où ne figurent pas de noms divins. Dès lors, l’interdit de détruire de tels livres est de rang rabbinique. Puisque la controverse relative aux feuilles d’épreuves porte sur une norme rabbinique, la halakha suit la position indulgente.

 

Feuilles et suppléments de Chabbat qui n’ont pas été ouverts

 

Les suppléments sabbatiques que l’on trouve dans certains journaux du vendredi ou qui sont envoyés par la poste, publications où sont imprimés des propos de Torah, et que leurs destinataires n’ont pas l’intention d’étudier, semblent avoir même statut que les épreuves d’imprimerie. Même chose pour les feuilles de Chabbat qui restent à la synagogue, sans avoir jamais été ouvertes. En effet, ceux qui en commandent l’impression savent qu’une partie de ces exemplaires ne seront pas lus. Tant que personne n’a étudié dans de tels exemplaires, leur statut est donc semblable à celui d’épreuves d’imprimerie, qui ne requièrent pas de guéniza.

 

Feuilles sabbatiques (‘alonim) sur la paracha de la semaine

 

Le statut des feuilles sabbatiques consacrées à la paracha de la semaine, des brochures d’articles toraniques et des feuilles de sources est plus rigoureux que celui de simples épreuves d’imprimerie. En effet, ces publications sont destinées à l’étude de la Torah, tandis que les épreuves d’imprimerie ne sont en rien destinées à l’étude. Par conséquent, de l’avis de nombreux auteurs, les feuilles sabbatiques et autres feuilles de sources doivent être déposées à la guéniza (Min‘hat Yits‘haq I, 18 ; Min‘hat Acher, Talmoud Torah 9 ; le Zeqan Aharon II, 70 incline en ce sens ; tel est aussi l’avis de tous les auteurs selon qui il faut mettre à la guéniza les articles toraniques publiés dans les journaux).

Certains décisionnaires, il est vrai, estiment que, puisque ces publications ne se lisent qu’une fois, elles n’ont point été sanctifiées, et il n’est pas nécessaire de les mettre à la guéniza : on peut les déposer dans les conteneurs de recyclage (Rav ‘Hazan, Ye‘havé Da‘at III, Ora‘h ‘Haïm 10), ou à la poubelle, préalablement enveloppées d’un sac en plastique (Techouvot vé-Hanhagot I, 553 ; Sia‘h Na‘houm 74).

Quoique tout ce débat porte sur une norme de rang rabbinique, il est convenu, a priori, de déposer à la guéniza les feuilles de sources et les ‘alonim qui sont publiés pour servir à l’étude de la Torah. Ceux qui sont indulgents et s’autorisent à les déposer dans un conteneur de recyclage ou, enveloppés dans un sac, à la poubelle, ont cependant sur qui s’appuyer.

 

Journal profane contenant des paroles de Torah

 

Le statut des propos de Torah imprimés dans les journaux et brochures de tendance religieuse, mais dont le contenu est majoritairement profane, est inférieur à celui des feuilles sabbatiques consacrées à la paracha de la semaine, ou des feuilles de sources. Le contenu de ces publications étant majoritairement profane, le propos principal de leur impression est nécessairement profane aussi.

Malgré cela, certains auteurs sont rigoureux, et estiment qu’il faut découper les articles toraniques et les déposer à la guéniza (Rav Grinfeld, Yerouchat Peléta 29 ; Halikhot Chelomo, Téphila 20, 72 ; Rav Chelomo Min Hahar, Tchumin n° 3, en réaction à l’article du Rav Dasberg ; ‘Hével Na‘halato 10, 38). D’autres auteurs adoptent cette recommandation a priori, mais autorisent, a posteriori, à recycler ces publications (Rav Elyachiv, Qovets Techouvot II, 6 ; ‘Assé Lekha Rav III, 28 ; Bemaré Habézeq V, 89).

