De même que le jeûne du 9 av est plus rigoureux que celui du 17 tamouz, de même, à plusieurs points de vue, la faute des explorateurs est plus sévère que celle du veau d’or. * Les deux fautes fondamentales de la génération du désert accompagnent le peuple juif, dans toutes ses générations. * Les explorateurs fautèrent en ce qu’ils ne comprirent pas la valeur de la terre d’Israël, et ne l’aimèrent point. * Nier la valeur d’Erets Israël, c’est nier la possibilité de révéler la parole divine au sein du pays. * Dans leur majorité, ceux qui comprennent la valeur d’Erets Israël trouvent les moyens pratiques de peupler le pays et de s’y maintenir, tout en relevant les défis les plus ardus.
Les jours de jeûne – faute du veau d’or et faute des explorateurs
La faute du veau d’or, au cours de laquelle les Hébreux firent une idole représentant un veau et se prosternèrent devant elle (cf. Ex 32), eut lieu un 17 tamouz. Nos Sages enseignent en effet que, le 17 tamouz, les tables de la Loi furent brisées (pour ce motif) (Ta‘anit 26a). La faute des explorateurs, qui est également mentionnée dans la paracha de cette semaine – Devarim (Dt 1, 1 – 3, 22) – eut lieu, quant à elle, le 9 av (tich‘a be-av).
De même que le jeûne du 9 av est plus rigoureux que celui du 17 tamouz, de même, à différents égards, la faute des explorateurs est plus grave que celle du veau d’or. C’est pourquoi elle ne fut pas pardonnée ; et il fut décrété que tous ceux qui y participèrent mourraient dans le désert. Bien plus, certains estiment que ceux-là n’eurent point part au monde futur (Sanhédrin 108a). Nos Sages enseignent : « Le Saint béni soit-Il dit à Israël : “Vous avez pleuré vainement ; J’établirai pour vous une raison de pleurer en vos générations.” » (Sanhédrin 104b) À ce moment, il fut décrété que le Temple serait détruit, et Israël exilé de sa terre (cf. Midrach Tan‘houma, section Chela‘h Lekha). Ainsi, cette nuit où les enfants d’Israël pleurèrent et dédaignèrent la terre de délices se changea en nuit de pleurs pour les générations, jusqu’à la reconstruction du Temple, bientôt et de nos jours.
Les deux grandes fautes
Les deux fautes essentielles de la génération du désert – celle du veau d’or, contre la pureté de la foi, et celle des explorateurs, contre le peuplement du pays – accompagnent le peuple juif en toutes ses générations. Le monde suit un processus constant de changement et d’ascension ; de sorte que, à chaque génération, de nouveaux problèmes apparaissent. Certains affirment doctement que la conduite de la Torah ne convient pas à leur époque, qu’il faut adjoindre à la foi quelque veau d’or, c’est-à-dire quelque idéologie étrangère, ou quelque influence de religions étrangères. Il nous revient donc d’approfondir notre étude de Torah, et d’y découvrir de quelle façon l’on peut, précisément par son biais, se mesurer aux questions nouvelles de la meilleure manière.
De même, à l’égard de la mitsva de peuplement du pays, il nous faut à chaque époque affronter des difficultés nouvelles – depuis les ennemis qui se lèvent contre nous à l’extérieur, jusqu’aux difficultés qui surgissent de l’intérieur. L’idée se fait alors entendre qu’il n’est plus possible, à notre époque, de peupler ni d’édifier la terre d’Israël. Face à ce courant, nous devons nous efforcer de réparer la faute des explorateurs, de peupler et construire le pays suivant les directives de la Torah, et de montrer que, précisément par le mérite de cette mitsva, le peuple juif jouira de grands bienfaits et de la bénédiction.
En quoi consista la faute des explorateurs ?
Il y a lieu de se demander en quoi les explorateurs fautèrent. De leur point de vue, le peuple hébreu ne pouvait simplement pas conquérir le pays ; et si l’on s’entêtait à combattre, on serait défait ; l’existence même d’Israël serait donc mise en danger. Dans ces conditions, ils estimaient de leur devoir moral de mettre en garde contre ce danger ; car l’existence du peuple hébreu a priorité sur le commandement de peupler la terre d’Israël. Quand bien même se sont-ils trompés dans leur estimation de la réalité, quand bien même Israël était capable de conquérir le pays, fallait-il leur infliger un châtiment si sévère, du moment que leurs paroles étaient dictées par leur conviction profonde, et qu’elles visaient à préserver le peuple de la défaite et de la destruction ? N’y avait-il pas lieu, au contraire, de les louer pour leur sens des responsabilités nationales ?
