ÉVEILLER LES ENFANTS À LA TECHOUVA

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Si l’on voit que ses enfants ne prient pas ou n’étudient pas comme il conviendrait, on s’observera d’abord soi-même. * Après cet examen de conscience, on pourra parler à ses enfants avec sincérité de la haute valeur de l’étude toranique. * Quand des parents veulent réprimander leur fils ou leur fille sur la question de la prière, ils doivent se demander si eux-mêmes prient sérieusement. * Il est très important que les reproches adressés aux enfants soient fort peu nombreux, comparés aux compliments et aux encouragements ; il faut particulièrement s’abstenir de se mettre en colère. * Quand les parents préservent une bonne ambiance, la majorité des problèmes disparaissent, et il apparaît que leurs enfants donnent beaucoup moins matière à reproche qu’il n’y paraissait de prime abord.

Tout au long de l’année, et particulièrement à l’approche de Yom Kippour, les parents souhaitent sensibiliser leurs enfants à la notion de techouva (repentir, retour à Dieu et à la Torah) ; de même pour les enseignants et les rabbins à l’égard de leurs élèves. On raconte que jadis, parents et enseignants jouissaient d’une plus grande autorité : les enfants obéissaient à leurs parents, et les élèves écoutaient leurs maîtres. Il semble que tout fût alors plus simple et meilleur ; selon toute apparence, « tout le monde était juste » ! Cependant, dès l’époque biblique, Salomon nous mettait en garde contre de tels jugements : « Ne dis pas : d’où vient que les temps passés valaient mieux que le présent ? Car c’est manquer de sagesse de poser cette question. » (Ec 7, 10) En réalité, tout le monde n’était pas juste. Le premier Temple fut détruit parce que de nombreuses personnes commettaient les fautes d’idolâtrie, d’unions interdites et de meurtre. Le second Temple fut détruit parce que beaucoup péchaient par haine gratuite – et par les nombreuses et graves transgressions qui en découlent (Yoma 9b). Par la suite non plus, tout ne fut pas parfait. Ainsi, à l’époque des Richonim, pendant de longues générations, on ne portait guère les téphilines, jusqu’à ce que Rabbi Moché de Coucy, auteur du Séfer Mitsvot Gadol, eût entrepris une grande tournée des communautés d’Espagne afin de les inciter à confectionner des téphilines et à les porter.

Que l’obéissance des enfants envers leurs parents fût jadis plus grande, la chose est vraisemblable. Cependant, nombre de parents n’étudiaient presque pas la Torah et n’observaient pas convenablement les mitsvot ; les rabbins s’épuisaient à les exhorter sur ce point. À l’inverse, dans les dernières générations, la connaissance s’est considérablement développée, et beaucoup d’adultes désirent étudier la Torah auprès des maîtres. Or c’est précisément aujourd’hui, alors que les adultes sont plus instruits et que les enfants auraient profit à les écouter, que ceux-ci sont devenus plus indépendants et ne sont guère disposés à obéir à leurs parents ou à leurs enseignants. Peut-être ces phénomènes sont-ils liés : à mesure que la connaissance s’accroît, il devient nécessaire d’expliquer les paroles de la Torah, de telle manière que les enfants et les élèves aient eux-mêmes le désir de l’étudier et d’accomplir les mitsvot.

En définitive, la question qui nous préoccupe tous demeure : comment éveiller les enfants et les élèves à la techouva ?

« Pare ta propre personne avant de parer les autres »

La première des recommandations à faire à cet égard est : « Pare ta propre personne avant de parer les autres. » Celui qui constate que ses enfants ne prient pas ou n’étudient pas comme il convient doit commencer par s’examiner lui-même, se renforcer dans la prière et dans l’étude ; il pourra alors, sur cette base, sensibiliser ses enfants et ses élèves.

On raconte ainsi que Rabbi Yanaï possédait un arbre dont les branches débordaient sur le domaine public. Un jour, on porta devant son tribunal le cas d’un homme dont l’arbre débordait lui aussi sur l’espace public ; les représentants de la collectivité exigeaient de cet homme qu’il taillât l’arbre qui gênait le passage. Rabbi Yanaï leur dit : « Je vous prie de revenir demain, et je trancherai votre affaire. » Durant la nuit, il engagea des ouvriers pour tailler son propre arbre. Le lendemain, lorsque les parties revinrent devant lui, il décida que le propriétaire devait tailler son arbre. Celui-ci objecta : « Mais l’arbre de votre honneur déborde lui aussi sur le domaine public ! » Rabbi Yanaï lui répondit : « Va donc voir : si mon arbre a été taillé, tu tailleras le tien ; et s’il ne l’a pas été, tu ne tailleras pas non plus le tien. » La Guémara demande pourquoi Rabbi Yanaï ne leur avait pas indiqué la règle dès le premier jour. Elle répond en invoquant la lecture midrachique que Rech Laqich fait du verset de Sophonie : « Hitqochechou [assemblez-vous] va-qochou [et rassemblez…] » (So 2, 1) : « Pare [qechot] ta propre personne avant de parer… autrui ! » (Baba Batra 60a-b)