Cependant, d’autres estiment que l’on va d’après la partie principale du journal ou de la feuille : si le principal est profane, c’est en vue de cela que la publication a été imprimée ; il n’est donc pas nécessaire de mettre à la guéniza les propos de Torah qui s’y trouvent (Min‘hat Yits‘haq I, 18 ; le Chévet Halévi V, 162 s’exprime dans un sens proche). Or il y a lieu d’associer à cela l’opinion étendant l’indulgence aux feuilles de paracha de la semaine et aux feuilles de sources – au motif qu’elles sont destinées à une lecture unique, comme nous l’avons vu au paragraphe précédent.

Par conséquent, il est permis de déposer ces journaux et brochures dans les conteneurs de recyclage, voire à la poubelle, de manière telle que les pages d’articles profanes recouvriront la page toranique. À plus forte raison n’y a-t-il pas lieu de mettre à la guéniza les articles à thématique toranique que l’on trouve dans certains journaux de tendance laïque. Certes, ces articles comprennent des paroles de Torah ; mais il peut se trouver là des idées entièrement opposées au judaïsme, et c’est plutôt leur introduction à la guéniza qui serait irrespectueuse.

 

Prudence en matière d’impression de noms divins

 

Il revient cependant aux auteurs d’articles, aux éditeurs de journaux et à ceux qui composent les pages de sources d’avoir soin de ne pas écrire de noms divins. En effet, quoiqu’il ne repose pas sur eux de sainteté formelle (selon la majorité des décisionnaires), il y a quelque chose d’irrespectueux dans le fait de les écrire en dehors du cadre d’ouvrages religieux, destinés à servir longtemps.

Comme nous le voyons au traité Roch Hachana (18b), la monarchie hellénistique avait interdit aux Juifs de faire référence au Dieu d’Israël. Lorsque les Hasmonéens l’eurent défaite, ils virent la nécessité de renforcer la foi juive en se réclamant publiquement du nom du Ciel. Ils décidèrent donc qu’un nom divin serait inscrit sur tous les billets à ordre ; on écrivait ainsi : « En l’an… du service de Jonathan, Grand-prêtre du Dieu suprême (E-l E-lion)… » Mais cet usage se révéla problématique, car après avoir payé sa dette, il n’était pas rare que l’on jetât le billet, sans déposer à la guéniza le nom divin qui s’y trouvait ; de sorte que la reproduction d’un nom divin était jetée à la poubelle. Les sages annulèrent donc cet usage, et firent même du jour de cette annulation un jour de fête.

Se fondant sur ce précédent, les décisionnaires apprennent qu’il y a lieu de s’abstenir d’écrire des noms divins dans les journaux et les lettres, et même dans des fascicules de Birkat hamazon (actions de grâce récitées après le repas), quand ces derniers ne sont pas toujours traités avec respect. De même, il faut s’abstenir d’intégrer des noms divins au sein des illustrations exposées dans les synagogues, quand il est à craindre qu’elles ne s’usent et ne soient déconsidérées (Cha‘aré Techouva, Ora‘h ‘Haïm 11, 3). En revanche, quand cela n’est pas à craindre, il est permis d’écrire ou de graver ces noms ; par exemple, sur l’arche sainte ou devant la place occupée par l’officiant (Michna Beroura 1, 4). Si, par erreur, ceux qui ont imprimé des pages de sources ou des articles de Torah y ont mis des noms divins, le statut de ces articles et pages est toutefois conforme à ce que nous expliquions plus haut, puisque telle n’était pas leur intention.

 

Examens, fascicules de travail

 

Question : « Faut-il mettre à la guéniza les pages d’examen ou d’interrogation écrite, les documents de travail et les polycopiés des cours scolaires de Torah et de Talmud ? »

Réponse : puisque leur but est principalement de faire composer les élèves ou étudiants, et non de servir à leur étude, ces documents n’ont point contracté de sainteté, et l’on peut adopter, à leur égard, l’opinion indulgente, qui permet de les déposer au recyclage, ou de les envelopper d’un sac puis de les mettre à la poubelle. En revanche, les fascicules de Torah que l’on a l’intention de garder pour en étudier et en répéter le contenu, requièrent, quand leur usure les a rendus inutilisables, d’être mis à la guéniza.

 

Traduction : Jean-David Hamou


Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Yechivat Har Bracha We use cookies to ensure the website functions properly and improve user experience. You can choose which types of cookies to enable.
Cookie Selection