La faute consista à prendre en dégoût le pays
Cependant, les explorateurs péchèrent en ce qu’ils ne comprirent pas la haute valeur d’Erets Israël, et ne l’aimèrent point. C’est pourquoi, lorsqu’ils virent les difficultés que poserait sa conquête, le courage les quitta, et ils commencèrent à trouver des justifications, des arguments selon lesquels il était impossible d’entrer dans le pays. Il est dit ainsi : « Ils prirent en dégoût la terre de délices, et n’eurent pas foi en sa parole. » (Ps 106, 24) En revanche, Josué et Caleb, qui aimaient la terre d’Israël, et qui dirent : « Ce pays est extrêmement bon » (Nb 14, 7), perçurent la situation dans sa vérité, et eurent foi dans la possibilité de cette conquête. Caleb dit ainsi au peuple : « Montons-y résolument et héritons-en, car cela est assurément en notre pouvoir ! » (ibid. 13, 30). Et certes, il s’est avéré que Josué et Caleb voyaient juste. Si le peuple les avait écoutés, toute la génération du désert aurait été préservée, et aurait eu le mérite d’entrer en terre d’Israël. Les explorateurs, qui prétendaient veiller à la préservation des gens, à ce qu’ils ne mourussent pas à la guerre, sont donc ceux qui leur causèrent de mourir dans le désert, de manière misérable.
La faute des explorateurs, sur le plan spirituel
D’un point de vue spirituel également, les explorateurs fautèrent. Ils pensaient que la vie au désert était plus sainte et plus élevée, parce que l’on n’y a guère d’occupations pratiques et matérielles. Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi écrit en ce sens que, si les explorateurs ne voulaient pas entrer en terre d’Israël, c’est au motif que, selon eux, il n’est pas nécessaire de descendre dans le « monde de l’action » ; on peut en effet accomplir « la Torah et les mitsvot sur le plan spirituel, sans intervention matérielle » ; « or, ils se trompaient, car l’essentiel est précisément de les accomplir dans le pays » (Liqouté Torah, Chela‘h Lekha 38, 2).
Et cependant cette objection possédait quelque juste racine : la crainte que la construction du pays ne fît oublier l’étude de la Torah. Comme le disent les Sages : « La Torah dit au Saint béni soit-Il : “Maître de l’univers, lorsque Israël sera entré dans le pays, l’un courra à sa vigne, tel autre courra à son champ, et moi, qu’en sera-t-il de moi ?” Dieu lui répondit : “J’ai en réserve un compagnon que Je te destine : Chabbat est son nom. Ce jour-là, les Israélites sont affranchis de leur travail et peuvent s’occuper de toi.” » (Cité par Tour, Ora’h ‘Haïm 290). La solution consiste donc à consacrer la moitié du Chabbat à la Torah, puis à prolonger sa lumière et sa bénédiction au sein des six jours ouvrables ; car ces jours-là aussi requièrent que l’on fixe des temps pour l’étude toranique.
Reniement de la foi en l’Unité
Les explorateurs fautèrent encore envers l’émouna (la foi), dont le postulat essentiel est que l’Éternel est un, et qu’Il fait vivre les cieux et la terre, l’individu et la collectivité. Aussi le service de Dieu consiste-t-il dans l’étude de la Torah et dans l’édification du pays. À l’inverse, l’idolâtrie fractionne, sépare le monde en domaines distincts. La partition la plus grande est celle qui sépare les cieux de la terre, le spirituel du matériel – séparation parfois identifiée à celle opposant le bien et le mal.
Ceux qui nient la haute valeur de la terre d’Israël nient la possibilité de révéler la parole divine ici-bas, dans toutes les disciplines par lesquelles se met en valeur un pays – comme il est dit : « En toutes tes voies, connais-le » (Pr 3, 6). Ceux qui, au contraire, sont attachés à la mitsva de yichouv haarets (peuplement et mise en valeur du pays) reconnaissent que la parole divine doit également se dévoiler dans les domaines terrestres, et s’attachent à l’émouna. C’est bien ce qu’enseignent les Sages : « Quiconque habite la terre d’Israël paraît avoir un Dieu ; et quiconque habite en terre étrangère paraît ne pas avoir de Dieu. » (Ketoubot 110b) Les Sages ajoutent : « Quiconque habite en terre étrangère paraît se livrer à un culte étranger. » (ibid.)
La faute des explorateurs dans les derniers siècles
Dans les deux derniers siècles aussi, lorsque s’éveilla l’aspiration au retour à Sion et au repeuplement de la terre d’Israël, il s’est trouvé des dirigeants du monde juif pour tenter d’en détourner leurs fidèles. Ils leur recommandaient de rester en diaspora, au motif que de nombreux dangers les attendraient en Erets Israël, famine, maladies, pillages et meurtres. Certains accusaient même les émigrants de mettre en danger, par leurs actes, la majorité juive qui restait en diaspora et œuvrait à l’obtention de droits civiques égaux. D’autres affirmaient que les émigrants en terre d’Israël connaîtraient une régression spirituelle et seraient perdus pour le peuple juif.
Avec le temps, il apparut que c’est à Sion que se trouve le refuge (cf. Ab 1, 17), tant contre la destruction que constitue l’assimilation, que contre l’extermination physique de millions de Juifs restés en exil.