La Guémara explique qu’auparavant, Rabbi Yanaï pensait que son arbre était utile aux passants, parce qu’il leur procurait de l’ombre. Mais quand il vit que l’on reprochait à cet homme de gêner le passage à cause de son arbre, il comprit qu’un tel arbre causait effectivement une nuisance, et que, si personne ne lui en faisait la remarque, c’était seulement par respect pour lui. Il ordonna donc aussitôt qu’on le taillât.

La confession du Grand-prêtre à Yom Kippour

Le Levouch (Ora‘h ‘Haïm 621, 5) explique, dans le même ordre d’idées, que le Grand-prêtre prononçait trois confessions à Kippour : il se confessait d’abord pour lui-même et sa famille ; puis pour ses frères les prêtres ; enfin pour tout Israël – conformément au principe : « Pare ta propre personne avant de parer les autres. »

La leçon du prophète Samuel

Nous voyons également qu’à l’époque des Juges, les enfants d’Israël abandonnèrent à maintes reprises l’Éternel pour suivre les idoles. Rabbi Yo‘hanan tire cet enseignement du verset : « Et il advint, au temps où jugeaient les Juges… » (Rt 1, 1) « Une génération qui jugeait ses propres juges ! », dit-il. Et Rabbi Yo‘hanan met en scène le dialogue suivant : « Le juge disait au justiciable : “Ôte le fétu qui est entre tes dents !” ; celui-ci lui répondait : “Ôte la poutre qui est entre tes yeux !” Le juge lui disait : “Ton argent s’est changé en scories…” (Is 1, 22) ; et l’autre répliquait : “Ton vin est coupé d’eau !” (ibid.) »

Celui qui réussit à mettre un terme à cette période et à amener Israël à la techouva fut le prophète Samuel. Il constituait un exemple et un modèle sans égal, par son attachement à l’Éternel, son dévouement et son intégrité ; comme il est dit : « Samuel jugea Israël sa vie durant. Chaque année, il faisait la tournée de Béthel, Guilgal et Mitspa, et jugeait Israël en tous ces lieux ; puis il revenait à Rama, car là était sa maison. » (I Sam 7, 15-17) Nos Sages disent de Samuel que, « partout où il allait, là était sa maison » (Berakhot 10b) ; ce qui signifie qu’il transportait sur son âne ses ustensiles et sa tente, refusant de profiter de quiconque, ou d’être hébergé chez quiconque.

Samuel devint ainsi l’exemple même de l’homme qui ne veut tirer aucun profit des autres ; comme l’enseignent nos Sages : « Celui qui ne veut pas tirer profit [d’autrui], qu’il prenne exemple sur Samuel de Rama. » (ibid.) Samuel put donc dire à bon droit : « Me voici ! Témoignez contre moi, face à l’Éternel et face à son oint : de qui ai-je pris le bœuf, et de qui ai-je pris l’âne ? Qui ai-je spolié ? Qui ai-je opprimé ? De la main de qui ai-je reçu une rançon pour fermer les yeux ? Je vous la restituerai ! » Et tout Israël répondit : « Tu ne nous as pas spoliés, tu ne nous as pas opprimés et tu n’as rien pris de personne. » (I S 12, 3-4) C’est pourquoi Samuel réussit à provoquer une immense révolution spirituelle en Israël ; grâce à lui, la royauté fut instituée, ce qui conduisit à terme à la construction du Temple.

L’étude de la Torah

Par conséquent, si des parents veulent reprocher à leur fils ou à leur fille de ne pas suffisamment étudier la Torah, ils doivent commencer par s’examiner eux-mêmes. Se fixent-ils des temps d’étude comme il conviendrait ? S’investissent-ils dans leur étude ? Vont-ils écouter les cours importants, ou bien les sujets les plus importants leur sont-ils devenus quelque peu ennuyeux, de sorte qu’ils préfèrent étudier des choses plus légères ? Il leur faut encore se demander s’ils ont le mérite d’étudier dans la joie ; et, dans le cas contraire, ce qu’ils pourraient faire pour y parvenir. Qu’ils se demandent encore si leurs enfants voient les bienfaits que l’étude leur apporte – à eux, parents. S’ils ne les voient pas, il y a lieu de réfléchir à la façon de raconter aux enfants quelle bénédiction ils retirent de leur étude.