La faute des explorateurs dans notre génération
Dans le même ordre d’idées, de nos jours, le débat sur Erets Israël semble reposer sur des notions réalistes : le renoncement à des territoires est-il de nature à empêcher la guerre, ou à en hâter la survenance ? Peut-on étendre la souveraineté israélienne à la Judée-Samarie, sans accorder la citoyenneté aux non-Juifs qui ne s’identifient pas à l’État juif ? Cependant, en pratique, les faits révèlent une réalité intéressante. Une nette majorité de ceux qui ne comprennent pas la valeur sacrée de la terre d’Israël estiment difficile de la peupler, et souhaitent se retirer d’une partie de celle-ci. Avec le recul, il apparaît que leur position a causé des catastrophes au peuple juif. À l’inverse, la grande majorité de ceux qui comprennent la valeur de cette terre trouvent des solutions concrètes pour y demeurer et la peupler, tout en faisant face aux défis les plus difficiles.
La volonté influe sur la pensée
À quoi cela ressemble-t-il ? À un paresseux que l’on tente de convaincre de travailler. Il avancera mille arguments « réalistes » pour expliquer pourquoi il ne lui convient pas de chercher du travail. Premièrement, il estime préférable de recevoir l’indemnité de chômage. On lui fera valoir que, s’il travaillait, il gagnerait davantage ; ce à quoi il répondra qu’en ce moment il n’y a point d’offres, que personne ne cherche d’employés, et qu’il serait dommage de perdre son temps en vaines recherches. Si on lui trouve un emploi, il dira qu’il n’est pas opportun de l’accepter, parce que le patron est un gredin, ou qu’on lui proposera mieux, peut-être, demain. Et si l’on parvient enfin à le convaincre de travailler, il aura subitement mal au dos. On soignera son dos, il aura mal à la tête ; puis il se brouillera avec ses collègues. On tentera de les raccommoder, il s’estimera alors offensé par le comportement du directeur. Et tout à l’avenant : il y aura toujours quelque chose qui le détournera de l’ouvrage. En un mot comme en cent, le problème est qu’il ne veut pas travailler.
Il en va de même dans tous les domaines de l’existence : celui qui n’a pas d’estime pour l’étude de la Torah aura du mal à s’y appliquer. Celui qui ne reconnaît pas la valeur du service dans une unité combattante ne trouvera pas en lui-même la force d’âme nécessaire, pour supporter les entraînements épuisants qui pourraient faire de lui un soldat combattant. Et celui qui ne trouve pas d’intérêt dans la vie familiale ne trouvera pas en lui-même la force de contracter l’alliance nuptiale, et de fonder une famille.
Conséquences de la faute du veau d’or et de celle des explorateurs à l’époque contemporaine
Quand fut fondé le mouvement sioniste (en 5657 / 1897), le peuple juif comptait environ onze millions de personnes, tandis que les Arabes qui vivaient dans l’ensemble de la terre d’Israël, telle que la Bible la définit, ce qui comprend le Liban, la Syrie et l’Iraq, étaient au nombre de cinq millions, dont sept cent mille sur les deux rives du Jourdain. L’occasion existait alors, pour le peuple juif, de retourner sur sa terre, d’y croître et multiplier. Mais la majorité de notre peuple craignit de s’arracher à l’exil, de monter en Erets Israël et de prendre en main son destin, comme le commande la Torah. L’épreuve était considérable, car l’alya se compliquait, à cette époque, de nombreuses difficultés. Cependant, le refus d’accomplir la mitsva d’entrer dans le pays quand cela est possible constituait, en quelque sorte, la faute des explorateurs contemporaine. Et à l’image de l’avertissement de la Torah, la conséquence fut terrible. Nous avons traversé la Choah, le régime de répression communiste et l’assimilation.
De même aujourd’hui, il se trouve dans le monde quinze millions de Juifs qui se déclarent tels ; parmi eux, sept millions vivent en Israël. Face à cela, les Arabes qui habitent la terre biblique ont profité des fruits de la révolution industrielle, du développement de la production alimentaire, des progrès de la médecine : de cinq, ils sont passés à quatre-vingt-dix millions. Si l’on inclut les Arabes d’Égypte et de toute la péninsule arabique, de vingt-deux millions qu’ils étaient il y a cent vingt ans, soit deux fois plus seulement que le peuple juif, ils sont passés aujourd’hui (en 5786 / 2026) au nombre de deux cent soixante-dix millions.
Et cependant, l’Éternel a promis de délivrer son peuple. Plus nous nous évertuerons à l’intégration de l’alya, au peuplement juif dans l’ensemble du pays, ainsi qu’au développement et au rayonnement de la Torah, plus nous mériterons d’avancer vers notre pleine Délivrance, sans avoir à passer par des souffrances.
Traduction : Jean-David Hamou