Après cet examen intérieur, les parents pourront parler sincèrement avec leurs enfants de la valeur de l’étude de la Torah. Si, en pratique, les parents eux-mêmes éprouvent des difficultés à étudier avec toute l’assiduité voulue, ils pourront leur dire : « C’est vrai, nous n’étudions pas autant que nous le voudrions, et nous désirons vivement progresser. Mais pendant plusieurs bonnes années, nous avons eu la chance d’étudier sérieusement. Grâce à cela, nous nous sommes construits. Il vaut donc vraiment la peine que vous vous efforciez d’étudier davantage la Torah. »

Prière

Il en va de même pour la prière. Lorsque des parents veulent reprendre leur fils ou leur fille à ce sujet, ils doivent se demander s’ils prient eux-mêmes avec sérieux. Le père arrive-t-il à l’heure à l’office ? Tire-t-il du plaisir de sa prière – dans laquelle il exprime ses aspirations profondes, se tient devant l’Éternel son Créateur et se relie à Lui ? La mère s’est-elle réservé, chez elle, un endroit calme où elle puisse prier chaque jour avec ferveur ? Et si les occupations liées aux soins des enfants la dispensent de prier, récite-t-elle au moins les bénédictions du matin (birkot hacha‘har), celles de la Torah (birkot ha-Torah) et celles de jouissance (birkot ha-néhénin) avec ferveur et joie ? Après s’être eux-mêmes améliorés, les parents pourront parler à leurs enfants et leur être réellement utiles.

Corriger la tendance à la colère et à l’irritation

 

Il est également très important que les réprimandes adressées aux enfants soient très peu nombreuses, en comparaison des compliments et des encouragements. Il faut en particulier s’efforcer de réprimer la tendance à la colère ; car même lorsque les reproches et la colère ont des motifs légitimes, les parents, en leur donnant cours, disent en définitive à leurs enfants : « Nous avons échoué. Nous pensions que la foi donnerait davantage de force à notre vie, que les enseignements de la Torah éclaireraient notre chemin, que nous aurions la chance de mener une vie heureuse au sein d’une grande famille. Mais en pratique, nous avons échoué : notre vie est pleine de rancœur et de frustration. Peut-être feriez-vous mieux de choisir une autre voie… »

En effet, même si les parents exigent de leur enfant de suivre la voie de la Torah, leur colère lui donne l’exemple de personnes qui ne placent pas leur confiance en l’Éternel, et qui ne voient donc pas tout le bien qui réside en leurs enfants, ni ne trouvent satisfaction et joie dans l’existence. Il ne s’agit pas d’ignorer les problèmes, mais de donner au bien une place infiniment plus grande ; car telle est la vérité : le bien est éternel, tandis que le mal est passager. En général, lorsque les parents entretiennent une bonne atmosphère dans leur foyer, la plupart des problèmes disparaissent, et il apparaît que les enfants donnent beaucoup moins matière à reproche qu’il n’y paraissait de prime abord.

Mariage et enfants

Des parents qui veulent encourager leurs enfants à se marier et à fonder des familles nombreuses doivent commencer par se « parer eux-mêmes », en continuant à éveiller et à renouveler l’amour et la joie au sein de leur propre couple. Ils pourront alors encourager leurs enfants à se marier.

Deux belles histoires

Un ami cher et fort respectable m’a raconté que, dans sa jeunesse, il avait continué à sucer son pouce jusqu’à un âge assez avancé. Lorsque vint pour lui le moment d’entrer en classe de troisième, son père lui dit : « Te voilà sur le point d’entrer dans une yéchiva de grands garçons ; il est temps que tu cesses de sucer ton pouce. » Le fils répondit : « C’est très difficile. D’ailleurs, toi aussi, tu fumes, alors que tu sais que c’est mauvais pour la santé. » Son père l’entendit et garda le silence. Dès cet instant, il cessa de fumer ; à la suite de quoi son fils cessa lui aussi de sucer son pouce.

J’ai entendu une autre histoire, de la bouche d’un érudit de ma connaissance. À l’époque où il étudiait en lycée-yéchiva, son père lui reprocha à plusieurs reprises de ne pas étudier la Torah avec suffisamment d’assiduité. Un jour, le fils dit à sa mère : « Pourquoi Papa me reproche-t-il de ne pas étudier assez ? Lui aussi gaspille beaucoup de temps ! » La mère rapporta ces paroles à son mari ; elles pénétrèrent profondément dans son cœur. Dès lors, et jusqu’à sa vieillesse, il fixa des temps réguliers pour l’étude de la Torah, qu’il observa avec une grande assiduité.

Traduction : Jean-David Hamou

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